Ouzbékistan : merveilles de l’architecture timouride, grosses chaleurs et repos forcé chez l’habitant !

Boukhara, ville la plus sainte d’Asie Centrale

Le 29 mai nous entrons en Ouzbékistan. Les premiers kilomètres nous pédalons en plein désert sous une chaleur torride : il fait 38 degrés à l‘ombre et finalement nous préférons pédaler car au moins nous avons un peu d’air. Puis apparaissent les premiers villages et soudain le désert devient vert : arbres et cultures longent la route qui enjambe de nombreux canaux d’irrigation. La couleur marron de l’eau ne décourage pas les enfants de s’y baigner et nous les voyons sauter dans l’eau avec un plaisir évident. Sur la route les affiches de propagande sont semblables à celles observées au Turkménistan, donnant l’image d’un pays fertile et prospère où abondent le coton, le blé et les grosses pastèques ! En revanche les berlines Toyota du Turkménistan sont remplacées par des petits vans de marque coréenne et de vieilles Lada, les gens se déplacent aussi beaucoup à vélo ou à dos d’ânes. En soirée, difficile de trouver un endroit de bivouac, car quand nous ne sommes pas entre les cultures, nous sommes à découvert dans le désert. Finalement nous entrons dans une cours et demandant aux habitants un endroit pour camper. Nous sommes reçus par Salim et Kamol, tous deux soudeurs, qui nous proposent de dormir dans leur nouvelle maison en construction, ce qui nous va très bien !

Le lendemain nous atteignons en début d’après-midi Boukhara, ville la plus sainte d’Asie Centrale. Nous nous installons dans un petit hôtel bon marché et avons la surprise de retrouver Jean-Pierre, le Hollandais avec qui nous avions pédalé les derniers jours en Iran. Il a traversé le Turkménistan intégralement à vélo et en seulement  quatre jours, à raison de 140km / jour ! Jean-Pierre nous impressionne vraiment, surtout par cette chaleur ! Nous rencontrons aussi Alex et Jana, un couple de cyclos Allemands : eux ont traversé le Turkménistan en « hitch biking », c’est-à-dire en faisant du stop en camion ! Deux jours après, deux autres cyclos français débarquent : JP qui voyage depuis plusieurs années, et Jacques parti de Paris en décembre dernier à vélo couché. Jacques a eu des soucis avec le visa turkmène et a dû prendre un avion d’Iran à Tashkent. De même nous nous attendions à retrouver Benoît et Miyoung qui étaient à Mashhad juste après nous, mais malheureusement ils n’ont pas eu le visa turkmène aux dates souhaitées et ont été contraints de quitter l’Iran à la dernière minute, leur visa arrivant à son terme. Ils se sont donc envolés de Mashhad pour … Singapour ! Très déçus bien sûr car ils ont dû tirer un trait sur leur traversée de l’Asie Centrale à laquelle ils tenaient. Ils continueront donc en Asie du Sud-Est… Plus tard on apprendra que d’autres cyclos  français n’ont pu se rendre en Iran depuis la Turquie car la frontière a carrément été fermée, les contraignant à passer par la Géorgie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Avec toutes ces histoires on se dit qu’on a vraiment eu beaucoup de chances avec les visas !

