Kirghizstan, l’heure du bilan…

Après plus d’un mois et demi passé en Kirghizie, voici donc l’heure du bilan !

Ce qui nous a marqué

  • Les grands espaces kirghiz où les animaux paissent en liberté. On est bien loin des espaces barbelés d’Amérique du Sud.
  • Dans les villages ou dans les alpages les gens nous invitent régulièrement à prendre du koumis (lait de jument fermenté) ou bien un verre de vodka. Le jeu pour nous consiste à éviter les invitations (le koumis a souvent un effet redoutable sur les estomacs occidentaux)…
  • Les enfants sont souvent adorables et acceptent volontiers qu’on les prenne en photo. Nous en avons pourtant rencontrés quelques uns qui étaient sérieusement mal élevés. Les premiers gamins que nous avons croisés en arrivant du Tadjikistan, à l’entrée de Sary Tash, nous ont réclamé de l’argent : « money, money », puis sur la route pour Sary Moghul des mômes mécontents qu’on ne leur achète pas leurs bouteilles de koumis nous ont barré la route et jeté des pierres.  En revenant de Sary Moghul, une petite vendeuse s’est permis de nous faire un doigt d’honneur alors que nous levions la main pour dire bonjour. Vincent, déterminé à ne pas se laisser insulter a pilé d’un coup, et Angélique n’a pu l’éviter : nous nous sommes retrouvés tous les deux par terre en travers de la route. La gamine a bien fait de détaler sinon elle se serait pris une bonne paire de baffes !
  • L’habit traditionnel kirghiz : les femmes comme les hommes portent des bottes et des sur-bottes : c’est plus pratique pour aller et venir dans la yourte, car les sur-bottes s’enfilent comme des claquettes, donc pas besoin d’ôter les bottes à chaque fois ! Les hommes portent traditionnellement un haut chapeau en feutre blanc orné de motifs noirs appelé ak kalpak.
  • L’intérieur des yourtes est souvent richement décoré avec des ceintures dont le but est de maintenir en place l’armature en bois (souvent en bois de saule) : en laine tissée, ces ceintures aux motifs recherchés et colorés indiquent le rang social du propriétaire. Il en est de même pour les shyrdaks, les tapis en feutre cousus qui couvrent le sol.
  • Le grave problème d’alcoolisme chez les hommes : la vodka semble faire des ravages. On est régulièrement tombés sur des énergumènes de tous âges saouls parfois dès le matin. Nous n’avions pas remarqué ça au Tadjikistan ni en Ouzbékistan. Le moment le plus triste sera de voir un papi imbibé d’alcool tomber au milieu de la rue en laissant les gens aux alentours indifférents ; seuls des enfants et Vincent sont venus l’aider.
  • Les infrastructures datant de l’époque soviétique ne sont plus entretenues : les pompes à eau dans les villages fonctionnent rarement, certains canaux d’irrigation sont en ruines, des ponts se sont écroulés, et même si les routes le long des axes principaux ont été refaites récemment (ou sont en cours de réfection), des routes secondaires autrefois goudronnées se sont transformées en pistes en piteux état.
  • L’herbe est fauchée à la main, il n’y a quasiment pas de tracteurs dans le pays et les moissonneuses batteuses sont rares. On a croisé que quelques miniatures « made in China ».
  • Regarder un film étranger doublé en Russe à la télé, ça vaut de détour ! Nous sommes ainsi tombés une fois sur « Les Visiteurs » : une seule voix double le texte de chaque acteur, sans intonation, et bien sûr sans suivre le mouvement des lèvres. Même si  les voix d’origine sont légèrement audibles en arrière plan, c’est un réel massacre et on perd vraiment beaucoup du jeu d’acteur.
  • La corruption est encore très présente dans le pays. Ainsi les Kirghiz ont toujours à portée de main une petite somme prête à remettre au policier qui tenterait de les « embêter » parce qu’ils roulent sans feux allumés (qui sont obligatoires de jour comme de nuit) : c’est en effet une technique répandue pour éviter que le policier en question ne regarde plus en détail aux autres « défauts » de la voiture, et au final chacun semble y trouver son compte. Autre exemple, les gardiens des parcs nationaux : dans la vallée de Karakol que nous avons traversée au cours de notre dernier trek, un gardien se charge de faire payer l’entrée au parc : 250 soms par personne + 150 soms pour la tente. Mais si on lui réclame un reçu, d’un coup le tarif diminue ! Sans donner de reçu, le gardien est en effet libre de se mettre l’argent dans sa poche, et c’est ce qu’il fait sans vergogne. On ne sait pas ce qu’est sensé payer ce droit d’entrée (certainement pas l’entretien et le balisage des sentiers, encore moins la construction de ponts au dessus des torrents !), mais ce n’est pas près d’être fait !

