De Shiraz à la frontière turkmène : entre montagnes, déserts et sites historiques de toute beauté

Shiraz et les sites antiques de l’empire achéménide

Après quatorze heures de bus de nuit depuis Téhéran, nous débarquons en matinée à Shiraz, 1000km plus au Sud. Nous allons immédiatement faire proroger nos visas iraniens. 1h30 et un voyage à la banque plus tard (pour payer nos 300 000 rials chacun), nous sommes autorisés à rester un mois de plus dans le pays ! Nous aurons eu beaucoup de chance car de nombreux voyageurs nous diront qu’ils ont eu des difficultés à obtenir une extension, et certains n’ont en pas obtenu du tout. Les élections présidentielles approchent en effet à grand pas et il semble qu’obtenir un visa iranien ou bien prolonger son visa soit plus difficile en ce moment… Nous passerons ensuite l’après- midi à déambuler dans le bazar (on s’y est perdus !) et à tenter de retrouver notre chemin jusqu’à l’hôtel. Entre temps on s’est pris un bon orage et on est revenus trempés sans avoir trouvé un restaurant salvateur où nous aurions pu manger tout en échappant à la pluie. On poursuit donc notre visite le lendemain matin, d’abord sous le soleil, puis de nouveau sous la pluie. La citadelle est impressionnante vue de l’extérieur mais l’intérieur ne mérite pas le prix d’entrée, nous avons de loin préféré l’ancien hammam transformé en musée : des mannequins en cire costumés y représentent des scènes de vie passées. Shiraz fût capitale au 18ème siècle mais elle est surtout connue comme le berceau de la culture persane car elle abrita de nombreux penseurs et artistes, tels les poètes Hafez et Saadi.

De Shiraz, nous sommes remontés jusqu’à Yazd, aux portes du désert, à travers les montagnes du Zagros. Première étape : le site antique de Persépolis. Capitale de l’empire achéménide  (le premier empire persan, établit au 7ème siècle avant J.C.), Persépolis fût pillée et incendiée par Alexandre le Grand en 330 avant J.C., mettant fin à un empire qui s’étendait à son apogée de l’Indus jusqu’en Ethiopie. Aujourd’hui il ne reste que des ruines mais les nombreuses colonnes mises à terre et les bas-reliefs extraordinairement bien conservés, gardés par d’impressionnants « hommes-taureaux ailés », laissent deviner la splendeur passée de la ville. On a été cependant un peu déçus par le peu de panneaux explicatifs en Anglais sur le site, d’autant plus que les touristes payent un prix dix fois plus élevé que les locaux (bien que cela reste raisonnable à 3,5 €). Le lendemain, nous enchainons par le site de Pasargades, qui précède de quelques années Persépolis. Le site est beaucoup moins bien préservé, et mis à part quelques colonnes – dont certaines avec des inscriptions en écriture cunéiforme, et le tombeau de Cyrus le Grand, il ne reste plus grand-chose…

Encore un coup du ta’arof ?