Nous resterons huit jours à Boukhara, le temps de nous reposer, de mettre le blog à jour (car nous n’avions pas pu le faire en Iran) et de visiter le centre historique. Boukhara possède des monuments vieux de mille ans : capitale de l’Etat samanide de culture persane au IXème et Xème siècle, Boukhara devint alors un important centre de la culture musulmane et rivalisait avec Bagdad, le Caire et Cordoue. Ses 113 medersas (écoles coraniques) formèrent de grands érudits, parmi lesquels l’astronome Al-Biruni qui avait évalué la distance de la Terre à la Lune à 20km près, et le mathématicien Al-Kharezmi connu pour ses traités sur l’algèbre (et dont le patronyme a donné le mot algorithme). Aujourd’hui, flâner dans ses rues entre la citadelle, les medersas, l’ancien bazar couvert occupé par les artisans et les boutiques de souvenirs, et le fameux minaret Kalon, est un réel plaisir. La légende veut que le minaret, qui avec ses 47m était le plus haut monument d’Asie central, fût épargné par Gengis Khan tellement il le trouvait impressionnant ! La vieille ville, bien qu’ayant été restaurée, a su garder un aspect authentique et vivant : les locaux s’installent entre les medersas pour y disputer des partie de dés ou de dominos, et la place Liab-i-Haouz est très animée le soir, quand la fraîcheur de la nuit arrive. Pour dénicher le « Char Minar », ensemble de quatre minarets d’influence indienne, il faut se perdre dans les ruelles de la vieille ville qui n’ont guère changé d’aspect depuis deux cent ans. On a beau être en pleine ville, on se croirait dans un petit village ! Juste derrière la mosquée Kalon, on est en plein Ikéa : des hangars ouverts sur la rue disposent de meubles en tous genres qui sont vendus entièrement assemblés, la livraison étant assurée par des Lada armées de galeries : on voit d’ailleurs régulièrement ces voitures traverser la ville avec des lits ou une armoire sur le toit !

Samarcande, ville mythique sur la route de la soie

Prochaine étape de notre séjour en Ouzbékistan : rallier Samarcande, étape obligée sur la route de la Soie, située au carrefour des routes de la Chine, de l’Inde et de la Perse. Il nous faudra trois jours de vélo sous une chaleur intense pour y parvenir. Le paysage est essentiellement rural, et nous longeons les champs de cotons, les plantations d’arbres fruitiers, et les champs de blé qui sont déjà en cours de moissonnage. Les paysans font la sieste aux heures les plus chaudes, sur des carottes (sorte de plateformes où l’on installe des matelas pour dormir ou une nappe pour manger) à l’ombre des haies. Par moment, nous quittons les cultures pour retrouver le désert d’origine, où seuls les buissons à épines poussent. C’est cachés dans le désert que nous bivouaquerons le premier soir : nous installons seulement la moustiquaire pour nous protéger des moustiques et dormons pratiquement nus : à 20h alors que nous nous couchons, il fait encore 37 degrés ! Alors sur la route on se ravitaille souvent avec des bidons d’eau de cinq litres et on boit facilement six litres d’eau chacun dans la journée…

Nous arrivons le lendemain à Kattagorgon au terme d’une longue étape. Une voiture de police nous suit depuis plusieurs kilomètres mais les flics ne se décident pas à nous en expliquer la raison. Ça nous énerve un peu et nous craignons qu’ils ne nous obligent à passer la nuit dans un hôtel où les étrangers sont en effet censés s’enregistrer. Nous qui pensions sortir de la ville après nous être ravitaillés et trouver un endroit où camper, nous sommes coincés ! Alors pour être sûrs nous demandons aux habitants s’il y a un hôtel en ville : on nous répond que non. Dans ce cas au moins les policiers ne pourront pas nous empêcher de camper… Nous demandons confirmation devant un restaurant, la voiture de police nous suit toujours, le type comprend notre problème et nous invite instantanément à passer la nuit chez sa famille. On a peur que cela ne lui pose des ennuis avec la police, mais Akmal va lui-même informer les flics qu’il prend soin de nous pour la nuit ! En fait il semble que les policiers s’inquiétaient juste de l’endroit où nous allions dormir…

