Iran, l’heure du bilan…

Après un mois et demi passé en Iran, voici donc l’heure du bilan ! Malgré 45 jours et 2000km à vélo, nous n’aurons vu au final qu’une mince partie du pays qui est quand même grand comme trois fois a France ! Cela nous aura suffit néanmoins pour vraiment beaucoup apprécier l’Iran : nous n’avions jamais eu autant de contacts avec la population locale et le pays est vraiment varié.  Notre seul regret sera de ne pas avoir eu la chance d’avoir une véritable discussion avec des Iraniens parlant suffisamment l’Anglais, qui nous aurait permis d’échanger nos impressions sur nos pays respectifs.

Ce qui nous a marqué

  • Les femmes ne sont pas toutes en tchador ! Dans les grandes villes, les femmes de classe aisée sont d’une élégance très raffinée : maquillage, tenue moulante, elles osent la couleur, talons haut, et la démarche ondulante ! La mode est de porter le voile le plus en arrière possible afin de laisser deviner au mieux la coiffure élaborée ou les mèches blondes ! A côté de ça on voit aussi des mamans en tchador qui promènent leur gamine de 2 ans déjà voilée…
  • A vélo Angélique n’a jamais reçu aucune remarque au sujet de son accoutrement peu conforme (tunique faite maison et buff sur la tête). On avait entendu parler de la « police des mœurs » qui surveille, entre autres, que les femmes respectent bien le code vestimentaire islamique, mais on ne l’a jamais vue. Les rares fois où la police nous a arrêtés sur le bord de la route, c’était soit par simple curiosité, soit pour vérifier que nous ne manquions de rien ! Les quelques femmes parlant Anglais qui sont venues poser des questions  à Angélique sur notre voyage semblaient plutôt admiratives. On devine que notre liberté les fait rêver.
  • Le ta’arof, la règle de politesse du pays, nous aura laissé perplexes. Plusieurs fois nous nous sommes fait inviter, mais malgré l’insistance des gens, ce n’était en fait que simple politesse…  Alors quand nous avons rencontré des Iraniens qui ne faisaient pas de chichi, on n’a plus rien compris. Ainsi à Pasargades, une jeune fille avec qui Angélique avait discuté, s’est montré très vexée quand Angélique à tenter de refuser les canettes de jus de fruit qu’elle voulait lui offrir…
  • Les Iraniens sont très accueillants mais ils peuvent parfois se montrer envahissants au point que c’en est embarrassant : la personne qui souhaite nous inviter accomplit son devoir (les étrangers doivent être traités comme des envoyés de Dieu !) mais il n’y a pas de véritable échange et on ne nous laisse pas le choix. La personne qui a décidé que telle chose était bien pour nous ne tient pas compte de notre avis…
  • Quand les gens ne parlent pas Anglais et qu’on leur fait comprendre qu’on ne comprend pas le Farsi, ils répètent à l’infini en parlant à chaque fois de plus en plus lentement et de plus en plus articulé ! Mais ça n’y change rien, on ne comprend toujours pas !!! Parfois au contraire, la personne se tait et nous « parle » par gestes comme si lui et nous étions sourds-muets !
  •  Les parcs en ville sont toujours propres et bien entretenus, avec toilettes et savon. Les jeunes iraniens y viennent pour flirter : les filles s’habillent et se maquillent avec grand soin comme chez nous avant d’aller en soirée, et les mecs se la jouent avec des jeans moulants et décolletés montrant leur torse bombé (et velu), et des lunettes de stars ! Autres lieux de drague : les salons de thé où les jeunes viennent siroter une tasse et fumer le narguilé.
  • Le coût de la vie en Iran est très bas pour nous. Nous n’avions jamais dépensé si peu, moins de 7 € par jour et par personne ! A vélo on pique-niquait souvent pour à peine 1€ à deux ! Pourtant les gens ne paraissent pas très pauvres, beaucoup ont soit une voiture, soit une moto, et un téléphone portable dont ils abusent même au volant.
  • Les Iraniens utilisent trois calendriers différents : le calendrier solaire persan pour tous les jours, le calendrier lunaire musulman pour la religion et le calendrier grégorien (le nôtre) pour les relations avec l’étranger. Au final, on n’a jamais réussi à déchiffrer les dates de péremption sur les aliments….
  • Les 405 Peugeot! Elles représentent peut être un tiers des voitures ! Le deuxième tiers est composé de berlines de marque coréenne (Maipa), et le dernier tiers, c’est le pick-up bleu typique de l’Iran que l’on utilise pour transporter tout et n’importe quoi (des tuyaux, des empilements de cartons et de sacs, un troupeau de moutons…), avec souvent des chargements à la stabilité plus que précaire !
  • Le passé riche en histoire du pays. Les Iraniens sont très flattés lorsque l’on compare leur civilisation antique à celles d’Egypte ou de Grèce.
  • Le peu de ferveur religieuse dans le Nord Ouest du pays, car ce sont des Azéris. Un homme qui pourtant affirme croire en Dieu nous avouera même que pour lui la religion n’est que « pure connerie » !
  • Les Iraniens adorent les pique-niques en famille. Avec la tente type 2 secondes… Par contre les lieux de pique-niques dans la nature sont sales car ils y laissent tous leurs déchets !
  • Les enfants et les ados sont bien élevés et respectueux, ils parlent souvent mieux Anglais que leurs parents, et se montrent intéressés et curieux mais sans être crampons !
  • Les Iraniens sont cultivés : à plusieurs reprises quand Vincent se présentait, on lui répondait « comme Van Gogh ! ». Nous n’avions jamais eu cette remarque en Amérique du Sud !
  • Quand nous annoncions que nous venions de France, 90% du temps on nous répondait « Zinedine Zidane », parfois « Sarkozy » ou « Jacques Chirac », et on a eu le droit une fois à « Mireille Mathieu » !
  • Les mosquées sont plus fines et délicates qu’en Turquie. L’appel à la prière n’a lieu que trois fois par jour car les Iraniens sont shiites.
  • A l’entrée de chaque ville, on voit alignées les affiches représentant les portraits des « shahid », les martyrs morts lors de la révolution islamique ou bien lors de la guerre Iran – Irak.

Meilleurs & pires moments 

  • Meilleurs moments : notre journée chez les nomades !
  • Pires moments : la soirée où on s’est fait trimballer par le type de la station essence. Les entrées de ville à vélo : pas évident quand rien n’est indiqué, qu’on a un plan pas suffisamment détaillé et avec la fatigue de fin de journée !

Sur la route

  • En ce qui concerne les vélos, Angélique a eu droit à une deuxième crevaison à Tabriz (pour le plus grand plaisir de Vincent !). Nous avons aussi changé nos chaînes après environ 8000km. Sinon, RAS.
  • Le trafic routier sur les axes principaux est très intense en Iran, du coup on a regretté les larges 4 voies tranquilles de la Turquie ! L’essence est très peu chère car subventionnée par l’Etat (un litre coûte 0,09€ !), il y a donc beaucoup plus de camions et de voitures qu’en Turquie (où le litre d’essence approchait les 2€) et aucune motivation pour développer le transport ferroviaire! L’essence étant de piètre qualité, les problèmes de pollutions sont fréquents dans les grandes villes, surtout à Téhéran.
  • La conduite en Iran nous a paru plutôt folle : contre sens pour faire au plus court, marche arrière à toute vitesse sur la 4 voies, plusieurs demi-tours pour mieux nous observer (surtout les jeunes à moto), stationnement anarchique sur la voie droite, etc… La seule règle que les Iraniens respectent est celle du plus fort donc la priorité va au plus gros ! Autant dire qu’à vélo où à pied à Téhéran, on n’en menait pas large… Heureusement en dehors des villes, ils laissent souvent une bonne distance pour doubler les cyclistes, parfois au détriment de la voiture d’en face qui doit faire un écart pour éviter la collision !
  • Sur la route, vingt fois par jour on nous pose les même questions, en tentant de nous arrêter. Ils sont gentils mais c’est fatiguant à la fin ! « Hello, which country ? » Leçon 1. « Welcome to Iran ! » Leçon 2.
  • Nous avons aussi souvent eu le droit au « coup du capot ». Une voiture nous double, puis s’arrête quelques dizaines de mètres plus loin : le chauffeur descend, ouvre son capot, et fait mine de réparer une panne subite. En fait il attend seulement que nous repassions afin de mieux nous observer !
  • Dans les bus de ville, les hommes montent à l’avant et les femmes à l’arrière. Même les couples mariés doivent être séparés ! Pas très pratique pour se mettre d’accord sur l’arrêt auquel descendre…
  • Les chiens : il fait trop chaud dans ce pays pour qu’ils coursent les cyclistes ! Quand l’ombre se fait rare, il ne faut surtout pas la quitter, un petit wouf wouf suffira…

Nourriture

  • Il existe en Iran quatre sortes de pains, toujours plats. Le pire se transforme en carton à la vitesse de la lumière, tandis que le meilleur, appelé sangak, est plus épais (dimensions 80 x 30 cm) et se garde jusqu’au lendemain. Les boulangeries sont difficiles à trouver : on les repère parfois grâce au pain accroché au dessus de la porte, mais souvent il nous a fallu demander. Il s’agit juste d’un atelier sans comptoir, et le pain est cuit à la demande !
  • Les Iraniens boivent autant de thé que les Turcs, mais ici il est servi dans des tasses et le carré de sucre se met dans la bouche, pas dans la tasse : chaque gorgée fait alors fondre le sucre un peu plus, et le carré dure le temps de la tasse.
  • Les épiceries, même en ville, sont minuscules et il faut souvent en visiter plusieurs pour trouver tout ce dont l’on a besoin ! On a testé des « spécialités » locales : confiture de carottes, Nutella iranien (parfois difficile à trouver), purée d’aubergines (ça va très bien avec des pâtes mais attention aux sauces piquantes). Les fruits et légumes sont vendus dans des boutiques à part.
  • En ville on adore les boutiques de jus de fruits frais pour faire le plein de vitamines : 40 000 rials le verre (<1€).
  • L’eau du robinet est potable et on trouve des fontaines d’eau fraiche dans les mosquées, dans les parcs, dans les poste-contrôles de police au milieu du désert, et parfois même dans la rue !
  • Il est mal poli de se moucher au restaurant.

Environnement & Développement durable

Téhéran est une des villes les plus polluées du monde, principalement à cause du trop grand nombre de voitures et de la mauvaise qualité de l’essence. Heureusement, le métro ouvert récemment a permis d’éviter que le problème ne s’aggrave. Le gouvernement tente aussi depuis peu d’inciter les gens à moins prendre la voiture : depuis 2007 l’essence subventionnée est rationnée, et au-delà d’une certaine quantité, les Iraniens payent plein pot : le litre passe de 4000 à 7000 rials (soit 0,16€), une broutille pour nous, mais suffisamment pour faire baisser la consommation.

L’eau nous a souvent parue gaspillée : les robinets et les chasses d’eau fuient, et pour arroser les arbres dans les rues, c’est parfois un camion citerne entier qui est vidé, en pleine chaleur, et la moitié de l’eau s’est évaporée avant que la terre ne l’ait absorbée… Un exemple plus grave est celui de la rivière Zarinarud, qui a été deviée pour alimenter Tabriz, condamnant ainsi le lac Orumiyeh au même sort que la mer d’Aral…

Les parcs nationaux manquent cruellement de moyens, et les interdictions de chasse ou de mise en culture ne sont pas toujours respectées. La licence de chasse donne droit à des munitions gratuites et de fait de nombreuses espèces sont en danger ou menacées d’extinction, comme le vautour barbu. De plus le pays a souffert d’une intense période de déforestation dans les années 80, et on estime que 80% de la forêt alors existante a été détruite, provoquant des inondations, une érosion rapide et la désertification des terres. Le gouvernement est maintenant conscient du problème, et les dernières années des millions d’arbres ont été plantés. On a souvent vu des jeunes arbres le long des entrées de villes.

La population ne semble pas sensibilisée aux problèmes environnementaux et il est très fréquent que les Iraniens jettent leurs déchets par terre, aussi bien dans la rue (même si la poubelle est à 2 mètres !) que lorsqu’ils vont en pique nique à la campagne.

EN PRATIQUE

Dates : du 11 avril au 25 mai 2013, soit 44 nuits dans le pays. 26,5 jours de vélo. 1 jour de randonnée dans l’Alborz et plusieurs jours de visites de sites historiques.

 Hébergement : nuits en hôtels : 19, nuits en bivouac : 18, nuits en train et bus : 4, nuit chez l’habitant : 2, et nuit chez les ambulanciers : 1.

Budget : 6,5 € (281 761 IRR) par jour et par personne, comprenant nourriture, hébergement, visites des sites historiques, trajets en train et bus, changement des chaînes de vélos, mais sans compter les visas ouzbeks (105 $ par personne), tadjiks (25 $ par personne) et turkmènes (55 $ par personne). Prix d’une chambre double en hôtel : de 180 000 à 525 000 IRR (le plus cher à Mashhad, le moins cher à Shiraz). L’Iran est de loin le pays le moins cher que l’on ait visité.

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Une réflexion sur “Iran, l’heure du bilan…

  1. lavigne-connault

    Génial, vraiment merci à vous de nous faire partager cette fabuleuse « chevauchée fantastique » c’est tellement rassurant pour nous qui sommes confrontés aux mises en garde de certains quand on leur annonce notre traversée future de l’Iran….on diffuse à ceux çi (et aux autres qui ns encouragent) votre blog, continuez c’est un bonheur de vous lire….bises bretonnes : Irène

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