Nous empruntons dès que c’est possible les petites routes pour éviter le trafic et le vacarme de la 4 voies, et profitions des paysages plutôt verts à cette saison. Nous n’aurons en fait jamais autant pris la pluie qu’en Iran : en quittant Shiraz, nous avons eu le droit à un violent orage (on se serait cru en pleine mousson) puis par la suite nous n’avons pas toujours réussi à échapper aux averses. Arrivés en soirée à  Safa Shaar, nous nous ravitaillons et nous mettons en quête d’un endroit pour camper. Pas de chance, il ne semble pas y avoir de parc en ville où nous pourrions nous installer. Nous tentons donc dans une station essence en sortie de ville, puisque ça marchait presque à tous les coups en Turquie. Le responsable nous accueille avec un verre de thé donc on se dit que ça va être bon. Vincent explique que nous cherchons un endroit pour la nuit, et le gars nous répond sans hésiter que nous pouvons soit mettre la tente à côté, ou bien dormir dans la salle de prière adjacente. Parfait ! On commence donc à sortir la tente, mais là, panique sur le visage du responsable ! Il semble avoir changé d’avis, et nous dit de nous installer dans la salle de prière à la place. Ca ne nous plait pas trop car on n’a pas envie de déranger les gens qui voudraient prier, mais il fait déjà presque nuit et nous n’avons plus le temps d’aller plus loin. On rentre donc nos sacoches et Vincent commence à préparer à manger. Mais dehors, des voix s’élèvent et nous comprenons, gênés, que nous en sommes la cause : un bus vient de débarquer, et les femmes voudraient prier mais n’osent pas entrer dans la salle. Les hommes quant à eux insistent qu’il n’y a aucun problème, ce ne sont que des « passagères » (comprendre des femmes quoi, donc sans importance !). Les femmes en colère finissent par prier à même le sol dehors, et nous sommes vraiment très mal à l’aise. On s’excuse et on décide de recharger nos vélos et de partir malgré la nuit tombée, un peu en colère vis-à-vis du responsable de la station essence qui vient de nous faire perdre une heure et demie : il suffisait qu’il nous dise dès le départ que ce n’était pas possible… Nous allons frapper au hasard à une maison quelques centaines de mètres plus loin afin de demander un bout de jardin où camper: le jeune qui nous reçoit ne parle pas Anglais et appelle donc sa sœur (ou sa mère ?), mais nous n’avons pas le temps de lui parler que le responsable de la station essence débarque en voiture en brandissant son téléphone. On se serait bien passé de lui, puisqu’on est quasiment certains que les gens auraient accepté qu’on dorme chez eux (la cour était grande), mais non, il en a décidé autrement. Vincent prend le téléphone et un type qui se présente comme un « business man » explique qu’il peut nous recevoir pour la nuit, et que nous devons suivre la voiture du responsable. On lui répond qu’on cherche seulement un endroit où planter la tente et que des gens ici sont prêts à nous accueillir, mais non, nous n’avons pas notre mot à dire… A presque 10h du soir, alors qu’on est fatigués et qu’on n’a pas mangé, il faut qu’on retraverse toute la ville, et qu’on attende encore que le business man puisse nous « récupérer ». On finit enfin par être débarqués dans l’appart luxueux où le business man, qui fait du commerce de marbre, loge ses clients chinois. C’est bien gentil, mais on n’en demandait pas tant. Le responsable de la station essence tenait sûrement à se racheter de nous avoir mis dans une situation embarrassante, mais on n’aurait bien aimé qu’il nous écoute, car dès le départ nous n’avons fait que demander un endroit où planter la tente ! Ce n’est pas la première fois que des Iraniens, pensant bien faire, nous contraignent à les suivre contre notre gré, et on se dit qu’il y a vraiment un fossé énorme entre les deux cultures… Il s’agit sûrement encore d’un coup du ta’arof : le responsable à répondu par l’affirmative par simple politesse, et nous aurions du insister pour nous assurer que nous pouvions bien planter la tente derrière sa station essence ! Enfin, au final nous aurons pu prendre une bonne douche…

Une journée chez les nomades…

Le lendemain, nous quittons la route principale et décidons de nous rendre à Yazd en passant par la vallée de Bavanat, pour aller à la rencontre des nomades Khamseh qui s’installent d’avril à octobre dans les montagnes de la vallée. Nous ne regrettons pas car dès le départ, les paysages sont magnifiques et la circulation est très faible. La vallée est connue pour ses noyers, et on y voit même de la vigne (pour faire des raisins secs, et non pas du vin !). Nous nous présentons le soir chez Abbas Barzegar, un guide recommandé par le Lonely Planet, qui organise des excursions chez les nomades. Il est actuellement occupé avec un groupe de touristes allemands, et le lendemain il accompagne un autre groupe à Pasargades. Il se propose néanmoins de nous conduire chez les nomades le lendemain matin à 9h, mais comme il est pressé, nous ne pourrons rester que vingt minutes : ça suffit selon lui pour faire des photos ! Ce n’est pas vraiment l’idée que nous avions : on ne veut pas aller dans un zoo ! On voudrait au contraire rencontrer des gens, passer du temps avec eux, et échanger sur nos modes de vie. Le lendemain matin, nous embarquons donc les vélos dans son pick-up, Abbas nous dépose chez les nomades au dessus du col, et nous redescendrons en vélo quand nous voudrons. Abbas récupère au passage deux touristes ayant passé la nuit avec les nomades et repart sans même faire les présentations ! Le moins que l’on puisse dire c’est que l’accueil des deux femmes qui nous reçoivent sous la tente est plutôt très froid… On tente la discussion entre deux verres de thé, en se présentant et en leur demandant comment elles s’appellent, mais rien, même pas un sourire… On comprend que, si effectivement la plupart des touristes qui viennent se comportent comme dans un zoo, elles en aient marre. Il y a d’autres familles nomades installées à côté et aussi l’école, alors on se dit qu’on va aller faire un tour un pied, et que si on ne peut pas briser la glace, tant pis, on redescendra…