Akmal nous conduit donc chez lui, mais repart presque aussitôt, nous laissant à la charge de son frère Navruz, étudiant en économie à Tashkent, et qui parle très bien l’Anglais. Navruz nous propose de dormir dans le salon, et pendant que Vincent file à la douche, Angélique aide les sœurs de Navruz, Malika et Shirina, à éplucher les carottes pour le plov. Le plov est le plat national et les Ouzbèks ont pour coutume de le cuisiner chaque dimanche. Il s’agit de riz frit avec des carottes coupées en fines lamelles, accompagné de morceaux bien gras de mouton. On en avait un peu peur, au vu des témoignages lus sur internet de cyclos ayant eu des indigestions à cause du gras de mouton, mais nous sommes sauvés par le fait que les Ouzbèks mangent dans un plat commun : les morceaux de moutons sont disposés au dessus du riz, mais nous n’avons pioché que le riz et les carottes dans le plat, hihi ! Dans la maison, c’est clairement la grand-mère qui fait la loi, et même Navruz, deux fois champion de boxe du pays, n’en mène pas large devant sa babouchka de 74 ans aux multiples dents en or. Malika, l’ainée des filles, a trente ans et deux enfants, et espère bien en avoir encore deux autres. Shirina quant à elle est passionnée de coiffure, et s’occupe des cheveux d’Angélique dès que celle-ci sort de la douche ; tandis que les deux plus jeunes sœurs, Bahara et Sitora, sont des adolescentes modernes qui ont délaissé la tenue traditionnelle au profit de la mini-jupe ! Tout le monde est à la maison pour trois mois pendant les vacances scolaires. Celles-ci durent en effet de début juin à début septembre, le temps des grosses chaleurs. Mais pour compenser, les élèves ont alors classe six jours pas semaines ! Après un copieux petit déjeuner, Navruz nous dépose le lendemain sur la route pour Samarcande. Nous aurons vraiment passé une superbe soirée en compagnie de sa famille !

A l’entrée de Samarcande nous franchissons notre 10 000ème kilomètre le jour de l’anniversaire de Vincent. Nous fêterons ça avec un petit resto où nous dégusterons des laghmans (sortes de nouilles aux légumes et… au mouton) suivi d’une énorme coupe de glace ! Samarcande serait une des plus anciennes villes d’Asie centrale (Vème siècle avant J.C.) mais elle connut son heure de gloire sous le règne de Timur lang (Tamerlan) qui en fit sa capitale au XIVème siècle. Lors de ses campagnes féroces à l’étranger, Tamerlan réquisitionna les meilleurs artisans de Pékin à Bagdad et lui et ses successeurs (en particulier son petit fils Ulug Beg) firent construire la plupart des monuments qui sont aujourd’hui emblématiques de la ville : Samarcande resta pendant deux siècles le centre économique et culturel d’Asie centrale.

Aujourd’hui le centre historique, avec ses medersas ornées de faïences aux motifs géométriques ou floraux, ses mosquées aux sublimes coupoles bleu « turquoises » (littéralement « couleur des Turcs », les cultures d’Asie centrale étant pour beaucoup d’origine turques),et ses mausolées aux somptueuses mosaïques, tous récemment restaurés, n’a cependant pas le même charme que le centre de Boukhara : la place du Régistan, ensemble de trois medersas devenues le symbole de la ville, rappelle fortement Disneyland et des spectacles sons et lumières y ont lieu régulièrement ! La vielle ville, et en particulier le quartier juif et ses étroites ruelles, a complètement été barricadé afin de cacher « la vraie vie » aux yeux des touristes : des murs ont été construits en travers des rues et pour y accéder il faut entrer par une porte de garage ! Nous avons de loin préféré Boukhara…

En route pour la frontière tadjike, à travers les montagnes

La frontière entre Samarcande et Pendjikent étant fermée depuis plusieurs années (les relations entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan étant souvent tendues), nous devons faire un détour par le Sud pour passer la frontière entre Denau et Tursanzade. Il nous faut au passage traverser les monts Hissar, prolongement occidental de la chaîne du Pamir. Dans la montée du premier col nous retrouvons avec plaisir un peu de fraîcheur, qui ne va pas durer hélas, car nous redescendons aussitôt dans la fournaise de la plaine de Chakhisabz, ville natale de Tamerlan dotée de quelques beaux monuments. Nous ne nous y attardons pas et poursuivons vers Boysun, deux cols plus loin, où nous comptons passer quelques jours pour faire de la randonnée dans les montagnes au dessus de la ville, car nous devons attendre une semaine avant de pouvoir entrer au Tadjikistan. Manque de chance cependant, l’unique hôtel de la ville est en travaux : le propriétaire nous propose quand-même une chambre mais l’eau étant coupée, il n’y a pas de douche et les WC sont au font du jardin et se résument à trois trous côte à côte séparés par des murs d’un mètre de haut ! On ne se voit pas y passer une semaine, on file donc prendre une douche au hammam, on se ravitaille et on continue vers Denau à 40km de la frontière tadjike. Vincent souffre de plus en plus de la chaleur et nous faisons désormais une longue pause aux heures les plus chaudes. Il faut dire que l’on récupère mal la nuit, car il fait toujours chaud, et surtout il fait jour dès 4h le matin, et dès que la tente est au soleil, on ne tient plus… Le paysage dans la descente se résume à des collines arides brûlées par le soleil, entrecoupées ça et là par des champs de blé. Pourtant au loin on devine des sommets encore enneigés, le point culminant de la région dépassant les 4400m.

Repos forcé chez l’habitant

A Denau, déception, l’unique hôtel bon marché acceptant les touristes est en piteux état : un seul WC dans tout l’hôtel (on se demande d’ailleurs s’il n’a jamais été nettoyé !) et la douche est … dans le jardin ! Pour ajouter à l’inconfort, pas de climatisation donc si on ouvre la fenêtre on se fait dévorer par les moustiques, on est donc contraints de monter la moustiquaire de notre tente dans la chambre, et le bar d’à côté diffuse de la musique à plein décibels jusque tard dans la nuit. Après une nuit, on n’en peut plus, impossible de se reposer et de récupérer dans ces conditions, surtout que Vincent se sent de plus en plus mal. Unique alternative, l’hôtel luxueux de la ville, avec ses chambres à 52$. On n’a jamais payé ce prix là pour une chambre et comme il nous reste encore six nuits avant de pouvoir entrer au Tadjikistan, la note va être salée. Nous tentons donc dans une chaïkhana (maison de thé / restaurant) : on y mange un copieux repas de laghman (nouilles) et chachlik (brochettes) puis nous demandons si nous pourrions y installer la tente pour la nuit. Le responsable est visiblement gêné et au bout de la discussion où se mêlent les clients, un homme accompagné de son fil de douze ans nous invite à passer quelques jours chez lui à cinq kilomètres de là. Nous acceptons avec plaisir et sommes reçus comme des rois par ses filles Fatima et Sevara. On nous installe dans le salon, qui dispose de la climatisation (que ça fait du bien !), et en guise d’accueil on nous apporte thé, bonbons, pastèque, pommes, prunes, pain, fruits secs et jus de fruit bien frais, un vrai festin ! Sevara est maman d’un petit garçon d’un an et demi, Sanjar, et s’occupe des tâches ménagères, tandis que Fatima, dix-huit ans, fait la coquette et passe son temps entre copines… Leur mère ressemble presque à une « mama africaine » dans sa large robe aux motifs colorés. Le soir les voisins défilent pour dire bonjour, apporter des tomates, ou partager le repas que l’on prend sur le carotte installé dans la cours : tout le monde se connaît dans le quartier, et les liens entre voisins sont très forts. Mohtor qui habite à deux pas nous invite à lui rendre visite le lendemain : il est potier et fabrique des fours tandoori en argile (qui servent pour la cuisson du pain ou des samsas, sortes de beignets à la viande).

Le lendemain Takher, le fils de la maison, nous amène chez Mohtor qui nous montre avec fierté ses fours et nous explique comment il les fabrique. Mohtor tient ensuite à nous faire visiter le centre de Denau, avec sa statue de Tamerlan (que Mohtor compare à Napoléon), son bazar animé, sa nouvelle mosquée et son ancienne medersa. De retour « à la maison », Sevara, Fatima et Takher, accompagnés de nombreuses voisines, nous embarquent à la rivière : ils y vont chaque jour à l’heure la plus chaude pour se baigner et se rafraîchir. Les filles se baignent tout habillées, et malgré le courant (la rivière arrive tout droit des montagnes), elles se jettent dans les rapides ! Alors quand des mecs arrivent avec une chambre à air énorme, Fatima et ses copines vont leur piquer et s’en servent de mini-raft! Après la rivière, c’est l’heure de la sieste : les Ouzbèks se lèvent tôt, vers 5 ou 6h pour profiter de la fraîcheur, et font une sieste l’après-midi, à la mode espagnole.

Après avoir passé la journée au soleil, l’état de Vincent à empiré : il a 40 degrés de fièvre et se sent très fatigué. On demande donc s’il est possible de faire venir un médecin. C’est la fille de Mohtor, Maftuna, qui arrive pour ausculter Vincent. Mohtor est en fait médecin ambulancier à l’hôpital tout proche, et Maftuna et son frère Sardor sont tous deux étudiants en médecine ! Après un cocktail de paracétamol, aspirine et un massage à l’alcool de la part de Maftuna, Vincent se sent vite mieux. Mais dans la nuit la fièvre remonte sérieusement, alors dans la matinée nous décidons de nous rendre à l’hôpital pour faire des examens. C’est à ce moment là qu’arrivent Mohtor et sa fille : ils ne comprennent pas que Vincent ne se sent pas bien depuis plusieurs jours, et pour eux il a juste attrapé un coup de froid à cause de la clim en revenant de la rivière. Mohtor tient à vérifier notre trousse à pharmacie et s’étonne que Vincent n’ait pas encore pris d’antibiotiques alors que nous en avons ! Nous devons insister pour lui expliquer qu’on ne prend pas d’antibiotiques sans diagnostique, et quand Mohtor recommande à Vincent d’avaler un plein verre de vodka, nous commençons sérieusement à remettre en cause ses compétences en tant que médecin. Mais Mohtor a le cœur sur la main et nous propose de passer les derniers jours qu’il nous reste avant de passer au Tadjikistan chez lui. Nous déménageons, mais quand à la fin de l’après-midi, la fièvre de Vincent ne baisse toujours pas malgré les multiples comprimés de paracétamols, Angélique décide d’appeler le médecin de l’assurance pour avoir un « vrai » avis médical. Sans hésiter, le médecin nous dit de filer à l’hôpital faire un bilan sanguin complet, avec analyse d’urine, test du paludisme (il y avait un léger risque au Turkménistan) et de l’hépatite. Mohtor commence à comprendre que l’état de Vincent est plus grave que ce qu’il pensait, mais il est trop tard en ce samedi soir pour faire des analyses à l’hôpital, il nous faudra attendre lundi matin ! Nous sommes dégoutés, car quand nous voulions y aller en matinée, il nous en a dissuadés, et on se dit que ce n’est pas très malin de la part d’un médecin… Parmi les autres conseils farfelus de Mohtor : Vincent ne doit pas boire d’eau la nuit même s’il sue des litres à cause de la fièvre… et on apprend que si uniquement Angélique se fait piquer la nuit par les moustiques c’est parce qu’elle est du groupe A ; Vincent étant du groupe B il ne craint rien, « tout comme les personnes des groupes C et D » d’ailleurs ?!? Mohtor nous dit pourtant avoir fait sept ans d’études, à l’époque soviétique….

Le lundi enfin Vincent peut faire ses analyses. Vu l’hôpital on se dit qu’il vaut mieux que ça ne soit pas trop grave : pas de savon nulle part, même dans les toilettes où Vincent doit prélever son urine dans un flacon de récupération bien sûr non stérile, et le matériel ne semble pas avoir été mis à jour depuis l’ère soviétique… Alors avant de faire la prise de sang, l’infirmière se désinfecte les mains en se versant de l’alcool dessus, faute de savon… Mais bon, trois heures plus tard, nous avons les résultats : paludisme, niet, hépatite, niet, analyse de sang normale… Alors quoi ? Vincent souffrirait seulement d’un manque de sel. Nous avons en effet beaucoup sué à vélo, et bu beaucoup d’eau pour compenser, mais pas mangé suffisamment salé pour remplacer le sel éliminé. Vincent est donc au régime avec sel pour quelques jours !

Etant donné l’état de santé rassurant de Vincent, nous sommes invités le lendemain matin au mariage qui a lieu dans le quartier : la première journée du mariage a eu lieu la veille à Sariosiyo à une vingtaine de kilomètre, et aujourd’hui c’est à 500m que la fête se passe. Les hommes sont invités dès 7h pour manger du plov, tandis que les femmes se rassemblent dans un autre lieu à 10h pour un repas de soupe (au gras de mouton), plov (encore au gras de mouton) et de pastèque (pas au mouton, ouf!). Quand chez les femmes on se met à danser, chez les hommes on s’attable pour le repas de midi avec, encore du plov (préparé par le deuxième fils de Mohtor, Rustam, qui est cuisinier), cette fois accompagné de chachliks (de mouton bien sûr) et de bière (c’est riche en minéraux et très bon pour Vincent !). Les femmes se sont faites belles et certaines ont teint leurs sourcils en les joignant au dessus du nez, en symbole de féminité. Elles dansent élégamment avec de grands gestes des bras et des mains. Les mariés quant à eux ne font qu’une brève apparition: la mariée, habillée avec une robe blanche à l’occidentale, salue chaque table d’invités en tenant le voile qui lui couvre le visage à bout de bras et en s’inclinant trois fois. Les musiciens jouent un morceau en l’honneur des mariés, puis ces derniers s’engouffrent dans une voiture et on ne les revoit plus…

Au cours du repas de midi, Vincent est invité par des amis de Mohtor : nous sommes attendus chez eux un peu plus tard pour un apéritif au cours duquel ils nous ouvrent une bouteille de champagne russe ! Puis nous sautons tous en voiture pour une excursion jusqu’à une cascade impressionnante dans une vallée encaissée à une heure de route. L’eau sort directement de la roche à mi paroi, et l’eau, très pure et très fraîche, est considéré comme bienfaisante. Les familles sont nombreuses en cette période de vacances à venir profiter de la fraîcheur au pied des chutes, et s’installent pour de longs pique-niques sur des plateformes aménagées au pied de la falaise.

Le lendemain 26 juin, il est temps de quitter notre famille d’accueil. Mohtor et sa femme Mahfuza nous ont nourris, logés et chouchoutés avec un cœur d’or pendant quatre jours et nos maigres cadeaux sont loin de compenser leur générosité (nous leur avons entre autres imprimés quelques photos prises chez eux en souvenir). Ils nous invitent même à revenir dans quelques années quand nous aurons des enfants ! Ça n’aura pas toujours été facile de communiquer mais grâce au livre de Russe de Vincent, au livre d’images G’palémo, et avec de bonnes séances de mimes, on s’en est bien sortis ! Nous les quittons donc très reconnaissants puis nous nous mettons en route pour la frontière. Vincent, tout juste rétabli, pédale doucement, et nous atteignons la douane à midi. Nous étions un peu inquiets de ne pas avoir de tickets d’enregistrement pour la dernière semaine puisque nous n’avons pas dormi à l’hôtel, mais heureusement les douaniers ne nous ont rien demandé, ouf (les étrangers sont en fait censés s’enregistrer au minimum au bout de la troisième nuit dans une ville). Les formalités d’entrée au Tadjikistan sont rapides (pas de fouilles des bagages !), et nous pouvons donc poursuivre sur Douchanbé et la redoutable mais magnifique route du Pamir et ses cols à plus de 4000m…

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Pour info, il est plus avantageux de changer ses dollars au marché noir plutôt que dans les banques: on obtient quasiment 30% de plus ! Nous avons changé de l’argent à Boukhara puis Samarcande (on trouve facilement des commerçants changeant de l’argent dans les bazars) pour 1$ = 2750 soums. La plus grosse coupure ouzbèke étant de 1000 soums, on se retrouve donc avec des liasses de billets encore plus volumineuses qu’en Iran !

Etape 160 : 45km après la frontière ouzbèke (250m) – Boukhara (300m), 55km, +60m, -10m. Nuit au Malikjon House B&B (20$ la chambre double avec sdb privée et petit dej. inclus).

Etape 161 : Boukhara (300m) – 12km après Qiziltepa (390m), 76km, +105m, -15m. Bivouac dans le désert.

Etape 162 : 12km après Qiziltepa (390m) – Kattagorgon (540m), 123km, +215m, -65m. Nuit chez l’habitant.

Etape 163 : Kattagorgon (540m) – Samarcande (720m), 77km, +490m, -310m. Route par Juma. Nuit à l’hôtel Légende (offerte par notre partenaire Nomade Aventure).

Etape 164 : Samarcande (720m) – 16km av. col de Tahtaqaracha (1030m), 51km, +500m, -190m. Bivouac près de la rivière. Inclus une dizaine de km en ville (monuments, ravitaillement, poste etc…)

Etape 165 : 16km av. col de Tahtaqaracha (1030m) – Chakhizabz (650m), 53km, +650m, -1050m. Col à 1650m (et non 1788m comme annoncé par la carte!). Nuit au Fayzullah Ravnakhi B&B (30$ en ½ pension).

Etape 166 : Chakhizabz (650m) – 31km après Guzor (740m), 101km, +530m, -440m. Bivouac entre la route et la rivière.

Etape 167 : 31km après Guzor (740m) – Darbent (1050m), 66km, +950m, -640m. Bivouac juste avant l’entrée du village.

Etape 168 : Darbent (1050m) – 25km après Boysun (860m), 55km, +700m, -890m. Col à 1330m. Bivouac.

Etape 169 : 25km après Boysun (860m) – Denau (550m), 72km, +450m, -760m. Nuit à l’hôtel Denau (40 000 soums, douche dans le jardin, un seul WC pour tout l’hôtel, confort au niveau zéro !). Nous sommes invités chez l’habitant le lendemain : 27km d’A/R à Denau les jours suivants, +50m, -40m.

Etape 170 : Denau (550m) – 9km après Tursanzade (840m), 54km, +400m, -110m. Bivouac chez l’habitant. Entrée au Tadjikistan.

Total de Quito à la frontière tadjike : 10 468km et 85 535m de dénivelé positif.

Total en Ouzbékistan : 835km et 4930m de dénivelé positif.

Album photos Ouzbékistan :

Ouzbékistan
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3 réflexions sur “Ouzbékistan : merveilles de l’architecture timouride, grosses chaleurs et repos forcé chez l’habitant !

  1. Ouf! bien contente que Vincent se soit rétabli vite! Malgré que le médecin-ambulancier-fabricant-de-four avait le cœur sur la main, heureusement que ça n’était pas grave pour Vincent!
    Bonne continuation bisous à vous!!!

  2. Formidable, cette hospitalité.
    Moins formidable, les compétences du toubib, mais ça se termine bien, ouf !

  3. Richard Marie Agnès

    Je vous suis depuis presque votre départ dans les Andes….avec beaucoup de plaisir…vous me faites voyager….J’étais en Ouzbékistan fin Aout 2011…Magnifique architecture en effet et pays riche en Histoire Trés bon souvenir de mon séjour que je revis grace à vous…Merci et bonne poursuite du voyage….A bientôt
    Marie Agnès

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