Trek dans les Monts Célestes

Le but de notre visite à Karakol était de profiter de son emplacement au pied des Tian Shan (Monts Célestes en Chinois) pour partir en trek quelques jours. La région est en effet une des meilleures destinations d’Asie Centrale pour les amateurs de randonnée et d’alpinisme. La portion la plus haute des Tian Shan se dresse le long de la frontière avec la Chine et le Kazakhstan : avec ses sommets qui culminent à plus de 7000m (Pic Pobedy,  7439m) et ses glaciers immenses, dont le grandiose glacier d’Inylchek (60km de long), le massif a des allures himalayennes. Bien qu’il soit possible d’organiser des treks dans ce secteur, par manque de temps et pour faire au plus simple, nous nous sommes contentés du massif un peu moins haut des Terskey Alatau qui offre déjà un bel avant goût des Tian Shan, avec au passage une belle vue sur le Pic Karakol, point culminant du massif avec ses 5216m.

Notre idée était de faire un trek de six jours au départ de la station thermale de Jeti-Öghüz à 25km à l’Ouest de Karakol et de terminer à Ak-Suu 10km à l’Est, en passant par le fameux lac Ala-Köl (3532m) et les sources d’eau chaudes d’Altyn Arachan (spa d’or), et en incluant si la météo le permet une ou deux variantes. Malheureusement il est impossible de faire ce trek avec un âne comme nous avions fait au Pérou, car le sentier est par endroit trop accidenté ou trop raide. Nous avons donc réservé un porteur par l’intermédiaire d’une agence de trek : moyennant 20€ par jour, nous pourrons lui confier 15kg de nourriture et de matériel. Nous partons sans guide mais avec une carte topographique au 1/100 000ème achetée à l’office du tourisme : on est loin de la précision des cartes IGN, mais on espère que ça suffira.

Nous avons donc rendez-vous avec Ulan à 9h le lendemain. Nous prenons un minibus, puis un taxi collectif pour monter à la station thermale, et nous mettons en route. La météo est au beau fixe et nous remontons une vallée bordée de conifères, les premiers que nous voyons dans le pays : s’il n’y avait pas des yourtes ici et là, on pourrait se croire dans les Alpes. La journée se passe bien, Ulan nous fait bonne impression et nous attend à chaque intersection pour s’assurer que nous arrivons bien. Agé de 28 ans, il travaille tour à tour comme guide, ingénieur (dans le bâtiment), porteur et taxi ! Il parle très peu Anglais mais on sent qu’il a envie de discuter et on se dit qu’on est mieux tombés que lors de notre trek à cheval à Sary Moghul où en guise de guide anglophone sur un cheval, nous avions eu droit à un « pas guide » qui ne parle pas trois mots d’Anglais sur un âne !

Changement d’ambiance le lendemain cependant : Ulan n’apprécie pas qu’à la place des 1kg600 de nourriture avalés la veille nous lui donnions quelques vêtements de rechange et le matelas de Vincent. Pourtant Angélique avait scrupuleusement noté le poids le chaque chose afin de ne pas dépasser les 15kg autorisés. Mais Ulan nous sort une autre histoire : selon lui il peut porter 15kg le premier jour, mais seulement 13 le deuxième jour, 10 le troisième jour etc… On hallucine un peu car partout où nous avons demandé pour un porteur, que ce soit au CBT, à l’office du tourisme, ou à l’agence de trek, on nous a toujours dit qu’un porteur pouvait porter au maximum 15kg, mais on ne nous a jamais parlé de cette histoire de poids dégressif avec le nombre de jours de trek ! Surtout qu’à ce rythme là, le sixième jour il ne portera plus rien, et le prix journalier quant à lui n’est pas dégressif ! Ulan est donc dans une sale humeur car il croit qu’on tente d’abuser de lui. Même si Vincent a retiré deux kilos du sac d’Ulan, il fait sa tête de mule : quand à la base du col Telety on perd le sentier qui est parfois à peine tracé, on lui demande de quel côté il faut monter, il nous répond qu’il n’est pas payé pour être guide, et que s’il fait aussi le guide, ça coûtera plus cher ! L’ambiance est tendue et Ulan marchera loin devant tout le reste de la journée… Quand à 16h nous atteignons le camp à la confluence avec la vallée de Karakol, nous avons la mauvaise surprise de voir qu’Ulan n’est pas là ! Nous lui avons pourtant expliqué plusieurs fois sur la carte où nous souhaitions camper, mais des randonneurs nous annoncent qu’il est descendu au prochain camp « parce que ça l’arrange » (il y a des yourtes où il pourra se ravitailler). Vincent doit donc courir cinq kilomètres A/R pour aller le récupérer. Ulan a en effet toute notre nourriture et aussi le matelas de Vincent, et les nuits sont froides en ce moment : il a gelé la veille. Dans le pire des cas nous pouvons compter sur la solidarité de quatre trekkeurs allemands rencontrés au col et qui partagent notre camp ce soir : ils offrent soupe, pâtes et sauce napolitaine à Angélique et refond même cuire des pâtes pour Vincent quand celui-ci revient, même si au final elles seront immangeables car ils ont mis beaucoup trop de sel !