Alors que nous approchons de l’école, les gamins accourent nous chercher avec des sourires énormes : on adore les mômes, le contact avec eux est toujours tellement plus simple ! Ils nous escortent jusqu’à leur instituteur qui discute en dehors de la classe avec ce qui semble être l’inspecteur d’académie. Malheureusement ils ne nous autorisent pas à faire des photos de l’intérieur de l’école : on aurait voulu montrer aux écoles qui nous suivent à quoi ressemble leur classe. Une classe unique pour scolariser les dix enfants du clan : un tableau noir, les enfants assis en tailleurs sur un grand tapis, et le lit de l’instituteur au fond de la pièce (l’école est aussi sa maison). Pas d’uniformes et fin de l’école à midi. Ce matin ils étudiaient le système digestif du corps humain.

Les nomades Khamseh vivent l’hiver sur la côte près de Bandar Abbas, et passent l’été dans les montagnes : ils utilisent toujours les même camps, et bien qu’ils utilisent toujours la tente traditionnelle en laine, ils construisent aussi de petites habitations en parpaings. La transhumance à pied dure trois semaines, mais s’ils peuvent se le permettre, les moutons et eux font le voyage en camion. Sadegh l’instituteur les suit d’un camp à l’autre et les enfants sont toujours scolarisés.

Après l’école, nous retournons chez « notre » famille nomade accompagnés des trois petites filles de la famille, Fatmeh la plus jeune, Zeinab aux yeux verts, et Shukufeh la plus grande. D’autres gamins nous accompagnent et nous voilà partis pour une longue séance d’essayage des vélos ! Les filles n’osent pas au début (il faut dire que très peu de femmes font du vélo en Iran, nous n’en avons croisé que deux en un mois et demi), puis elles se lancent, et leurs rirent fusent dans tous les sens ! La glace est brisée, les enfants sont adorables et nous demandons à leur mère si nous pouvons planter notre tente à côté de la leur. Akbar le grand frère, arrive un peu plus tard et propose à Vincent d’aller l’aider à planter un pommier : il y en a déjà plusieurs champs le long du ruisseau. Les nomades font aussi pousser des herbes comme le persil et la menthe et marchent de longues heures dans la montagne pour cueillir oignons sauvages et champignons.

Pendant ce temps Angélique reste avec les filles et participe à la corvée d’eau, puis à la séance de plumage des pigeons qui passeront à la casserole ce soir. La mère se détend enfin et ose quelques sourires quand Angélique met des plumes à la façon indienne dans les cheveux des gamines ! Puis c’est l’heure de faire les devoirs et notre tente se transforme en école : entre deux exercices de calcul, les trois sœurs montrent à Angélique leurs cahiers de dessins remplis de Cendrillons et autres belles princesses, puis lui enseignent quelques mots : mouton, chat, arbre, soleil etc… Vincent revient bientôt accompagné d’Akbar et de l’instit Sadegh, et nous nous retrouvons pour un thé sous la tente nomade. Les bergers viennent de redescendre avec les moutons et les chèvres et il est temps pour eux de reprendre des forces : leurs journées commencent tôt car ils partent avant l’aube et parcourent des kilomètres dans la montagne à la recherche de la meilleure herbe pour leurs animaux. Puis le téléphone sonne : Abbas annonce l’arrivée de touristes VIP, et les gamines courent s’habiller en robes de princesse. Deux touristes danoises accompagnées de leur guide débarquent peu après  pour l’option « 20 minutes » : on leur sert le thé, leur guide leur explique le quotidien des nomades, elles prennent quelques photos en vitesse et repartent… Ouf, on a eu peur qu’elles restent pour l’option « nuit chez les nomades » et que ça ne gâche un peu notre soirée… Nous pouvons reprendre. Sadegh, Akbar, son grand frère et son oncle sont désireux de discuter avec nous, et grâce à leur petit dictionnaire Farsi – Anglais, nous arriverons à échanger pas mal de chose. Nous essayons dans un premier temps de comprendre les liens de parenté entre les gens qui entrent et sortent de la tente, car les nomades ont beaucoup de visites, puis nous sortons notre petit ordinateur portable pour leur montrer des photos de nos familles et de notre voyage : ils seront très impressionnés par le nombre de gens invités aux cérémonies de mariage chez nous, par la longueur du poil des alpagas au Pérou, et par la qualité des yourtes en Kirghizie. Au passage, quand Sadegh nous voit bien habillés sur une photo, il demande s’il s’agit de notre mariage. On ne le contredira pas !

