Turkménistan express : cinq jours pour traverser le pays !

Le 25 mai nous quittons l’Iran et entrons au Turkménistan. Les douaniers ont des visages asiatiques avec des traits mongoloïdes et on se sent enfin à la porte de l’Asie Centrale. Après les formalités et une fouille en règle de nos sacoches, Angélique file aux toilettes se changer : après un mois et demi en Iran, elle peut enfin ressortir ses t-shirts et son corsaire, et fini le buff sous le casque ! Ça tombe bien car la température depuis Mashhad est bien montée, il faut dire que nous sommes maintenant à moins de 300m d’altitude. En quittant la douane, Angélique, qui tente de remettre une mèche rebelle sous son casque, en oublie que lâcher le guidon sur un vélo couché conduit irrémédiablement à la chute, et se retrouve par terre. Heureusement le vélo n’a rien (les sacoches ont amorti le choc) et Angélique s’en sortira avec seulement quelques bleus. Voilà ce qui arrive quand les cheveux retrouvent une liberté soudaine !

A Saraghs quelques kilomètres plus loin nous nous mettons en quête de changer nos rials iraniens en manats turkmènes. Ce ne sera pas simple car nous avons loupé les changeurs à la frontière (comprendre des particuliers qui changent de l’argent au marché noir) et une fois dans le village plus personne ne veut reprendre nos rials. Nous trouverons finalement un petit jeune dont la mère vit en Iran : nous perdrons quand même quatre heures et l’équivalent de 20$ dans l’affaire mais nous pouvons enfin nous mettre en route ! Ce contretemps nous aura au moins permis d’observer la population locale, et quel contraste avec l’Iran : les femmes s’habillent avec de longues robes moulantes aux couleurs vives, à manches courtes ou longues, tandis que les hommes portent le calot traditionnel (une sorte de mini-bonnet brodé et coloré) et parfois de ravissantes sandales à l’allure particulièrement féminine. Certaines femmes portent le voile, qui est alors très coloré et bariolé, et attaché à l’arrière de la tête.

Le Turkménistan est un peu la Corée du Nord de l’Asie centrale : des années de dictature suivirent l’effondrement de l’URSS en 1991, et le pays est surtout connu pour le culte de la personnalité que Niazov, le « Chef des Turkmènes », imposait à son peuple. De fait le pays est resté très fermé et seulement 3000 touristes s’y rendent chaque année. Nous n’avons quant à nous qu’un visa de transit de cinq jours pour rallier la frontière ouzbèke 550 kilomètres plus loin et nous devrons donc faire un saut en bus si nous ne voulons pas pédaler comme des fous dans le désert !

Ce qui frappe en quittant Saraghs, c’est l’état lamentable de la route : autrefois goudronnée, elle est aujourd’hui craquelée et jonchée de nids de poules, parfois même le goudron a complètement disparu et il nous faut zigzaguer entre des trous énormes creusés dans les fondations de la route. Un vrai parcours de VTT ! On ne vous parle même pas des ponts plein de trous où on manque de passer à travers… A Hauz Han nous rattrapons la route principale qui rallie Achgabat, la capitale, à Tukmenabat, 2ème plus grande ville du pays. Mais la route, bien que plus large, n’est que moins pire (on n’ose pas dire mieux tellement elle est encore criblée de trous !), on essaye donc dès que c’est possible de pédaler sur la deuxième voie en construction. Les travaux durent déjà depuis plusieurs années, mais il semble que la nouvelle route ne soit pas prête d’être finie ! Aucun balisage au sol et aucune signalisation non plus et nous avons compté les panneaux sur les doigts de la main. C’est d’autant plus étonnant que le Turkménistan pourrait être un pays prospère avec les énormes ressources pétrolières et gazières qu’il possède, mais au lieu d’investir dans les infrastructures l’argent est passé ailleurs : monuments administratifs grandiloquents et statues en or à l’effigie de l’ancien dictateur… Sur la route aussi on note la quasi absence de motos, dont raffolaient les Iraniens. On voit essentiellement des gros camions et des berlines Toyota récentes, mais finalement peu de voitures anciennes, et on devine que le fossé doit être important entre les gens des classes aisées et les petits paysans.