Ulan quant à lui ne faisait pas le fier et il se montrera bien plus agréable les prochains jours. Le lendemain, il aura de toute façon une petite journée de marche, car nous partons tôt faire une marche de 6h A/R jusqu’au pied du Pic Karakol en fond de vallée, avant de revenir lever le camp et d’entamer la montée vers le lac Ala-Köl. La météo commence à faire des siennes et nous aurons droit à quelques averses dans l’après-midi, et un vrai orage en soirée : nous avons planté la tente juste à temps pour échapper aux grêlons ! L’itinéraire quant à lui n’est pas ou très peu balisé, et on perd le chemin facilement, il nous faut alors franchir des amas de troncs d’arbres morts ou bien traverser des rivières à gué en ôtant les chaussures pour le retrouver. La carte n’apporte que peu d’aide car le sentier est parfois indiqué du mauvais côté de la rivière, ou bien il est alors tracé sur la rivière, et on a alors aucune idée de quel côté est le chemin. C’est d’autant plus difficile qu’il est aisé de confondre le sentier avec les nombreuses sentes d’animaux.

Le jour suivant une raide montée nous conduit au lac Ala-Köl à 3532m, magnifique lac glaciaire d’un bleu turquoise profond. Malgré le mauvais temps qui arrive et quelques averses de neige, nous atteindrons le col du même nom à 3900m juste après midi. Les premiers 100m de descente sont impressionnants : tout droit dans la pente d’éboulis ! On comprend mieux pourquoi on nous a tout le temps indiqué de faire le trek dans ce sens là, et encore plus pourquoi il aurait été impossible de le faire avec un âne ! Le temps continue de se dégrader et nous sommes rapidement encerclés par les orages. Alors on ne traîne pas et on fonce vers la forêt plus de 1000m plus bas, où nous serons à l’abri. Nous arriverons sous la pluie à Altyn Arachan où nous plantons la tente derrière une petite « guesthouse », avant d’aller nous réchauffer dans les sources d’eau chaude : l’eau est canalisée dans des bassins à l’intérieur de petites cabanes en bois privatives. Les sources sont accessibles en 4×4 depuis la vallée et de nombreux touristes viennent à Altyn Arachan uniquement pour profiter de leurs bienfaits : certains en sortant de leur cabane n’hésitent pas à plonger dans la rivière gelée en contrebas !

Le lendemain nous faisons une tranquille journée de marche en A/R dans la vallée menant au col d’Adyr Tör : les animaux sont nombreux dans les alpages et nous apprécions toujours autant de les voir en liberté. Au final, Ulan est redescendu à Karakol la veille, nous nous débrouillerons sans lui demain, le stock de nourriture ayant beaucoup diminué. Malgré tout, la descente sur Ak-Suu sera longue et fastidieuse : paysages peu intéressants comparé aux jours d’avant, et la fatigue accumulée les jours précédents se fera sentir. Nos jambes ne sont plus habituées à la marche et ont souffert dans les descentes, et nos sac à dos de 30L sont bien trop chargés. Alors dès que nous rattrapons la route nous faisons du stop : la première voiture est pleine mais la seconde s’arrête : une petite Twingo occupée par deux policiers et leur professeur ! On charge les sacs dans le coffre, et on se tasse à l’arrière avec Renat, le professeur, qui quand on lui dit que nous sommes Français nous débite en hurlant les noms de toutes les personnalités françaises qu’il connaît ! On a ainsi le droit aux hommes politiques : Sarkozy, Hollande, Mitterrand, aux footballers : Platini, Zidane, Bartez, etc…, aux acteurs : Belmondo, De Funès, Pierre Richard, Depardieu, et aux chanteuses : Vanessa Paradis et Mireille Mathieu !!! De notre côté on serait bien incapables de nommer un homme politique ou un acteur kirghiz ! Il semble que la culture française s’exporte bien.

De retour à Karakol, nous nous octroyons une bonne journée de repos avant de prendre le bus de nuit pour Bichkek : il nous faudra 10h pour faire à peine 400km ! Nous parcourons maintenant les bazars et magasins de meubles de la capitale à la recherche de cartons assez grands et solides pour emballer nos vélos pour l’avion qui nous attend dimanche pour Istanbul.

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes lors du trek:

Un porteur coûte de 1100 à 1300 soms par jour. Le CBT ne fournit pas de porteurs sans guide (un guide coûte 2000 soms), et l’office de tourisme étant fermé pour cause de jour férié, nous avons trouvé un porteur dans une petite agence de trek : Ecotour.

Jour 1 : Station thermale de Jeti-Öghüz (2060m) – camp dans la vallée de Telety à la sortie de la forêt (2840m), +790m, -10m.

Jour 2 : Camp (2840m) – Col Telety (3765m) – Camp à la confluence avec la vallée de Karakol (2630m), +925m, -1135m.

Jour 3 : Camp (2630m) – A/R au pied du Pic Karakol (3120m) – Camp dans la montée pour le lac Ala-Köl (2970m), près d’une cabane en bois, +930m, -590m.

Jour 4 : Camp (2970m) – Col Ala-Köl (3910m) – Altyn Arachan (2520m), +1000m, -1450m.

Jour 5 : A/R vallée menant au col d’Adyr Tör depuis Altyn Arachan, max 3200m, +700m, -700m.

Jour 6 : Altyn Arachan (2520m) – Ak-Suu (1800m), +130m, -850m.

A Bichkek, nuit en tente au Nomad’s Home, 500 soms pour deux, sans p’tit dej. On peut aussi dormir en yourte ou en dortoir. Adresse la moins chère de la ville et donc il y a foule, et les tentes de cyclos sont à touche-touche dans le jardin !

Total de Quito à Bichkek: 12994km et 111625m de dénivelé positif.

Total en Kirghizie : 1413km et 12350m de dénivelé positif.

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