Les nomades nous inviterons à partager leur repas ce soir : Angélique est la seule femme à table, (façon de parler car ils mangent sur le tapis), et quand on voit que les hommes ne finissent pas les plats, on devine qu’il faut qu’on fasse de même. Les femmes mangent en effet les restes !

Une soirée chez Hossein…

Nous repartirons le lendemain en gardant un excellent souvenir de notre journée chez les nomades. Aujourd’hui nous quittons les montagnes du Zagros et atteignons l’entrée du désert à Marvast. Les petits villages que nous traversons sont magnifiques, tous renferment de vielles forteresses à moitié en ruines mais pleines de charme. En fin d’après-midi, alors que nous faisons le plein d’eau avant de trouver un endroit de bivouac, Hossein et sa femme viennent à notre rencontre et insistent pour que nous passions la nuit chez eux. Ça ne nous arrange pas car ils habitent 15km en arrière et on n’a pas trop envie de revenir sur nos pas même s’ils ont l’air sympathique. Mais qu’à cela ne tienne, Hossein a une idée en tête : il est prof de sport et sa femme prof de Farsi, donc il nous propose de déposer nos vélos dans l’internat d’un collège de filles et de rentrer chez lui en voiture. Il nous ramènera le lendemain. Nous acceptons et chargeons nos bagages dans sa vieille bagnole de fonction : tous les feux sont pétés, le pare-choc tient avec un bout de fil de fer, et il n’y a aucune ceinture de sécurité bien-sûr. Au passage Hossein achète une pastèque, des dates et deux poulets pour le repas et nous nous mettons en route.

Une fois dans son village, il nous fait faire le tour de ses jardins plein d’arbres fruitiers : grenadiers, pommiers, vigne, pistachiers et muriers et il nous fait tout goûter ! Hossein et sa femme habitent une maison traditionnelle en pisé avec une cour intérieure très agréable. Dans les locaux adjacents à moitié en ruines, ils gardent quelques chèvres, moutons et vaches. Hossein est une pile : pendant que sa femme désosse le poulet, il s’occupe de préparer les braises pour le barbecue, met brûler du bois pour que l’on ait de l’eau chaude pour la douche, puis il veut nous montrer ses agneaux et on se retrouve soudain avec les pauvres bêtes dans les bras. En sortant, il referme mal la porte et alors qu’on est en train de déguster la pastèque, on voit les vaches s’échapper au galop ! Ca n’a pas l’air d’affoler Hossein qui envoie sa femme leur courir après dans la rue ! La ménagerie comprend aussi des poules, un chien et plusieurs chats : les poules habitent la cour, le chien sur le toit et les chats sur les murs. Une fois le poulet désossé, nous rigolons en voyant la femme d’Hossein balancer les os au chien sur le toit ! Hossein veut en faire trop et sort aussi un gigot d’agneau du congélateur (nous avons déjà deux poulets pour quatre !), mais heureusement sa femme, plus posée, le recadre. Par contre, ni lui ni elle ne parle suffisamment Anglais pour que l’on puisse avoir une vraie conversation, mais qu’à cela ne tienne, Hossein a une solution. Il prend son téléphone et nous nous retrouvons à discuter en Français avec sa sœur. Elle est très contente de pouvoir pratiquer le Français qu’elle apprend depuis seulement un an : elle et son mari souhaitent en effet émigrer au Québec pour retrouver plus de liberté… Quand les brochettes sont prêtes, la femme d’Hossein installe la nappe sur le tapis, mais ils ne mangeront pas avec nous.  On pensait partager le repas tous les quatre et on est un peu déçus qu’ils nous aient fait le « restaurant », mais on s’est quand même régalés ! Pour la nuit, ils nous a installés dans la « chambre d’amis » : nous avons le tapis pour sommier, et le matelas n’est pas plus épais qu’une couette, à l’iranienne. Pas étonnant alors que l’on ait souvent trouvé les matelas dans les hôtels très durs !

En route vers la plus vieille ville du monde…

Le lendemain, la femme d’Hossein part travailler tôt, on se retrouve donc seuls avec Hossein et celui-ci insistera longuement pour que nous restions une journée de plus : il voudrait qu’on aille couper de l’herbe pour ses vaches avec lui. Mais nous avons prévu de traverser 100km de désert dans la journée et nous ne voulons pas perdre de temps. On espère qu’il ne l’a pas mal pris car Hossein est extrêmement gentil et il ne nous a pas laissé partir sans nous donner un sac entier de pistaches et raisins secs. On a essayé de lui donner ce qu’on avait en échange : un melon et des bananes, mais impossible de lui faire accepter…

Le désert c’est énorme : des lignes droites sur plusieurs dizaines de kilomètres et on avance sans avoir l’impression que le paysage défile. C’est d’autant plus vrai que même lorsque ça monte, on a l’impression que c’est plat (les yeux, pas les jambes), et on ne voit jamais le bout de la côte ! Au bout d’une montée interminable, nous basculons enfin de l’autre côté du col et savourons la vue splendide sur les montagnes qui précèdent Yazd : les falaises tombent à pic dans le désert et le décor uniquement minéral est presque surréaliste. Notre bivouac de ce soir sera un des plus beaux !

Le lendemain, un col à 2300m nous permet de franchir les montagnes : nous trouverons un abri à point nommé le temps de laisser passer l’orage et la pluie puis nous nous régalerons dans la descente qui mène à Yazd. Construite au pied des montagnes qui bordent l’immense désert du Dasht-e-Kavir, Yazd serait une des plus vieilles villes du monde qui soit encore habitée. Le quartier ancien est sillonné de ruelles étroites zigzaguant entre mosquée, mausolée, école coranique et maisons traditionnelles. Bien que nous l’ayons trouvé un peu trop restaurée à notre goût, la ville vaut le détour malgré la forte chaleur en journée, et les anciennes maisons restaurées en hôtel sont pleines de charme et très agréables (on y retrouvera d’ailleurs Benoît et Miyoung !). L’été la température y atteint les 50°C, et on comprend alors que ses habitants aient imaginé d’ingénieux systèmes pour refroidir l’air : les tours du vent. Ce sont des sortes de grandes cheminées ouvertes sur les côtés pour capter les courants d’air : l’air chaud entre au dessus d’un bassin d’eau froide, se trouve refroidi et descend. Il y en a sur toutes les maisons traditionnelles.

Yazd est aussi connu pour abriter une petite communauté de Zoroastriens, les disciples de Zarathoustra (vous connaissez la musique ?). Le Zoroastrisme est une des premières religions monothéistes et son emblème, l’homme oiseau, figure d’ailleurs sur les bas-reliefs de Persépolis. Leurs prêtres étaient des mages et on pense d’ailleurs que les rois mages de la bible seraient zoroastriens. Les Zoroastriens croient à la pureté des éléments, et jusqu’à il y a cinquante ans, ils n’enterraient pas leurs morts pour ne pas polluer la terre. Ils ne les incinéraient pas non plus pour ne pas polluer l’air, mais déposaient les corps en haut de «  tours du silence » et attendaient que les vautours s’en chargent. De nos jours, les morts sont enterrés sous une dalle de béton. Leurs temples renferment toujours une flamme car les croyants doivent prier en direction de la lumière. En quittant Yazd, nous ferons un détour à vélo par Chak-Chak, le temple zoroastrien le plus sacré du pays. Perché à flanc de falaise, le temple en lui-même ne paye pas de mine mais les paysages et la route qui y mène sont de toutes beauté, avec encore ces falaises qui tombent à pic dans le désert.