Lors d’une pause dans l’un des nombreux cafés pour routiers, on en profite pour se ravitailler dans le petit magasin d’à côté, puis on cherche les toilettes : Vincent repère la cabane mais remarque que même les routiers n’osent pas y rentrer et préfèrent pisser derrière. Il faudra qu’on s’y fasse, finis les WC propres avec de l’eau et du savon, on a juste un trou dans le sol, et il n’y a même pas l’eau courante pour se laver les mains ! Alors l’eau potable n’existe que dans les rêves, et on est contraints d’acheter des bouteilles (des bidons de cinq litres plutôt). Pour le pain, c’est une bonne surprise : fini le pain plat iranien, on retrouve avec plaisir un pain rond et gonflé ! On doit faire attention quand même car le pain au Turkménistan est sacré et entouré de superstitions, et il ne faut jamais le poser à l’envers !

Le paysage quant à lui est sans grand intérêt : plat, semi-désertique et monotone. Nous y croiserons quand même nos premiers troupeaux de dromadaires (qu’on attendait depuis qu’on avait vu des panneaux « attention, traversée de dromadaires » dans le désert… en Iran). Ils nous ferons une visite surprise un soir au bivouac, et des policiers nous expliquerons qu’ils sont élevés pour passer à la casserole !

Malgré le climat aride, nous traversons aussi pas mal d’étendues cultivées : les femmes dans les champs sont enturbannées à la façon touareg pour se protéger du soleil et nous saluent à notre passage. Dans les villes, d’autres femmes enturbannées portant en plus un gilet orange réfléchissant sont employées pour balayer les petits graviers sur la route… D’autres encore tentent de gagner leur vie en sillonnant les gares routières avec leurs paniers remplis de samsas, sortes de beignets fourrés à la viande ou aux légumes, qui rappellent fortement les empanadas sud américaines.

Sur la route pour Mary nous voyons les premiers champs de cotons, dont l’irrigation continue d’assécher la mer d’Aral. Avec l’arrivée des  Soviétiques les Turkmènes qui étaient alors essentiellement nomades ont été contraints de se sédentariser et de se mettre à l’agriculture. Les Soviétiques misèrent sur la culture du coton pour que l’industrie textile fasse « un grand bon en avant », mais c’était sans compter sur le climat aride du pays. Qu’à cela ne tienne, ils entreprirent dans les années 1950 la construction de l’énorme canal du Karakoum long de 1100km, qui draine l’Amou Daria pour irriguer la moitié sud du pays. Depuis la production de coton a quadruplé mais la mer d’Aral a quasiment disparu, provoquant une catastrophe écologique à grande échelle : disparition de la faune aquatique, aridification du climat, salinisation et assèchement des sols, tempêtes de sables balayant les sols chargés de résidus chimiques (pesticides, engrais) etc… Avec pour conséquence de graves problèmes de santé pour la population environnantes: maladies respiratoires, cancers de la gorge et de l’œsophage, typhoïdes et hépatites causée par la mauvaise qualité de l’eau potable etc… si bien que la région enregistre le plus fort taux de mortalité de l’ex-URSS (devant Tchernobyl ?).

Mary est une ville soviétique avec de larges avenues et des immeubles de styles HLM couverts de grosses paraboles. Nous y passerons un long moment à la recherche de l’unique hôtel bon marché, pour finalement nous casser le nez devant une porte cadenassée… Nous passerons donc la nuit dans un motel pour routiers tenu par une famille russe. Mais on ne rigole pas avec les prix en Russie et malgré notre jeu habituel pour obtenir une réduction, cette fois nous n’aurons rien, niet, nada ! Les prix sont régulés par le gouvernement et les touristes payent le prix fort au Turkménistan, jusqu’à dix fois celui des locaux… Enfin nous aurons au moins une bonne douche et ce ne sera pas du luxe !

