Istanbul – Erzincan : l’accueil chaleureux des Turcs compense une météo plutôt maussade…

Après une courte semaine en France auprès de la famille, et une bonne révision technique pour nos vélos, nous avons atterri le 8 mars à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. Cette fois nous mettons le cap à l’Est pour entamer notre traversée de l’Asie Centrale. Traverser la Turquie à vélo au mois de mars cependant, c’est jouer avec la météo : il pleut souvent, il peut faire très froid, et les cols d’altitude peuvent être bloqués par la neige. Mais la rigueur du climat est plus que compensée par l’accueil chaleureux de la population, et le passé riche en histoire de la Turquie ne cesse de nous émerveiller !

Istanbul, cité millénaire

Nos quelques jours dans l’ancienne capitale ottomane, jadis connue sous le nom de Byzance puis Constantinople, ne seront pas de trop pour visiter tant il y a à voir : la basilique Sainte Sophie vieille de 1500 ans, transformée en mosquée au XVème siècle puis devenue un musée depuis 1935 ; la Mosquée Bleue, construite au XIIème siècle par le sultan Ahmet Ier pour surpasser Sainte Sophie ; le palais de Topkapi, le « Versailles » des sultans, immense et luxueux ; et tellement d’autres merveilles encore…

La ville est cependant bien plus qu’une collection de monuments  et de musées: elle vit et elle vibre. Il suffit de se rendre sur les docks, d’où partent les bateaux traversant le détroit du Bosphore, pour observer la foule allant et venant, devant une multitude de petits restos vendant des plats à base de poissons, et de marchands ambulants proposant marrons grillés ou jus d’orange frais. Au-delà, le pont de Galata qui surplombe la Corne d’Or et relie le centre historique au quartier moderne, est pris d’assaut par les pêcheurs. Entre le marché aux épices et le Grand Bazar (qui nous a quand même un peu déçus : trop de boutiques de luxe et pas assez de boutiques authentiques), ce sont tout un dédalle de rues marchandes où l’on trouve de tout, des robes de soirées aux quincailleries en passant par les petits restos / kebabs où l’on se régale pour quelques euros.

On mange d’ailleurs tellement bien en Turquie qu’on se dit qu’il doit être impossible de mourir de faim dans ce pays. Car on ne vous a pas parlé des desserts : des merveilles ! Des loukoums aux noix, pistaches ou fleurs d’oranger ; aux crèmes dessert chocolat / pistaches / noix ; aux pâtisseries plus classiques (éclairs au chocolat, choux à la crème) et autres gourmandises aux fruits secs et au miel, il y en a pour tous les goûts.

 Les journées sont rythmées par les cinq appels à la prière quotidiens, 95% des Turques étant musulmans. Ils pratiquent un Islam modéré et les femmes ne portent pas systématiquement le voile. D’ailleurs les femmes qui le porte n’en sont pas moins coquettes, et savent se mettre en valeur avec maquillage, taille serrée et talons hauts !

Après quelques jours enfin, il est temps de reprendre la route : déjà deux semaines et demi que nous n’avons plus pédalé! Pour éviter la sortie d’Istanbul à vélo (la circulation y est dense et chaotique), nous décidons de traverser la mer de Marmara en bateau jusqu’à Mudanya : nous quittons l’Europe et posons nos pieds en Asie !