Meilleurs & pires moments 

  • Meilleurs moments : la superbe rando au pied du Pic Lénine, la baignade dans le lac Issyk-Kul … et retrouver du choix dans la nourriture à Karakol !
  • Pires moments : les gamins en bord de route qui nous bloquent le passage comme des brigands, nous insultent et nous jettent des cailloux ; les alcooliques qui s’agrippent à nos vélos ; les conducteurs inconscients qui nous doublent à raz pour mieux nous voir ; et enfin l’épuisante journée de poussage des vélos jusqu’au col de Tuz Achoo pour atteindre le lac Song-Köl.
  • Moment comique : à Bichkek nous entrons dans un magasin de meubles pour demander des cartons pour emballer nos vélos. La vendeuse va demander à son supérieur mais ne lui explique pas que c’est pour y mettre nos vélos en vue de prendre l’avion. Le chef nous regarde avec dédain : visiblement nous dénotons dans le décor hyper « chicos » de ce magasin de luxe. Il va nous chercher quelques cartons et nous fait comprendre de déguerpir de son magasin, croyant sans doute que nous sommes des clochards cherchant des cartons pour dormir ! Pourtant on était propres et Vincent n’avait même pas mis son t-shirt à trous !!!

Sur la route

  • Du côté des vélos : 2 crevaisons de plus pour Angélique (bizarrement toujours au même endroit, serait-ce un défaut du pneu ?) et suspension arrière de chaque vélo regonflée pour la première fois depuis le début du voyage (dans une roulotte équipée d’un compresseur pour regonfler les pneus de voiture !).
  • Beaucoup de cyclos sur la route, on a donc croisé de nombreux cyclistes français, anglais, néo-zélandais, hollandais, belges etc… De nombreux motards aussi et quelques un en petit camion ou 4X4. On a même rencontrés des Russes avec des vélos de course plus vieux que nous, sans petit plateau, mais partis à l’assaut des pistes du Pamir !
  • Beaucoup de grosses Mercedes et d’Audi sur les routes. Même s’il s’agit le plus probablement d’occasions importées d’Europe, on se demande quand-même comment ils peuvent se payer des voitures pareilles… Le pire est qu’avec leurs voitures puissantes, les Kirghiz se croient souvent sur des circuits de Formule 1 et conduisent très dangereusement : ils doublent sans visibilité et ça passe souvent à trois sur la largeur de la route prévue pour deux… On a aussi vu de nombreuses voitures « made in Japan » avec le volant à droite comme en Angleterre.
  • Sur les route les pancartes pour indiquer la direction des villes et les distances sont très rares, voire inexistantes.
  • Depuis l’Ouzbékistan les conducteurs curieux nous demandent souvent « At-Kuda ? » (d’où venez vous en Russe), mais en Kirghizie ils demandent en criant d’un air agressif et autoritaire : on se croirait sujets à un interrogatoire de police ! Ils pourraient au moins dire bonjour d’abord ! Alors quand on n’est pas dans l’humeur on les ignore ou on fait semblant de ne pas comprendre…
  • Pour le réchaud, comme au Tadjikistan, en dehors des villes, on ne trouve pas de station essence.  Mais rassurez vous on en trouve quand-même : dans des bidons ou des bouteilles le long des routes, et l’on est servi à l’aide d’un entonnoir.

Nourriture

  • Dans les jailoos (pâturages) la nourriture traditionnelle des nomades est constituée de pain, thé et de produits laitiers : koumis (lait de jument fermenté), kurut (boules de fromage très sec), yaourt, crème, et beurre. Peu ou pas de légumes sauf quand les jailoos sont accessibles par la piste, ce qui leur permet de se ravitailler régulièrement.
  • Chez l’habitant dans les villages, nous avons toujours eu droit à de la confiture pour le petit déjeuner, parfois un réel délice. Cependant, il nous était toujours impossible d’en trouver dans les magasins. En fait chacun se fait sa confiture maison, il faut dire que les fruits coûtent très peu cher (0,30€ le kg d’abricots par exemple !).
  • Côté ravitaillement, il est toujours aussi difficile de trouver du pain en dehors des villes, encore plus difficile de trouver du pain frais (on en a eu souvent du moisi !). Le peu de choix dans les petites boutiques dans les villages ou dans les kiosques le long des routes est déprimant : on ne trouve parfois rien sauf des sodas, des clopes, de la vodka, des biscuits et des bonbons ! Il nous faut donc toujours faire plusieurs boutiques avant de trouver tout ce dont nous avons besoin. Les caissières ne savent souvent pas compter et utilisent la calculatrice pour rendre la monnaie même pour des calculs archi-simples (200-160= ???). Gare aussi aux produits périmés ou bien déjà ouverts !
  • Pour l’eau, les pompes (datant de l’époque soviétique) dans les villages fonctionnent rarement, faute d’entretien, et on nous regarde toujours avec incompréhension quand on demande aux locaux où ils s’approvisionnent en eau…

