Tadjikistan, l’heure du bilan…

Après un mois passé au Tadjikistan, voici donc l’heure du bilan ! Depuis Douchanbé on aura suivi la M41 tout le long sans faire de détours, mais on aura eu un bon aperçu du pays. Dommage que le visa limité à 30 jours ne nous ait pas permis de faire un petit trek en plus, car les possibilités ne manquent pas, et les paysages s’annoncent grandioses !

Ce qui nous a marqué

  • Les Tadjiks physiquement ne ressemblent pas aux Ouzbeks ni aux peuples d’Asie centrale en général : ils sont de type européen et apparentés aux Iraniens, et on croise régulièrement des enfants aux yeux et cheveux clairs (roux et presque blonds). Le Tadjik est d’ailleurs très proche du Farsi (Persan), alors que les langues des autres pays d’Asie centrale sont turcophones.
  • Le Tadjikistan fait remonter ses origines à la dynastie perse des Samanides (IXème et Xème siècle) dont la capitale était Boukhara. Les grandes villes d’Asie centrale étant alors perses, le Tadjikistan revendique aujourd’hui les villes de Samarcande et de Boukhara. Ismaïl Samani, fondateur de la dynastie samanide,  a été élevé au rang de héro national : une statue immense le représente à Douchanbé et le souverain a donné son nom à la monnaie actuelle du pays, le somoni.
  • Les enfants sont adorables, bien élevés, souriants, et nous demandent de les prendre en photo ou nous tapent dans la main quand on passe à côté! En cette période de vacances scolaires, ils sont nombreux au bord des routes à vendre les fruits de leur jardin : abricots, pommes, cerises, pour notre plus grand bonheur car il est impossible de s’approvisionner en fruits et légumes en dehors des villes.
  • Les adultes sont très accueillants et nous invitent régulièrement à prendre un chaï (thé). Mais on ne s’arrête pas souvent sinon on n’avancerait pas !
  • Le manque de moyen de l’armée tadjike : les militaires des postes de contrôle et même de la douane à Kyzyl-Art travaillent et vivent dans des vieilles baraques, des tentes de fortune ou des vieux containers : pendant que l’un d’eux contrôle nos passeports, son collègue prépare la cuisine ou bien fait la sieste sur le lit dans la pièce unique. On les a même vus couper leurs oignons sur le cahier d’enregistrement avec leur couteau de chasse. Par contre ils se sont toujours montrés sympathiques : il semble que le temps où les militaires corrompus demandaient des bakchichs aux touristes soit révolu.
  • Le Pamir (région autonome du Gorno-Badakhchan, ou GBAO) est une région qui du fait de son isolement a développé sa propre langue (plusieurs dialectes du Pamiri en fait) et sa propre culture. Bien que toujours musulmans, les Pamiris ne sont plus sunnites mais ismaéliens : point de mosquées ici mais des salles de rassemblement à la place, du coup pas d’appel à la prière, et aucune structure cléricale.
  • Dans l’Est du Pamir la population est essentiellement kirghize et s’y est installée au 18ème et 19ème siècle. Au Nord de Murgab, tout le monde vit d’ailleurs à l’heure kirghize (soit une heure de plus).
  • En été sur le plateau du Pamir, même si les nuits sont fraîches, dès que le soleil sort il fait vite chaud. Pourtant les gens dans les villages sont habillés de la même manière du matin au soir, avec lourds manteaux et grosses chaussettes, et on se demande comment ils sont habillés en hiver !

Meilleurs & pires moments

  • Meilleurs moments : les multiples rencontres avec des cyclistes dont Hugo que nous avons recroisé plusieurs fois, et le fait de toujours avoir trouvé un bel endroit de bivouac alors que ça ne s’annonçait pas toujours facile dans les gorges.
  • Pire moment : on s’était acheté des sachets de soupe de légumes à Douchanbé en prévision de la pénurie de légumes frais sur le plateau du Pamir. Alors une fois notre premier col à plus de 4000m passé (deux semaines de vélo plus loin quand même), on décide de se faire cuire une soupe, agrémentée de polenta pour compléter. Grosse déception quand on réalise que ce que nous croyions être une soupe est en fait essentiellement du sel à la poudre de légumes sensé améliorer les sauces. Immangeable tellement c’était salé, on a dû tout jeter et au final on a diné avec du pain et de la pâte à tartiner…
  • Moment le plus embarrassant (nouvelle rubrique !): on est arrêtés au bord de la route car Vincent a un besoin urgent de se soulager sous un petit pont, la faute à un mauvais morceau de mouton mangé la veille. Angélique tient donc les deux vélos et surveille la circulation. Deux camions chinois arrivent, le deuxième fait un signe de la main puis s’arrête 100m plus loin. Angélique prévient Vincent et lui dit de bien rester caché. Finalement le chauffeur du camion descend et arrive avec deux pains et des mini-briques de lait concentré qu’il dépose sur l’arrière du vélo malgré les signes d’Angélique expliquant que nous avons déjà tout ce qu’il faut. Mais le chauffeur est déjà reparti ! Quand Vincent remonte il se retrouve lesté d’un kilo de lait en plus et de deux pains durs comme la pierre. Nous voilà gâtés car on ne boit pas de lait concentré et le pain est immangeable. On se met donc en quête de trouver quelqu’un auprès de qui se débarrasser de cet embarrassant cadeau. Alors quand quelques kilomètres plus loin on croise un homme avec sa vache, Vincent lui donne de force son vieux pain ! Il n’a pas osé lui refiler le lait vu qu’il avait une vache, mais encore un peu plus loin nous croisons deux bergères. Alors Vincent saute de son vélo et bondit sur l’une des filles chargé de briques de lait. Elle n’a pas dû tout comprendre, on était déjà repartis en direction de notre premier col à plus de 4000m…

Sur la route

  • RAS du côté des vélos, ils ont encore supporté l’état parfois désastreux de la piste sans problème ! Par contre les deux compteurs de vitesse nous ont lâchés en même temps à cause de faux contacts électriques. Ils seront réparés à l’étape de repos suivante.
  • La route du Pamir, c’est un peu la « carretera austral » de l’Asie Centrale, c’est-à-dire une classique parmi les cyclotouristes. On a donc croisé de nombreux cyclistes français, belge, anglais, néo-zélandais, hollandais, allemands etc… De nombreux motards aussi.
  • La M41 jusqu’à Kala-i-Khum est devenue une voie secondaire : les camions passent désormais par « la route du Sud » qui passe par Khulob, plus longue mais plus récente. Après la bifurcation avec l’A372 en direction de Garm, la route n’est donc plus entretenue et il faut souvent se mouiller les pieds pour traverser les ruisseaux et torrents qui traversent la piste ! La contrepartie c’est que la circulation y est très faible et on roule tranquilles !
  • Après Kala-i-Khum on retrouve les camions ayant emprunté la « route du Sud » : les routiers font attention à nous, mais ce n’est pas le cas des jeeps qui rallient Douchanbé à Khorog et qui nous doublent à une vitesse bien trop élevée pour l’état de la route : les chauffeurs se croient sur un parcours du Paris-Dakar !
  • Après Khorog la route s’améliore et la route du Pamir est goudronnée à environ 85% (seul le haut des cols ne l’est pas). Jusqu’à Murgab on croise presque uniquement des convois de semi-remorques chinois, puis après quasiment rien, moins de 10 voitures par jours !
  • Pour le réchaud, sachez qu’en dehors des villes, on ne trouve point de station essence.  Mais rassurez vous on en trouve quand-même : dans des bidons ou des bouteilles le long des routes, et l’on est servi à l’aide d’un entonnoir. Ou bien c’est carrément le camion-citerne garé en bord de route qui approvisionne les gens!
  • On a trouvé où finissaient les « vieilles » voitures allemandes ou hollandaises : au Tadjikistan ! Souvent des Opel et toujours marquées avec l’autocollant D ou NL.

Nourriture

  • La cuisine traditionnelle tadjike est finalement assez proche de la cuisine ouzbèke et le plov et les laghmans sont des plats courants. Cependant, ayant fait une indigestion de mouton en Ouzbékistan, nous avons souvent préféré cuisiner nous-mêmes. A Douchanbé, pour changer, on s’est offert une pizza et nous avons diné dans un restaurant libanais.
  • Côté boisson les Tadjiks, comme les Ouzbèks, boivent surtout du thé vert.
  • Côté ravitaillement, nous avions toujours de la nourriture pour au moins deux jours avec nous, au cas où. Jusqu’à Khorog, on trouve assez souvent des épiceries (magazine en Russe), pas très fournies dans les plus petits villages, mais toujours avec au moins des pâtes et des biscuits. Pour le pain, il n’y a plus de boulangeries, il faut donc le demander chez l’habitant et souvent on nous l’a offert. A Khorog il y a un vaste choix de magasins et un marché bien fourni. Après Khorog, on trouve des épiceries basiques à Alichur et Karakul, mais le marché à Murgab est de loin le mieux approvisionné (avec un vrai choix de fruits et légumes). Attention cependant il n’est pas rare de tomber sur des produits périmés dans les épiceries : boites de conserve, jus de fruits, barre de chocolats etc… Pensez à vérifier les dates ! Gare au pain moisi aussi pendant qu’on y est !
  • Pour l’eau on trouve souvent des ruisseaux ou des fontaines le long des routes, au moins jusqu’au premier col à 4000m. Une fois sur le plateau du Pamir, l’eau est plus rare mais on en trouve au moins tous les 35-40 km, souvent plus fréquemment. L’eau est souvent plus silteuse que dans les vallées, nous utilisions soit notre filtre, soit nous laissions décanter l’eau avant de la traiter (afin de ne pas boucher le filtre).

Environnement & Développement durable

  • L’eau étant la principale ressource naturelle du pays (40% du total des ressources d’Asie centrale) le potentiel hydroélectrique est énorme. Cependant l’Ouzbékistan et le Turkménistan situés en aval restent fermement opposés à tout projet de grande ampleur. Le Tadjikistan dépend donc largement de l’Ouzbékistan pour son approvisionnement en électricité, et les coupures sont fréquentes dans la capitale.
  • Bien que l’essentiel des montagnes soit très aride, dès que le fond de vallée est habité, il y a de la verdure ! Le bord des routes dans les villages est bordé d’arbres et des cantonniers entretiennent les sources et les berges des ruisseaux et assurent l’irrigation des arbres.
  • Nous avons traversé de nombreux villages dont les réseaux de distribution d’eau potable ont été en partie financés par l’union européenne ou d’autres organismes occidentaux. Le réseau est alors souterrain et on ne trouve plus les petites fontaines en bord de route qu’on trouvait très pratiques pour se ravitailler.
  • L’approvisionnement en combustible dans le Pamir oriental ayant chuté en même temps que l’URSS, et les bouses de vaches et yaks séchées ne suffisant pas, les habitants se sont rabattus sur un petit arbuste local, le tersken, pour faire la cuisine et se chauffer. La disparition de ce maquis à croissance lente sur un rayon de 100km autour de Murgab a accéléré la désertification de cette région déjà aride. Aujourd’hui des organisations introduisent des fours solaires, mais le tersken est toujours coupé autour de Karakul.
  • Les villages et bords de routes sont plutôt propres bien qu’aucun ramassage d’ordure ne semble organisé. Il n’y a jamais de poubelles, et nous devons nous débarrasser des nôtres auprès des commerçants chez qui nous nous ravitaillons.
  • En ce qui concerne la faune, le mouton de Marco Polo, un mouton sauvage aux grandes cornes que Marco polo avait décrit suite à son passage au Pamir, est devenu une espèce emblématique du pays. Cependant, à part plusieurs statues le représentant, nous n’en avons pas vu un seul ! L’espèce est en effet menacée d’extinction à cause du braconnage et il n’en resterait que 10 000. Autre espèce menacée : le léopard des neige (il en resterait à peine 200).

Pour plus d’informations sur les problématiques de l’eau et de l’énergie au Tadjikistan, lire l’article « Eau, énergie et érosion des sols en Asie centrale »:

https://desandesauxindes.wordpress.com/2012/07/24/eau-energie-et-erosion-des-sols-en-asie-centrale/

EN PRATIQUE
Dates : du 26 juin au 24 juillet 2013, soit 27 nuits dans le pays. 22 jours de vélo.
Hébergement : nuits en hôtel : 7, nuits en homestay : 1, nuits en bivouac : 19 (dont 2 dans le jardin des locaux).
Budget : 6€ (38,3 TJS) par jour et par personne, comprenant nourriture, hébergement et connexion internet, mais sans compter les permis GBAO (30$). Prix d’une chambre double en hôtel / homestay : de 60 à 100 TJS. Nous avons eu quatre nuits gratuites à Douchanbé grâce à Nomade Aventure.

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Une réflexion sur “Tadjikistan, l’heure du bilan…

  1. ILLAC

    Toujours aussi passionnant et vous nous donnez envie d’y être….
    Bonne continuation…..
    Michel

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