Bursa – Eskisehir : cité riche en histoire et météo capricieuse

Il était temps de renfourcher les vélos avant de perdre la forme, car d’emblée ça commence dur : en quittant la côte en direction de Bursa, nous avons droit à une montée de 7% sur 5km ! Nous atteignons Bursa en début d’après midi et profitons du reste de la journée pour visiter la ville. Bursa fût la première capitale de l’empire ottoman avant que celui-ci ne s’empare d’Istanbul, et si Istanbul est célèbre pour sa mosquée bleue, Bursa l’est pour sa mosquée verte (le bleu ou le vert étant la couleur dominante de la faïence à l’intérieur). On visite aussi le bazar, bien plus authentique et moins touristique que celui d’Istanbul, d’anciens caravansérails où les terrasses des cafés ont remplacé les chameaux dans la place centrale, et l’ancienne citadelle byzantine. En soirée, alors que nous flânons dans la vielle ville, nous entendons de la musique qui sort d’un café : le garçon nous fait signe de rentrer et nous voilà avec un verre de çai (thé) en plein concert privé ! Les locaux s’en donnent à cœur joie en jouant des instruments traditionnels et en chantant. Après un moment que l’on savoure, on les remercie chaleureusement pour le spectacle et on s’en va goûter la spécialité locale : l’Iskender kebab. L’autre spécialité du coin, ce sont les Kestane sekeri (marrons glacés) et on en voit de la publicité partout !

Le lendemain, nous quittons Bursa en direction d’Ankara. On traverse d’abord la zone industrielle puis la route ondule dans la campagne, dominée par les hauts sommets de l’Uludag (2500m). Vers 17h une voiture  de police s’arrête à notre hauteur et les policiers nous font comprendre que « problème » car la prochaine ville est encore à 40km. La nuit tombe en effet tôt à cette saison (il fait nuit noire à 18h), mais les policiers ont du mal à comprendre que nous n’avons pas de problème, car il nous faut juste un endroit où planter la tente ! Finalement nous bivouaquerons près de l’école d’un petit village.

Au petit matin nous sommes réveillés par la pluie. Au premier coup d’œil dehors, on devine qu’il ne s’agit pas juste d’une averse et qu’on en a pour toute la journée. Alors on enfile nos Gore-Tex et on avance. Lorsque nous franchissons le col à presque 1000m d’altitude nous pédalons depuis 2h30 et nous sommes déjà trempés. La descente est un calvaire : avec la vitesse, on a l’impression de geler sur place, alors on pédale même si c’est inutile pour produire un peu de chaleur. Au bout de quelques kilomètres heureusement nous pouvons nous réfugier dans le restaurant d’une station essence salvatrice. Angélique file aux toilettes mettre des vêtements secs et pendant que nos vestes sèchent près du poêle, nous nous réchauffons avec une bonne soupe ! Il pleut toujours et il nous reste une dizaine de kilomètres jusqu’à Bozüyük, on repart à contre cœur et une fois en ville on se trouve un petit hôtel : notre chambre devient vite un étalage de vêtements en train sécher, mais on est dégoutés quand l’eau de la douche est à peine tiède alors que l’on a grelotté toute la journée.

Le lendemain le temps est toujours à la pluie mais heureusement nous parviendrons à passer entre les averses jusqu’à Eskisehir. En route nous faisons la pause pique-nique à une station essence (c’est pratique les stations essence, on a des toilettes et du savon, et on est toujours très bien accueillis !) et aussitôt on nous amène le thé et du fromage. Bünyamin le pompiste est aux petits soins et nous invite à rentrer au chaud, il nous ressert même des olives et du Nutella ! Quand on vous dit que les Turcs sont accueillants, ils sont même extra gentils !

Un rapide coup d’œil à la météo des prochains jours nous invite cependant à terminer la route pour Ankara en bus : la vague de froid venant d’Europe nous a rattrapés et nous ne voulons pas nous transformés en glaçons. Le lendemain, nous allons donc au terminal de bus sous les flocons de neige. D’Ankara, on pensait faire un détour en bus de quelques jours en Cappadoce sans les vélos, mais puisque ça n’a pas l’air compliqué de mettre les vélos en soute et qu’en général les compagnies ne font pas payer de supplément, on enchaine direct avec un bus pour Göreme, petit bourg au cœur de la Cappadoce. Quand on arrive il neige toujours et il fait nuit, on tourne un peu pour trouver un hébergement bon marché, et on s’installera finalement dans la salle restaurant du camping « Panorama » qui ne sert pas à cette saison.