Environnement & Développement durable

  • Ce qui frappe en premier, ce sont les bouteilles ou les déchets jetés le long des routes, c’est bien plus sale que dans les pays d’Asie Centrale précédents. De plus, il est toujours quasi-impossible de trouver une poubelle en dehors des grandes villes (comme Osh, Karakol ou Bichkek) et on nous regarde avec des gros yeux quand on demande où on peut se débarrasser de nos poubelles.
  • Comme au Tadjikistan, la principale préoccupation environnementale du pays est la fonte rapide de ses glaciers : on estime que s’ils continuent de fondre au rythme actuel, leur nombre passera de 8000 à seulement 150 dans les quarante prochaine années, avec pour conséquences  de graves sécheresses dans le pays et chez les voisins (le Syr Daria prend sa source au Kirghizstan et traverse l’Ouzbékistan et le Kazakhstan avant d’atteindre la mer d’Aral).
  • La Kirghizie doit aussi faire face à la surexploitation de certains pâturages proches des villages car les troupeaux ne peuvent plus monter dans les jailoos, soit parce que les ponts se sont écroulés faute d’entretien, soit parce que les éleveurs ne peuvent plus payer les salaires des bergers. Certains pâturages en montagne sont donc laissés en friches et sont progressivement envahis par les plantes et arbustes alors que l’érosion des sols menace les villages.
  • Plusieurs parcs nationaux et réserves naturelles existent dans le pays mais ne couvrent que 2,5% du territoire. Ils souffrent en effet du manque de moyen et les gardes sur le terrain sont plutôt rares. Certaines réserves sont aussi des réserves de chasse, c’est en effet bien plus lucratif : le droit de chasse pour tuer un mouton de Marco Polo ou un ibex se compte en millier de dollars ! Dans la réserve d’Altyn Arachan, nous avons néanmoins vu plusieurs panneaux sensibilisant le public à la préservation de la forêt, et de nombreux espaces ont été reboisés.
  • Des ONG internationales viennent porter leur aide aux gardiens des parcs nationaux pour préserver le léopard des neiges menacé d’extinction : il en resterait à peine 200 dans le pays. Leur mission est aussi de sensibiliser le public, ainsi à Karakol nous avons assisté à une projection sur le travail effectué par l’ONG « Za Panthera » les sept dernières années.
  • La huitième plus grande mine d’or du monde (la mine de Kumtor située à plus de 4000m d’altitude dans les montagnes au Sud du lac Issyk-Kul), exploitée par une compagnie canadienne, est réputée pour son non respect des normes environnementales. Il y a une quinzaine d’années, deux tonnes de cyanure de sodium ont été déversés par accident dans la rivière, et par conséquent dans le lac, provoquant la mort de plusieurs personnes et l’évacuation de toute la zone. Nous aurons quant à nous été doublés par de nombreux convois de camions destinés à ravitailler la mine en essence et pièces de rechange.

Pour plus d’informations sur les problématiques d’érosion des sols en Kirghizie, voir l’article suivant: https://desandesauxindes.wordpress.com/2012/07/24/eau-energie-et-erosion-des-sols-en-asie-centrale/

EN PRATIQUE

Dates : du 24 juillet au 14 septembre 2013, soit 50 nuits dans le pays. 22,5 jours de vélo.

Hébergement : nuits en hôtel : 2, nuits en homestay : 9, nuits en bivouac : 27, nuits en camping : 11, nuit en bus : 1.

Budget : 10€ (640 soms) par jour et par personne, comprenant nourriture, hébergement, connexion internet, organisation des treks, bus, taxi pour l’aéroport…

Publicités
Catégories : Kirghizstan | Étiquettes : , , , , , , , , | 4 Commentaires

Navigation des articles

4 réflexions sur “Kirghizstan, l’heure du bilan…

  1. simsim lavignus

    Merci à vous deux pour ce travail de communication. Bravo encore pour ce fabuleux voyage, c’est tjrs un réel plaisir de vous lire, on s’y croirait, de tout cœur avec vous.
    Irène et Joël

  2. simsim lavignus

    Merci à vous deux pour ce travail de communication. Bravo encore pour ce fabuleux voyage, c’est tjrs un réel plaisir de vous lire, on s’y croirait, de tout cœur avec vous.
    Irène et Joël
    le message précédent était avec l’adresse mail de notre fils

  3. COIRRE Sabine

    Félicitations pour votre performance à tous les deux, et vraiment bravo pour votre livre de bord qui est tellement riche, cela permet vraiment de découvrir un pays, ses mœurs et coutumes et sa situation… Une petite pensée de votre village d’Ensuès où nous sommes nombreux à suivre vos aventures .. Au plaisir de vous rencontrer à votre retour.
    Sabine

  4. Pendant notre escale à l’aéroport d’Adélaide, j’ai eu le temps de parcourir votre blog et lire les récits de vos dernières aventures ! Un seul mot : BRAVO pour ce fabuleux périple !!! De notre côté, on retourne dans l’Outback (à William Creek) pour 2 voire 3 semaines de boulot… Bonne continuation. Profitez bien. Bises à vous deux.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :