Erzincan – Dogubayazit : en route vers l’Est

Erzincan – Erzurum : en route vers la steppe

Après une journée de repos et mise à jour du blog à Erzincan, nous reprenons la route le 29 mars en direction d’Erzurum. Le beau temps nous accompagne et en plus nous avons le vent dans le dos : on fera donc 100 km dans la journée jusqu’à Tercan. Maintenant qu’on a testé le bivouac dans les stations essence et vu l’accueil chaleureux que l’on y reçoit quasi-systématiquement, on ne se gène plus : on s’arrête donc à la première station à l’entrée de la ville. Avant même qu’on ait repéré un endroit où mettre la tente, le propriétaire nous demande si nous souhaitons camper derrière : « çadır ? » (ça se prononce « tchadeir » et ça veut dire tente, un des rares mots de Turc que l’on comprend !). Alors que l’on monte la tente, on nous amène le thé et des petits biscuits en guise de bienvenue : de vrais palaces pour cyclos les stations essence !

Le lendemain, un col à 2050m nous attend. Les derniers kilomètres sont bien pentus mais Angélique a fait des progrès depuis l’Equateur et ne pousse plus dans les cols. La courte descente nous conduit ensuite sur un haut plateau bordé au Nord par les Monts Kaçkar blancs de neige et ouvert à l’Est sur l’immensité de la steppe. Le paysage y est un peu désolé à cette époque : à ces altitudes à quasi 2000m, la végétation est encore endormie, et la terre comme les quelques rares arbres sont tout nus. On y est trop tôt pour apprécier les étendues colorées de fleurs du printemps… Nous filons vers Erzurum, plus haute ville de Turquie à 1900m d’altitude. Plusieurs stations de ski dominent la ville mais le but de notre visite est ailleurs : l’otogar (terminal de bus)! Il nous faut en effet faire un détour à Trabzon 325 km plus au Nord pour demander nos visas iraniens…

Trabzon et son consulat magique

Nous prenons donc le bus pour cinq heures de route à travers les Monts Kaçkar avant de débarquer à Trabzon, ville portuaire importante sur la côte de la Mer Noire. Comme c’est souvent le cas en Méditerranée, les montagnes y plongent directement dans la mer et le littoral est allègrement bétonné. Peu importe, nous ne venons pas y faire du tourisme puisque nous sommes là uniquement pour faire nos visas iraniens. Nous nous rendons au centre ville et dénichons rapidement un hôtel bon marché puis nous allons dîner sur la place centrale Atatürk Alani : la ville grouille de monde et il fait encore suffisamment bon en soirée pour manger en terrasse. Ca nous change de la steppe quasi déserte et des températures négatives que nous avions la nuit ! D’ailleurs ici les arbres ont déjà des feuilles et la place est fleurie de tulipes (qui contrairement à la croyance ne sont pas originaires de Hollande mais de Turquie !).

Le consulat d’Iran de Trabzon est réputé parmi les voyageurs pour délivrer des visas à une vitesse record : alors qu’il faut patienter au moins dix jours (voire un mois) pour une demande faite à Ankara ou Erzurum, le consulat de Trabzon est connu pour délivrer des visas en 24h, et parfois même en une heure ! On s’y présente donc en milieu d’après-midi avec nos passeports et deux photos d’identité chacun (les femmes doivent être voilées), on remplit un formulaire assez classique (données personnelles, but du voyage etc…) et on nous prend nos empreintes digitales. Pas besoin de lettre d’invitation ni de certificat d’assurance. On nous dit ensuite d’aller verser 75€ chacun sur le compte bancaire du consulat et de revenir récupérer nos passeports avant 17h. Malheureusement une file d’attente énorme à la banque nous empêche de repasser au consulat avant la fermeture, on y retourne donc le lendemain matin. La personne qui nous reçoit nous explique qu’il nous faudra repasser le lendemain car c’est aujourd’hui 2 avril jour férié en Iran. Aïe, on n’était pas au courant. Mais coup de chance, la jeune femme qui nous a reçus la veille arrive tout juste et revient en nous tendant nos deux passeports avec nos visas ! On ne regrette pas d’avoir fait le détour pour Trabzon!

D’ailleurs on n’en a aussi profité pour faire une excursion jusqu’au monastère byzantin de Sumela  devenu un incontournable du passé historique de la Mer Noire. Accroché à flanc de falaise dans une vallée tapissée de pins, la vue sur le monastère est en effet impressionnante. Par contre on a été un peu déçus par la visite en elle-même : seule la chapelle principale creusée dans la roche et quelques autres pièces (four à pain, bibliothèque) sont ouvertes au public et les lieux de vie des moines sont hors d’accès. Les fresques de la chapelle, certaines vieilles de douze siècles, sont superbes mais ont malheureusement été sérieusement dégradées par des milliers de graffitis…

Pour compléter, nous visiterons aussi l’église Aya Sofya (Sainte Sophie) à Trabzon qui a connu le même destin que sa grande sœur d’Istanbul : d’abord église puis mosquée, c’est aujourd’hui un musée. Malheureusement, tout comme à Sumela, la plupart des fresques se trouvant à portée de main ont été vandalisées et il ne reste pas grand-chose à voir à part des pierres…

Enfin, et ce n’est pas rien, nous avons parcouru dans tous les sens les ruelles du bazar pour trouver une tunique pour Angélique et de fausses alliances en prévision de l’Iran : les femmes doivent en effet porter des manches longues et la tunique doit descendre au moins jusqu’à mi-cuisses afin de cacher les fesses, et il est fortement recommandé de porter des alliances et de faire croire que nous sommes mariés. On ne s’est pas ruinés heureusement : une tunique à 2€ et deux bagues en argent pour 26€.

Erzurum – Dogubayazit : par la vallée de l’Araxe et le Mont Ararat

De retour à Erzurum, nous décidons de rejoindre Dogubayazit, dernière ville avant la frontière iranienne,  par la route secondaire qui longe la rivière Araxe et passe au pied du mont Ararat. On quitte donc la 4 voies à Horasan, où nous faisons une pause ravitaillement. On se fait immédiatement repérés par trois gamins cireurs de chaussures qui viennent nous voir et nous demandent en Anglais « what is your name ? ». Ils éclatent de rire quand on leur répond et quand on leur retourne la question.

Les prochains 150km nous longeons donc les eaux tumultueuses et rouges de terre de l’Araxe qui file vers l’Arménie. Nous cheminons tantôt dans une vallée encaissée creusée dans la lave et le tuf, tantôt dans une large vallée brumeuse. On traverse de petits villages de plus en plus pauvres où les femmes se font rares : on ne voit en effet que des hommes dans les rues, souvent assis en groupes en sirotant le thé. Devant les maisons sont mises à sécher les bouses de vaches, puis on les empile en de grands cônes : c’est la réserve de combustible pour la cuisine. On voit beaucoup de bergers aussi, mais on se demande ce que mangent les moutons tellement l’herbe est rare. Les vaches quant à elle sont vraiment maigres et font pitié. Un paysan nous a ainsi fait part de son inquiétude avec de grands gestes tombant du ciel nous faisant comprendre qu’ils ont eu peu de pluie cet hiver.

Partout où l’on passe, les gamins nous crient des « hello, what’s your name » et ne cessent que lorsque nous sommes hors de leurs vues même si on leurs a déjà répondus. Visiblement ils trouvent ça drôle et on entend leurs rires longtemps ! Régulièrement aussi on nous demande si on peut nous prendre en photo. Alors on accepte mais on demande la même chose en retour, et ça marche.

Lors d’une pause pique-nique près d’une fontaine en bord de route, nous sommes bientôt rejoints par quatre vans : les hommes viennent remplir de nombreux bidons d’eau. On en déduit qu’ils doivent venir d’un village à proximité qui n’a pas d’eau potable, mais l’un d’eux nous explique qu’ils vivent à quelques kilomètres dans des çadır (tentes). On se demande alors s’ils sont réfugiés d’un pays limitrophe, mais non ils sont turcs. On verra par la suite plusieurs fois des camps installés le long des routes. Nous sommes maintenant en plein Kurdistan, et la présence militaire est en effet très forte. Pourtant la région est calme depuis le début des années 2000 et si nous n’étions pas au courant des tensions qui opposent les Kurdes et les Turcs, on ne remarquerait rien.

Une autre fois, lors d’une pause à une station essence, les deux jeunes qui la gèrent insistent pour nous conduire à l’attraction du coin : des grottes de sel. Ils parlent peu Anglais donc on échange avec « Google translate » derrière l’ordinateur ! Mais il fait beau et nous préférons continuer à pédaler…

Peu avant Igdir, nous quittons l’Araxe et entrons dans une vaste plaine aride. Puis soudain, des arbres à perte de vue : des peupliers et toutes sortes d’arbres fruitiers. Miracle de l’irrigation. De nombreux stands de vente sont installés le long des routes et si nous passions ici l’été nous pourrions nous régaler d’abricot, de cerises et autres… Les arbres en fleurs rivalisent de couleurs et nous camperons à l’entrée de la ville chez des gens qui en plus de tenir une station essence possèdent des arbres fruitiers qu’ils sont occupés à tailler. Comble du luxe, la station essence a même des douches, pour notre plus grande joie !

Le mont Ararat domine désormais l’horizon du haut de ses 5137m qui en font le plus haut sommet de la Turquie. Pour rejoindre Dogubayazit, nous devrons franchir un col bien costaud passant à son pied, d’où nous regagnons la steppe d’altitude. Le paysage, bien que brumeux, est magnifique et on se croirait aisément en Asie centrale, pédalant dans la steppe kirghize. A l’entrée de Dogubayazit, pour la première fois, des gamins nous courent après en nous demandant « money, money ! ». Dominant la ville, le palais d’Ishak Pasa, du nom du chef kurde qui le fit édifier au 18ème siècle, sort tout droit des contes des mille et une nuits, et mérite amplement la visite.

Nous sommes désormais à 35 km de la frontière iranienne et Dogubayazit est un point de passage quasi obligé pour quiconque se rend en Iran. En ville nous avons donc rencontrés deux cyclos anglais et suédois qui comptent suivre plus ou moins le même itinéraire que nous jusqu’en Chine. Puis une fois au camping au dessus de la ville, nous avons eu la surprise de rejoindre un groupe de six cyclos hollandais qui eux aussi comptent pédaler jusqu’en Chine. Nous avons peu de chance de les recroiser cependant car ils voyagent avec l’assistance d’un mini van qui porte leurs affaires et sont donc bien plus rapides que nous !

Voilà, après un mois en Turquie, la Perse et tout ce qu’elle contient de merveilles nous attend (Ispahan, Persépolis etc…) et nous prévoyons d’y passer un mois et demi. Alors oui la loi islamique obligera Angélique à être voilée en public (même sous le casque) et à porter des pantalons et tuniques à manches longues malgré la chaleur probable, mais les gens y sont paraît-il les plus accueillants de tout le Moyen-Orient. Par contre la mise à jour du blog et de la page facebook risque d’être irrégulière car de nombreux sites semblent censurés. Alors ne vous inquiétez pas malgré le manque de nouvelles, on se rattrapera plus tard. On a aussi fait le plein d’argent liquide car nos cartes Visa ne fonctionneront pas en Iran…

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Pour info, un euro vaut environ 2,35 livres turques (TL).

Etape 120 : Erzincan (1190m) – Tercan (1395m), 99km, +345m, -135m. Bivouac derrière une station essence à l’entrée de la ville.

Etape 121 : Tercan (1395m) – 22km avant Erzurum (1795m), 70km, +1000m, -600m. Col à 2050m. Bivouac derrière une station essence.

Etape 122 : 22km avant Erzurum (1795m) – Erzurum (1850m) puis bus pour Trabzon, 27km, +175m, -90m. Nuit à l’hôtel (hôtel Benli, 35 TL avec WIFI, en plein centre, propre et pas cher, et pourtant il n’est même pas indiqué dans le Lonely Planet !).

Etape 123 : Bus Trabzon – Erzurum puis vélo jusqu’à la sortie de la ville, 10km, +110m, -40m. Bivouac derrière une station essence.

Etape 124 : Sortie d’Erzurum (1950m) – 15km après Horasan (1540m), 101km, +190m, -600m. Bivouac près d’un ruisseau à l’eau claire (rare) dans la vallée de l’Araxe.

Etape 125 : 15km après Horasan (1540m) – Kagizman (1180m), 93km, +320m, -680m. Bivouac parmi les arbres fruitiers entre la station essence et la mosquée!

Etape 126 : Kagizman (1180m) – 5km av. Igdir (900m), 91km, +460m, -740m. Bivouac derrière une station essence à l’entrée d’Igdir.

Etape 127: 5km av. Igdir (900m) – Camping 3km au dessus de Dogubayazit (1710m), 61km, +1080m, -270m. Col à 1690m. Nuit au camping (20 TL, électricité et eau chaude, mais pas de WIFI).

Total de Quito à Dogubayazit : 7393km et 69115m de dénivelé positif.

Album photos Turquie :

Turquie
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