Ispahan, joyau de l’Iran

 Le début de la route pour Ispahan n’est pas drôle : pas moyen d’échapper à la 4 voies et l’absence de bande d’arrêt d’urgence rend la route jusqu’à Naien harassante car nous devons constamment être sur nos gardes. Une bonne surprise cependant : nous recroisons Léo et Jean-Da qui font la route en sens inverse. Ils nous avaient repérés de loin avec nos vélos couchés, et nous ferons une pause pique-nique de plus de deux heures en leur compagnie. Le temps qu’on reparte le vent à tourné, et jusqu’à Ispahan nous l’aurons constamment de face. Ils sont contents, on l’est beaucoup moins ! Quelques kilomètres plus loin, alors que nous faisons le plein d’eau à un poste de police, nous avons l’impression d’être en plein film : les flics viennent de démonter le pare-choc d’une voiture et en sortent des kilos de drogue ! Malheureusement pour les trafiquants, dans un pays comme l’Iran, leurs jours sont maintenant comptés…

Après Naien, nous saisissons la première opportunité pour quitter la 4 voies et le vacarme incessant des camions. La route pour Varzaneh traverse de superbes petits villages, tous avec leur forteresse abandonnée et des maisons typiques en pisé avec des toits en dôme. Dans l’un d’eux nous assisterons à la séance de lavage des moutons, nous n’avions jamais vu ça ! Les bergers, les pieds dans un bassin, s’y mettent à deux pour attraper un mouton, l’un par les cornes, l’autre par les pattes, et puis secouent le mouton de manière énergique dans l’eau. Nous dégringolons ensuite dans la plaine qui précède Ispahan. La région est fertile grâce à l’eau de la rivière Zayendeh qui permet d’irriguer les champs par de nombreux canaux. On y voit encore de nombreux pigeonniers car les fientes servaient autrefois d’engrais, et les melons de la région d’Ispahan étaient réputés dans tout le pays. Un soir, alors que nous sommes pris au piège par une tempête de sable, nous peinons à trouver un endroit abrité du vent pour camper. Quand nous passons devant le SAMU local, nous allons demander s’ils peuvent nous conseiller un endroit pour la tente. Ils nous ouvriront finalement leur appartement flambant neuf : nous aurons le droit à la douche ce soir !

Le lendemain, nous y sommes enfin, dans la plus belle ville d’Iran ! On l’avait gardée pour la fin et nous n’aurons pas été déçus. Malgré sa taille (il s’agit de la troisième plus grande ville du pays), Ispahan est une ville vraiment agréable, très boisée et le trafic n’a rien à voir avec le chaos de Téhéran. Des parcs superbes permettent de flâner le long de la rivière Zayendeh et de se balader entre ses ponts majestueux : nous y passerons quelques heures à observer les passants. Entre parenthèse, depuis que nous sommes en Iran nous voyons souvent des jeunes femmes avec des pansements sur le nez : l’opération esthétique du nez semble être un vrai phénomène de mode, à tel point que certaines se colleraient des pansements sans s’être véritablement faites opérer !

Ispahan est surtout connue pour les délicates céramiques bleues de ses monuments religieux, la superbe place Naqsh-e Jahan (la deuxième plus grande place urbaine du monde) très animée en soirée, et le palais Chehel Sotun dont les fresques sont magnifiquement bien préservées. Ces joyaux sont pour la plupart l’œuvre de Shah Abbas I qui fit d’Ispahan la capitale de la Perse au 17ème siècle. De l’autre côté de la rivière, le quartier arménien renferme un autre trésor : la cathédrale Vank éblouissante par ses dorures et fresques colorées. Nous aurons la chance d’être à Ispahan pendant les journées des musées : tous les sites sauf la cathédrale sont gratuits ! Nous avons dépensé l’argent ainsi économisé pour nous payer de bons repas dans un des restaurants les plus chics de la place Naqsh-e Jahan (repas à 4€ tout de même !).

De Mashhad à la frontière turkmène

Après deux jours à Ispahan, nous prenons le bus de nuit pour Mashhad, au Nord-est du pays. On a un peu râlé car les soutes du bus étaient déjà presque pleines avant même que les passagers ne chargent leurs bagages (ça nous a rappelé le coup du bus entre Lima et Cuzco), et nos vélos ont dû faire le trajet en position verticale dans l’issue de secours ! Du grand n’importe quoi…

Bref, une fois arrivés à Mashhad, nous filons au consulat turkmène récupérer nos visas que l’on avait demandés trois semaines plus tôt à Téhéran: il faut encore remplir des formulaires, faire des photocopies etc… mais en fin de matinée, nous avons nos visas (mais 50 $ chacun en moins, ça fait cher pour un visa de 5 jours…) !

Nous nous installons ensuite chez Vali qui a converti une partie de sa maison en chambres d’hôtes. Vali parle parfaitement l’Anglais et le Français, nous lui demandons donc pourquoi tant d’Iraniens nous affirment aimer la France (mais on ne peut pas vraiment dire que ce soit réciproque !). L’explication vient du fait que le dernier shah d’Iran avait fait ses études en France et c’est d’ailleurs depuis son règne que les Iraniens ont pris l’habitude de dire « merci » pour dire merci (c’était bien pratique pour nous !).

Mashhad est la ville la plus sainte du pays, car l’Iman Reza est le seul imam shiite qui soit enterré dans le pays (les iraniens sont shiites, contrairement aux Turcs qui sont sunnites). Le mausolée de l’Imam Reza est ainsi devenu le lieu de pèlerinage le plus important d’Iran : il s’agit d’un vaste complexe renfermant plusieurs cours entourés de dômes peints à la feuille d’or et de minarets couverts de mosaïques bleues. Les non-musulmans peuvent entrer mais les femmes doivent porter un tchador. Angélique en emprunte un à la fille de Vali et nous voilà partis. Les hommes et les femmes entrent à deux endroits différents et nous nous donnons rendez-vous à l’intérieur. Cependant quand Angélique se présente, problème : on lui refuse l’accès car elle est en sandales ! Nous n’avions jamais lu nulle part que c’était interdit, mais les gardes insistent : il faut au minimum mettre des chaussettes (les hommes quant à eux peuvent bien entendu montrer autant d’orteils qu’ils veulent !). Aïe, Vincent est déjà à l’intérieur et ne comprend pas pourquoi Angélique n’arrive pas. Il a beau chercher des yeux, il ne parvient pas à la repérer parmi la foule de femme en tchador ! Angélique explique finalement son problème à un gars du « bureau d’assistance aux étrangers » et on la laisse entrer, mais maintenant le gars ne nous lâche plus ! Le règlement impose en effet qu’il surveille de près chaque étranger non musulman du début à la fin de la visite. Ca ne nous plaît pas d’être tenus en laisse alors nous décidons de ressortir sans avoir rien vu… et puis de toute façon, Angélique avait bien trop chaud sous son tchador !

Nous quittons Mashhad le 23 mai en direction de Sarakhs près de la frontière turkmène. Jean-Pierre, un cyclo hollandais rencontré chez Vali, nous accompagne pour ne pas pédaler seul : un auto-stoppeur, hollandais lui aussi, s’est fait voler son sac à dos sur cette même route deux jours auparavant. Nous ferons au passage un détour par le caravansérail de Robat Sharaf, de loin le plus beau que nous ayons vu de tout le voyage. Une dernière nuit à l’hôtel et demain Angélique sera de nouveau libre de sortir ses shorts et t-shirts ! Yes !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Etape 140 : Shiraz (1550m) – Persepolis (1620m), 58km, +400m, -330m. Bivouac dans le parc « Pardis Garden » à droite devant l’entrée du site. Il suffit de demander aux gardiens du parc et en plus on est accueillis avec un verre de thé ! Visite du site le lendemain : 150 000 IRR pour les étrangers (20 000 IRR pour les Iraniens).

Etape 141 : Persepolis (1620m) – Pasargadae (1845m), 80km, +280m, -55m. Bivouac sur la pelouse à l’entrée du site, derrière la cabane des gardiens. Le site est moins impressionnant que Persepolis, mais au même prix (150 000 IRR / personne). De Persepolis à Saadat Shahr, nous avons emprunté l’ancienne route pour Ispahan, et ainsi évité la 4 voies au trafic incessant.