Le lendemain nous prenons le bus pour Turkmenabat afin d’arriver à temps à la frontière ouzbèke. Par manque de temps nous ne visiterons finalement pas le site antique de Merv, où eurent lieu les plus grandes fouilles archéologiques d’Asie centrale (la cité de Merv fût en son heure de gloire une des plus grande cité du monde musulman à l’instar de Damas, Bagdad ou le Caire). Nous arriverons à la tombée de la nuit, et afin d’économiser une nuit d’hôtel nous demandons à plusieurs petits cafés si nous pouvons camper chez eux. On finit par en trouver un, on y mange deux chachliks (brochettes) et on installe la tente derrière. Le lendemain, quiproquo quand le gars du café refuse de nous rendre la monnaie sur les cinq manats convenus : il nous faudra batailler pour la récupérer !

A la sortie de Turkmenabat nous traversons l’Amou Daria sur un pont flottant d’une autre époque, et constatons avec surprise que le fleuve a un débit impressionnant. Nous sommes en effet au printemps et la fonte des neiges bat son plain au Tadjikistan où le fleuve prend sa source. On peine à imaginer les quantités astronomiques d’eau prélevées pour l’irrigation car moins de 10% de l’eau du fleuve atteint en réalité la mer d’Aral à l’agonie.

A midi nous sommes au poste frontière, cette fois nous changeons notre argent avant de quitter le pays, et après une fouille en règle de nos sacoches (encore !) et l’air dubitatif du douanier devant un tampon d’Angélique (serait-ce une balle de fusil en coton ?), nous pouvons filer vers l’Ouzbékistan !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Pour info, les taux de change entre euros / dollars et manats est contrôlé par l’Etat et maintenu fixe. Ainsi un dollar vous donnera 2,85 manats. Le prix des hôtels pour les étrangers est aussi contrôlé par l’Etat et il n’est pas rare que les touristes payent 10 fois plus cher que les locaux pour la même chose !

Etape 156 : Sarakhs (290m) – Bivouac en direction de Hauz Han (250m), 62km, +110m, -150m.

Etape 157 : Bivouac en direction de Hauz Han (250m) – 40km après Hauz Han (230m), 92km, +45m, -65m. Bivouac dans les buissons dans le désert (avec visite d’un troupeau de chameaux au couché du soleil et à l’aube !).

Etape 158 : 40km après Hauz Han (230m) – Mary (240m), 54km, +30m, -20m. 10km à tourner en rond dans la ville pour trouver l’hôtel Caravansérail réputé pas cher mais qui était fermé, nous avons donc dormi à l’hôtel Rahat (120 manats la chambre double avec sdb). Le lendemain, nous avons pris le bus pour Turkmenabat (7,40 manats par personne, nous avons payé en tout 20 manats pour nous et les vélos). A Turkmenabat, nous avons campé derrière un café pour 5 manats.

Etape 159 : Turkmenabat (220m) – 45km après la frontière ouzbèk (250m), 84km, +75m, -45m. Bivouac chez l’habitant.

Total de Quito à Farap (frontière ouzbèke) : 9633km et 80605m de dénivelé positif.

Total au Turkménistan: 246km et 200m de dénivelé positif. 

EN CHIFFRES

Dates : du 25 au 29 mai 2013, soit 4 nuits dans le pays. 3,5 jours de vélo.

Hébergement : nuits en hôtels : 1, nuits en bivouac : 3.

Budget : 9,9 $ (28,3 manats) par jour et par personne, comprenant nourriture, hébergement et trajet en bus, mais sans compter les 20$ perdus à cause d’un mauvais taux de change,  ni le droit d’entrée à payer à la douane (12$ par personne).

Album photos Turkménistan :

Turkménistan
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Une réflexion sur “Turkménistan express : cinq jours pour traverser le pays !

  1. Le Turménistan, un passage obligé mais pas ce qu’il y a de plus intéressant, si j’ai bien compris.
    Ca fait partie de la variété du voyage, et puis au moins ce n’est pas long (même un peu court: un visa de 5 jours, ils exagèrent)

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