Cappadoce : entre cheminées de fées et églises troglodytes

La Cappadoce est la deuxième région la plus visitée de Turquie après Istanbul, et on comprend vite pourquoi. Les paysages sortent tout droit d’un décor de cinéma ! L’érosion a en effet taillé dans la roche tendre des sortes de pitons rocheux qui parfois ressemblent à des champignons, d’autres fois à des phallus géants, ou plus poétiquement à des cheminées de fées ! D’origine volcanique, le tuf est une roche qui se taille facilement et à l’époque byzantine l’homme y a creusé des habitations, des églises, des citadelles et même des villes souterraines qui servaient de refuge en cas d’invasion ennemie. La plus grande de ces villes, Derinkuyu, s’étend sur plus de 8 étages et pouvait abriter semble t’il 10000 personnes pendant plusieurs mois. En dehors des visites culturelles, la région est aussi propice aux balades à cheval, à vélo ou à pied, et nous prendrons une journée pour randonner dans la vallée des pigeons (ceux-ci étaient élevés dans de grands pigeonniers creusés dans les falaises et leur fiente servait de fertilisant pour les champs) et dans la vallée de l’amour (à cause des phallus géants !). De retour de rando, Angélique s’offrira le luxe du hammam : sauna, bain de vapeur, gommage et massage au savon (on est noyé dans la mousse !). Elle en est revenue décapée ! Car le savon, ça lave, mais ça assèche aussi la peau. Ceci dit, le massage énergique fait réellement du bien…

Après trois jours autour de Göreme nous repartons à vélo en direction de Kayseri. Nous n’irons pas loin, Vincent est malade à cause d’un mauvais fromage et nous nous arrêtons en urgence dans un restaurant en bord de route. On demande à planter la tente derrière mais les propriétaires ont pitié de nous et nous offre leur chambre d’amis. Vincent ne demande pas mieux, et s’endort presque immédiatement. Le lendemain il est rétabli, mais cette fois c’est le vent qui s’est levé dans la nuit qui nous en veut. On a l’impression de se retrouver 3 semaines en arrière en Terre de Feu et au bout de 7km, on doit se rendre à l’évidence : pédaler avec ce vent sur la 4 voies, c’est trop dangereux. A tout moment on peut se faire embarquer au milieu de la route, alors on attend un bus et dans la foulée on enchaine jusqu’à Sivas 250km au Nord Est, en espérant que le vent y soit plus calme. On y débarque en soirée et on peine à trouver le centre ville : des jeunes en voiture s’arrêtent alors et se proposent de nous y escorter, on les suit donc jusqu’à la place centrale. Vraiment sympas les Turcs !

Sivas – Erzincan : de cols en vallées vers l’Est

Sivas est une belle ville avec une ancienne mosquée et des écoles coraniques datant du XIIIème siècle. On y prendra une journée de repos car la neige et des températures polaires nous ont poursuivis ! Quand on repart enfin à vélo, il fait toujours très froid mais au moins on a le ciel bleu. Les prochaines nuits en tente seront les plus froides de tout notre voyage, et nous passerons les cols au dessus de 2000m entourés de neige. Autant on a chaud dans les montées, autant les descentes, surtout quand on n’a plus le soleil, sont glaciales ! La route quant à elle est une 4 voies quasi neuve tout le long, pourtant il y a très peu de trafic et comme on a une large bande d’arrêt d’urgence, on roule vraiment tranquilles. Les paysages sont un peu tristes : les vallées sont très peu boisées, et surtout les quelques arbres à cette saison n’ont aucune feuille !

Lors d’une pause à une station essence (encore), alors que nous mangeons au soleil, le propriétaire insiste pour nous offrir le thé à l’intérieur. On ne peut pas refuser donc on y va, il a visiblement envie de discuter. Mais il ne parle pas Anglais et on ne parle pas Turc. On sort donc notre bouquin G’palémo, le gars nous demande si nous sommes mariés et bloque sur la page avec le dessin du préservatif : pourquoi n’avons-nous pas de bébé ? S’en suit une série de gestes et de mimes de plus en plus obscènes et on comprend bientôt qu’il propose à Angélique de coucher avec un de ses employés plus jeunes. On hallucine et on trouve le gars de plus en plus louche, alors on repart !

Voilà, nous poursuivons notre route lentement mais sûrement vers l’Iran !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Pour info, un Euro vaut environ 2,35 livres turque (TL).

Etape 109 : Istanbul (27m) – Mudanya (2m), 6km, +25m, -45m. 5km jusqu’à l’embarcadère pour prendre le catamaran et traverser la mer de Marmara jusqu’à Mudanya (23 TL par personne + 5 TL pour chaque vélo, la traversée dure 1h45). Nuit à l’hôtel en face du port (100 TL avec petit dèj.), cher mais il pleuvait et donc pas envie de faire le tour de la ville pour comparer les prix.

Etape 110 : Mudanya (2m) – Bursa (240m), 28km, +450m, -210m. Nuit à l’hôtel (50 TL).

Etape 111: Bursa (240m) – 17km après Inegöl (500m), 70km, +700m, -440m. Bivouac à l’entrée d’un village près de l’école.

Etape 112 : 17km après Inegöl (500m) – Bozüyük (750m), 40km, +540m, -290m. Col à 950m. Nuit à l’hôtel (80 TL avec petit dèj.). Peu pédalé car trempés et frigorifiés sous la pluie.

Etape 113 : Bozüyük (750m) – Eskisehir (760m), 52km, +310m, -300m. Col à 940m. Nuit à l’hôtel (50 TL).

Info : camping à Göreme (Cappadoce) : 25 TL pour deux avec douche chaude, électricité et WIFI.

Etape 114 : Göreme (1200m) – 10 km après Avanos (1000m), 26km, +230m, -400m. Détours pour voir les cheminées de fées en forme de champignon de Pasabagi et la vallée de Devrent. Arrêt tôt car Vincent n’a pas digéré un mauvais fromage et ne se sent pas bien. Nuit chez l’habitant.

Etape 115 : 10 km après Avanos (1000m) – 20 km après Avanos (1095m), 10km, +180m, -85m. Un vent à décorner les bœufs, trop dangereux sur la 4 voies donc on prend le bus pour Sivas. Nuit à l’hôtel (50 TL).

Etape 116 : Sivas (1290m) – 2km avant Zara (1330m), 68km, +460m, -420m. Col à 1450m. Bivouac sur l’aire de pique-nique d’une station service.

Etape 117 : 2km avant Zara (1330m) – 16km après Imranli (1740m), 64km, +790m, -380m. Col à 1690m. Bivouac dans la montée du 2ème col.

Etape 118 : 16km après Imranli (1740m) – Refahiye (1605m), 58km, +770m, -905m. Col à 2190m. Bivouac derrière la station essence du village.

Etape 119 : Refahiye (1605m) – Erzincan (1190m), 72km, +700m, -1110m. Col à 2160m. Nuit à l’hôtel (50 TL).

Total de Quito à Erzincan : 6841km et 65435m de dénivelé positif.

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3 réflexions sur “Istanbul – Erzincan : l’accueil chaleureux des Turcs compense une météo plutôt maussade…

  1. Nicolas

    Merhaba !

    J’apprécie assez de lire ces articles sur la Turquie avec un regard frais sur le pays et ses gens 😉 Ça me rappelle mon arrivée ici et c’est assez marrant et empreint de nostalgie (surtout le nom « vallée de l’amour » qui est une invention locale pour attirer les touristes avec leurs brochures). Bel endroit tout de même !

    Dommage que vous n’ayez pas pu profiter de la Turquie comme vous l’auriez souhaité, ni que vous n’ayez pu vous arrêter à Ankara pour se rencontrer. En espérant que la suite soit meilleure pour vous. Bonne route !

    Nicolas

    • Merci Nicolas! Nous avons pu pédaler jusqu’à Erzurum sans pluie ni neige, et même avec un super ciel bleu les derniers jours! On est en ce moment à Trabzon, on a fait le détour pour faire les visas iraniens qu’on devrait avoir demain, ensuite on remonte à Erzurum en bus et on continue!

  2. Quelle aventure ! Cela fait rêver ! La Turquie est un excellent terrain de jeu pour ce genre d’aventure et pour les treks aussi ( lycian way, etc… )

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