Etape 142 : Pasargadae (1845m) – Safa Shahr (2310m), 72km, +890m, -425m. Nuit chez l’habitant. Nous sommes passés par l’ancienne route qui passe par Qader Abad (moins de trafic mais un peu plus de dénivelé !).

Etape 143 : Safa Shahr (2310m) – Bazm (2010m), 77km, +360m, -660m. Col à 2500m. Nous avons décidé de faire le détour par la vallée de Bavanat pour rencontrer les nomades. Bivouac chez Abbas Barzegar, guide qui propose des circuits chez les nomades Khamseh.

Etape 144 : Camp des nomades (2630m) – Col à 2710m – Marvast (1600m), 99km, +320m, -1350m. Nuit chez l’habitant à Harabarjan.

Etape 145 : Marvast (1600m) – Bivouac 10km avant Ali Abad (2100m), 91km, +780m, -280m. Col à 2290m. Bivouac de rêve dans le désert face à un panorama grandiose !

Etape 146 : Bivouac 10km avant Ali Abad (2100m) – Yazd (1250m), 109km, +310m, – 1160m. Col à 2290m. Nuit à l’Orient hôtel (400 000 IRR la chambre double avec sdb privée, WIFI et petit déj. inclus).

Etape 147 : Yazd (1250m) – Kharanaq (1780m), 86km, +785m, -255m. Col à 1890m. Bivouac à côté du village.

Etape 148 : Kharanaq (1780m) – 12km avant Ardakan (1120m), 73km, +570m, -1230m. Col à 2120m. Détour par le site zoroastrien de Chak-Chak. Bivouac dans le désert (quelques arbres !).

Etape 149 : 12km avant Ardakan (1120m) – 9km avant le caravansérail de Now Gonbad (1240m), 87km, +295m, -175m. Bivouac dans le désert.

Etape 150 : 9km avant le caravansérail de Now Gonbad (1240m) – 1km avant Foodaz (1900m), 64km, +690m, -30m. Bivouac juste avant le village.

Etape 151 : 1km avant Foodaz (1900m) – Siyan (1500m), 88km, +310m, -710m. Col à 2120m. Nuit dans un appartement tout neuf mis à disposition par les ambulanciers (EMS) du village. Le luxe avec douche et cuisine !

Etape 152 : Siyan (1500m) – Ispahan (1590m), 91km, +160m, -70m. Nuit à l’hôtel Amir Kabir (400 000 IRR la chambre double sans sdb, WIFI et petit déj. sommaire inclus).

Etape 153 : 15km à vélo dans Ispahan. Bus de nuit pour Mashhad : 16h de trajet, nous avons pris un bus normal : 270 000 IRR par personne + 75 000 IRR de supplément pour chaque vélo (il nous a fallu marchander ferme !). Puis 6km à vélo dans Mashhad. Nuit à Vali’s Homestay (15 $ ou 525 000 IRR la chambre double, WIFI et ½ pension non inclus).

Etape 154 : Mashhad (950m) – 8km après Mazdavand (900m), 110km, +600m, -650m. Col à 1030m. Bivouac dans la descente du col.

Etape 155 : 8km après Mazdavand (900m) – Sarakhs (290m), 96km, +280m, -890m. 14km de détour pour visiter le caravansérail de Robat Sharaf (de bonnes pentes, mais ça en vaut la peine !). Nuit à l’hôtel Doosty (470 000 IRR la chambre double sdb privée, WIFI et petit dej.).

Total de Quito à Sarakhs : 9387km et 80405m de dénivelé positif.

Total en Iran : 1952km et 11110m de dénivelé positif.

Album photos Iran :

Iran
Publicités
Catégories : Iran | Étiquettes : , , , , , , , | 2 Commentaires

Navigation des articles

2 réflexions sur “De Shiraz à la frontière turkmène : entre montagnes, déserts et sites historiques de toute beauté

  1. « Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes  »
    Un peu, que ça nous intéresse, c’est même extrêmement utile. Et votre récit est toujours captivant et on le parcours avec régal.
    Félicitations !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :