Villa O’Higgins – Ushuaia: Patagonie du Sud et Terre de Feu

Nos dernières semaines en Amérique du Sud n’auront pas été simples, malgré le beau temps et encore une superbe rando dans les Andes. Le retour en Argentine fut digne d’un parcours du combattant, puis nous avons dû lutter contre un vent violent pour traverser la Terre de Feu. Une accalmie les derniers jours nous permettra quand-même d’atteindre Ushuaia dans les temps, 6350km après notre départ de Quito.

Parcours du combattant entre Chili et Argentine

Comme on vous avait dit la dernière fois, il n’y a point de route pour rallier l’Argentine depuis Villa O’Higgins à la fin de la Carretera Austral. Seuls les piétons et les cyclistes peuvent passer : il faut en effet traverser le lac O’Higgins en bateau, puis pousser le vélo sur un sentier de rando long de 22km jusqu’au lago del Desierto, où l’on prend un deuxième bateau pour rattraper la piste menant à El Chaltén. On savait à quoi s’attendre suite aux témoignages de nombreux cyclos sur internet, et malheureusement pour nous, ils n’avaient pas surestimé les difficultés à franchir !

Après deux jours de repos à Villa O’Higgins, nous embarquons donc le 7 février à 8h sur le bateau qui nous conduira de l’autre côté du lac à Candelario Mancilla. La traversée de 3h30 coûte cher et ce n’est rien de le dire (40000 pesos soit 64€ par personne), une véritable arnaque à touristes ! Mais puisque c’est cher, autant en profiter : on choisit donc l’excursion longue qui avant de nous déposer à Candelario Mancilla, remonte un autre bras du lac jusqu’au front du glacier O’Higgins, large de 3km (le lac O’Higgins a en effet une forme très particulière à 8 bras). Le détour coûte 25000 pesos de plus chacun, mais quel spectacle face à ce mur de glace de 80m de haut ! Le bateau doit d’abord cheminer entre les icebergs puis nous y sommes : la surface tourmentée du glacier est découpée par des pics s’élançant vers le ciel tel des dents, et le bleu vif de la glace fait concurrence au bleu turquoise du lac. Du glacier en mouvement imperceptible mais permanent s’échappent des « craquements » tels des explosions, et régulièrement des blocs de glace se détachent de la paroi et tombent à l’eau. Le glacier fait partie de la 3ème plus grande étendue de glace après l’Antarctique et le Groenland ; pourtant ici comme dans les Alpes, les glaciers sont en net recul si l’on en juge par la hauteur des moraines qui les surplombent.

Glacier O'Higgins

Après une nuit au camping à la ferme de Candelario Mancilla, c’est motivés que nous partons tôt le lendemain pour traverser les 22km de « no man’s land » entre les douanes chilienne et argentine. Jusqu’à récemment il était possible de louer des chevaux à la ferme pour porter les sacoches, et ainsi faire la traversée avec les vélos allégés. Mais le nouveau chef du poste frontière n’autorise désormais plus les chevaux à passer côté argentin. Il nous faudra donc pousser les vélos chargés sur la majeure partie du chemin. Jamie, le « papi » irlandais rencontré sur la Carretera Austral quelques jours auparavant, nous suit de près. 1km après la ferme nous faisons tamponner nos passeports au poste de douane chilien, puis on attaque la raide montée jusqu’au col : 6km de poussage de vélos sur un chemin parfois très raide et où les pieds adhèrent mal au sol à cause des cailloux qui roulent sous les semelles. Après 2h de ce régime, nous sommes au col, le chemin ondule ensuite en sous bois sur 7km où on arrive à pédaler la plupart du temps. Au sommet d’une côte, on découvre le sommet du majestueux Fitz Roy, sommet emblématique de l’Argentine tel le Cervin en Suisse. Puis au détour d’un virage, un grand panneau aux couleurs de l’Argentine nous souhaite la bienvenue. Il nous reste 7km de descente jusqu’au lago del Desierto, du moins c’est ce qu’on croit. Car avant de descendre, le chemin ondule encore un long moment dans la forêt ! D’ailleurs le chemin n’est plus qu’un sentier très étroit qui se faufile entre des buissons épineux qui nous éraflent les jambes et les sacoches. Mais s’il n’y avait que ça ! Car il faut tour à tour enjamber des troncs d’arbres, traverser des ruisseaux en tentant de garder les pieds au sec, escalader des passages courts mais raides où nous ne sommes pas trop de deux pour pousser un vélo… puis vient l’enfer des tranchées ! Avec l’érosion, le sentier étroit et pentu s’est transformé en une longue et sinueuse tranchée atteignant 1,50m de profondeur : il faut pousser le vélo dans la tranchée tout en marchant sur le bord au dessus, ou bien l’inverse ! Quand la pente s’accentue, on s’y met à deux pour descendre un vélo, puis on remonte chercher le deuxième. Puis enfin, on sort de la tranchée et la vue s’ouvre sur le lac en contrebas. Encore quelques lacets et nous y sommes. Vincent remonte sur son vélo quand le sentier devient plus facile, et prend un peu d’avance. Puis soudain Angélique l’entend crier, devine qu’il s’est passé quelque chose, et court le rattraper : le vélo, les quatre fers en l’air, a été retenu en équilibre instable dans les buissons épineux en contrebas du chemin, tandis que Vincent, coincé dans les épines en dessous tente de remonter la pente sans lâcher le vélo. Aïe aïe aïe… Angélique agrippe le vélo et attrape les sacoches avant qu’elles ne finissent dans la rivière en contrebas (heureusement qu’elles ne se sont pas détachées !), tandis que Vincent, tant bien que mal, arrive à remonter sur le sentier. Il s’en sortira avec quelques égratignures et une bonne frayeur, ouf !

Enfin, après près de 9h de lutte, nous atteignons le poste de douane argentin sur les rives du lago del Desierto. On fait tamponner nos passeports, puis on attend le bateau qui doit arriver d’ici peu pour nous conduire de l’autre côté du lac. Jamie nous rejoint une demi-heure après : ce papi nous impressionne par sa forme ! Quand le bateau arrive, Angélique jette un coup d’œil au tampon sur son passeport : le douanier s’est trompé et à mis le tampon de sortie alors que nous entrons dans le pays ! Même chose pour le passeport de Vincent et de Jamie ! Nous voilà donc repartis au pas de course à la douane pour que le douanier rectifie : une rature et un nouveau tampon plus tard, nous pouvons embarquer ! Il est vrai que les douaniers doivent être débordés dans ce coin du pays : nous sommes trois à être arrivés du Chili aujourd’hui, et nous avons croisé 6 ou 7 randonneurs faisant le trajet dans l’autre sens ! La traversée du lac prend environ 45 minutes, puis on remonte sur nos vélos pour un kilomètre avant de s’installer au camping. Ambiance chamoniarde ce soir : les glaciers ne sont pas loin au dessus de notre tête !

El Chaltén : la Mecque de l’alpinisme en Argentine

Le lendemain, avant de prendre la route, nous commençons par une courte rando jusqu’au lac au pied du glacier Huemul, au dessus du camping. Le grand ciel bleu nous permet d’admirer les sommets au loin dont le Fitz Roy, à une quarantaine de kilomètre, qui parait déjà très proche. Puis nous attaquons les 39km de piste qui nous séparent d’El Chaltén : les paysages magnifiques – certains arbres ont déjà pris leurs couleurs d’automne, compensent le mauvais état de la piste, et puis on le sait, à El Chaltén, on retrouvera le goudron !

El Chaltén, c’est un peu le Chamonix argentin : des glaciers surplombés par des belles aiguilles de granite, et des sommets parmi les plus difficiles du monde à gravir. D’ailleurs la première ascension du Fitz Roy (3405m) fut réalisée par Lionel Terray, compagnon de Maurice Herzog sur le 1er 8000 gravi (l’Annapurna), et Guido Magnone, vainqueur de la prestigieuse face ouest des Drus dans le massif de Chamonix. A l’époque, en 1952, accéder au massif du Fitz Roy était une aventure en soi, puisque le village d’El Chaltén n’existe que depuis 1985 ! Aujourd’hui le massif fait partie du parc national Los Glaciares qui attire des randonneurs et grimpeurs du monde entier. La bourgade semble d’ailleurs se développer à vitesse grand V et ressemble à un  « mini Bariloche ». Partout on construit des chalets et hôtels de luxe, et l’aire de camping gratuite qui existait à la sortie de la ville lors du passage d’Angélique en 2007 est aujourd’hui interdite : la ville semble préférer attirer des bourgeois en 4×4 plutôt que des jeunes sans le sou… On s’installe donc au camping le moins cher et on retrouve la petite troupe avec laquelle on roule depuis la Carretera Austral : Bertrand, Goeff et Sarah, Damien et Thomas, Martine et Mathias etc. Joyeuse ambiance…

Nous ne resterons à El Chaltén qu’une journée, pour effectuer la randonnée mythique qui mène à la Laguna de los Tres au pied du Fitz Roy : 8 heures de marche dans un décor à couper le souffle, et encore une chance insolente côté météo : le sommet est en effet dans les nuages près de 300 jours par an !

Fitz Roy

Le vent terrible de la steppe patagonienne

22Okm séparent El Chaltén de la prochaine ville, El Calafate, sur les rives du lago Argentino (le plus grand lac d’Argentine). Nous ferons la distance en deux jours, aidés par un fort vent de dos le 1er jour. A la sortie d’El Chaltén la steppe patagonienne nous attend: nous passons sans transition des montagnes à une étendue quasi plate sur des kilomètres et des kilomètres. Les Andes bloquant les pluies venant du Pacifique, le climat côté argentin est très aride : pas un arbre à l’horizon pour freiner le fameux vent de Patagonie. On se croirait de retour sur l’altiplano bolivien, tellement les paysages sont monotones. Il faut dire que la végétation est similaire, et on y trouve des cousins sauvages des lamas : les guanacos. On voit aussi des nandous de Darwin (oiseaux cousins de l’Autruche), des renards gris, des tatous, des lièvres, des ibis, quelques condors, et même des perroquets verts (les mêmes depuis le Pérou) !

El Calafate est un autre haut lieu du tourisme en Patagonie argentine puisqu’il s’agit de la porte d’accès au fameux glacier Perito Moreno. Angélique l’ayant déjà vu en 2007, et Vincent étant satisfait par l’excursion au pied du glacier O’Higgins, nous ne nous y attardons pas. Le timing est en effet serré pour être à Ushuaia dans les temps. On décide donc de zapper une partie de la steppe patagonienne en prenant un bus pour Rio Gallegos, quelques 300km plus loin. Comme on y arrive en fin de matinée, on charge les vélos et on décide d’avancer. A la sortie de la ville, on voit pour la première fois un panneau indiquant Ushuaia à 550km, on approche du but. Mais le vent en a décidé autrement, et aussitôt passés les derniers bâtiments des rafales nous projettent au milieu de la route sans qu’on ne puisse rien y faire. Trop dangereux. On fait donc demi-tour et on tente de prendre un bus, mais il n’y a rien avant le lendemain soir. On hésite, puis finalement on retente de partir à vélo quelques heures plus tard. Le vent à légèrement faibli, mais il faut une attention de chaque instant pour tenir l’équilibre et ne pas se faire embarquer. Vincent roule sur le bas côté quand il peut pour protéger Angélique du violent vent latéral. Quand le vent devient trop fort, on pousse les vélos. On sait qu’il n’y aucun village avant la douane chilienne 67km plus loin, seulement un lac une dizaine de kilomètres avant, où on espérait camper et se ravitailler en eau. Mais avec ce vent qui nous ralenti, on n’y arrivera pas. Angélique stresse. On tente de faire du stop, mais sans succès. Alors quand une estancia (ferme isolée) apparaît un peu plus loin, Angélique n’hésite pas une seconde : il faut dormir là. Un employé nous reçoit et nous indique où planter la tente à l’abri du vent. On se dit alors qu’il faut peu de chose pour être heureux en Patagonie : un abri contre le vent et de l’eau !

Les deux prochains jours heureusement, le vent mollit un peu et nous avançons de 70km par jour. La température a bien chuté cependant : on oublie les shorts et t-shirts, et on roule presque toute la journée avec les gants. On repasse au Chili au Paso Integracion Austral, avant d’atteindre le détroit de Magellan à Punta Delgada. La traversée en bateau dure une quinzaine de minutes et nous conduit en Terre de Feu. Ushuaia se rapproche. Déception cependant quand on se rend compte que les paysages y sont tout aussi plats et monotones. Où sont donc les Andes ? En route, on passe près de plusieurs sites gaziers et pétroliers : la région en est riche. Les villes où nous faisons étape (Rüpe, Cerro Sombero) n’existent d’ailleurs que pour loger les employés.

Puis le goudron fait place à la piste sur une centaine de kilomètres entre Cerro Sombrero et la frontière argentine à San Sebastian. Manque de chance, c’est sur cette section là que le vent redouble de violence, jusqu’à dépasser les 100 km/h ! Le vent jusqu’alors latéral vient cette fois en partie de face, impossible même dans ces conditions de pousser les vélos ! Pendant trois jours jusqu’à Rio Grande nous devrons faire une partie de notre étape en stop : on commence dans le pickup de Charles Henri et Laure, un couple de Français en vacances dans le coin pour deux semaines, puis c’est le responsable de la DDE locale qui nous dépose dans une estancia où nous pourrons passer la nuit. Le lendemain, nous passerons plusieurs heures au bord de la route à attendre un pickup à vide. Un employé de la DDE, occupé à racler le bord de la route avec sa Gigardo et sa niveleuseniveleuse, prend pitié et nous abrite quelques temps dans sa cabine : Girardo nous offre biscuits et chocolat tout en expliquant à Vincent les fonctions de ses multiples manettes. La veille c’est sont chef qui nous a pris en stop. Girardo travaille six jours d’affilé sur les routes de Terre de Feu avant de rejoindre sa femme à Punta Arenas pour trois jours. L’hiver, il dégage les routes enneigées par des températures atteignant les -20 degrés mais même si les conditions sont dures, il aime son travail.

Finalement ce sont deux agriculteurs qui nous conduiront jusqu’au poste frontière à San Sebastian. De là jusqu’à la douane argentine 14km plus loin, la route court plein Est. Nous devrions avoir le vent dans le dos, alors on se lance. En deux tours de pédales nous voilà propulsés à plus de 25 km/h. Angélique est obligée de freiner, on n’a jamais atteint de telles vitesses sur piste en dehors des descentes (et encore !). Vincent qui ne freine pas dépasse même les 40 km/h, sans pédaler ! A cette vitesse, il est secoué dans tous les sens et en a la vue toute brouillée ! On a l’impression d’avoir un moteur à réaction et quand le vent s’emballe, l’accélération ressentie est exaltante. Autant dire que les 14 km ont été parcourus en un rien de temps ! A la douane on retrouve le goudron, mais malheureusement la route pour Rio Grande court Sud Est, donc avec un vent d’Ouest on l’aurait pour moitié de côté et avec un vent à plus de 100 km/h, nous ne préférons pas tenter. On passera dons la nuit dans la salle d’attende chauffée de la douane : on a même une gazinière à disposition (les douaniers l’utilisent pour faire chauffer l’eau pour le maté !). Un peu plus tard on voit débarquer un couple de cyclistes argentins : ils ont traversés le détroit de Magellan entre Punta Arenas et Porvenr, et ont parcouru les 150km de piste depuis Porvenir dans la journée avec le vent dans le dos ! On se dit que si on avait su on aurait traversé là-bas !

Le lendemain on décolle de bonne heure pour profiter de l’accalmie des premières heures du jour. Malheureusement, après 10h30, c’est le même scenario que la veille qui se répète : le vent redouble de violence et nous entraîne de nouveau au milieu de la route. A la vitesse où conduisent les Argentins, c’est trop dangereux, surtout qu’eux dans leurs voitures ne se rendent pas compte en nous doublant qu’à n’importe quel moment nous pouvons êtres « embarqués ». On essaye une première fois de faire du stop, mais on est sur une ligne droite et il nous est impossible de distinguer à l’avance un pickup d’un 4×4 classique. On loupe donc plusieurs opportunités. Vincent s’impatiente, alors on pousse les vélos. Finalement on arrive à pédaler jusqu’au prochain virage plusieurs kilomètres plus loin : on s’arrête derrière et on observe les voiture. Quand une camionnette approche, Angélique se met presque au travers de la route pour l’arrêter : si on ne trouve pas de voiture, on n’arrivera pas à la ville, encore à 30km. Mais le chauffeur file, on est dépités : il était à vide et avait la place pour les vélos ! Mais finalement la camionnette fait demi-tour et revient nous chercher, ouf ! On charge les vélos et Vincent à l’arrière et Angélique monte au chaud à l’avant. Le chauffeur et son collègue nous expliquent avoir hésité car il leur est normalement interdit de prendre des gens en stop dans leur véhicule de fonction, question d’assurance. Ils font de la maintenance sur un site pétrolier plus au Nord et ont terminé plus tôt aujourd’hui, nous avons de la chance !

Chaude ambiance jusqu’à Ushuaia

Rio Grande est une ville pétrolière chère, l’unique camping de la ville à fermé et les hôtels qu’on nous propose à l’office de tourisme sont à plus de 30 euros. On n’a pas l’habitude de dépenser autant alors on va tenter notre chance chez les pompiers de la police qui nous renvoient chez les pompiers volontaires qui nous renvoient à la mairie qui nous renvoie à l’hôtel de derrière ! On a donc fait le tour de la ville plusieurs fois avant d’arriver à l’Hotel Argentino, apparemment connu de tous les voyageurs à petit budget mais que l’office de tourisme de la ville ne connait pas ! Au choix, dortoir ou planter la tente dans le jardin : on plante la tente ! On à même une cuisine et WIFI à disposition. Et le top du top, c’est quand on voit débarquer… Philippe ! Et oui, le même Philippe que nous avions croisé plusieurs fois en Bolivie et sur la route des 7 lacs ! Il roule depuis quelques jours avec Michel et Pierre Yves, qui doivent être à Ushuaia dans les mêmes dates que nous. On retrouve aussi Pavel, le Tchèque qui était fou de nos vélos sur la Carretera Austral. On partage donc un bon repas à se raconter nos dernières aventures, ça met du baume au cœur après les galères des derniers jours… Philippe nous avoue avoir fait une belle chute sur la piste à cause du vent, mais malgré le vent de côté ils ont réussi à tout faire à vélo. Chapeau !

Le lendemain, nous poursuivons en direction de Tolhuin 110km plus loin, avec l’intention, si le vent le veut bien, de se retrouver à la fameuse panaderia (boulangerie). Il faut être motivé pour partir tôt : il fait 1°C quand nous enfourchons nos vélos à 8h. Mais miracle : le vent est complètement tombé donc on avance bien. Il ne se lèvera que légèrement sur les 40 derniers kilomètres, et nous nous retrouverons donc tous à Tolhuin ! La boulangerie La Union à Tolhuin est devenue une institution dans le monde du cyclisme : le propriétaire y accueille gratuitement tous les cyclistes de passage. On nous en parlait depuis plus de 1000km ! On est gentiment accueilli par les employés, et en moins de 5 minutes on se retrouve avec 2 empanadas (tourtes à la viande cuites au four ou frites) chacun dans la main. Mmm, après toute une journée dans le froid, on en rêvait ! Ce soir, nous serons une douzaine de cyclovoyageurs à profiter de l’hospitalité du propriétaire : nous dormirons au chaud dans sa salle de sport privée. Vu la taille modeste du village, on s’attendait à une toute petite boulangerie, mais elle est en fait énorme, et les ateliers, qu’on nous invite aimablement à visiter, sont immenses ! La boulangerie est en fait un arrêt de choix pour les bus en transit entre Rio Grande et Ushuaia et elle ne désemplit pas. Chaque jour, c’est ainsi entre 550 et 700kg de farine qui sont utilisés pour faire du pain, et pas moins de 150kg pour les croissants et autres viennoiseries !

Ushuaia n’est plus qu’à une centaine de kilomètres, mais les derniers jours nous ont bien fatigués et nous décidons de faire la route en deux jours. Nous passerons donc la nuit à mi-chemin au poste de la Protection Civile de Lago Escondido : nous y sommes accueillis par Daniel, Miguel et Claudia qui se relaient 24h sur 24. Daniel est spécialisé maître-chien secouriste pour les cas d’avalanche ou de tremblement de terre, mais plus fréquemment il intervient sur les accidents de la route et feux de forêt. Depuis Tolhuin en effet, fini la steppe ! Le relief s’est accentué à mesure que l’on se rapproche à nouveau des Andes et les forêts sont réapparues. La dernière étape jusqu’à Ushuaia sera d’ailleurs superbe, avec un dernier col à… 400m d’altitude et une agréable descente dans une belle vallée glaciaire. On passe au pied de la station de ski la plus australe du monde, puis au détour d’un virage, nous y sommes ! Un énorme panneau nous annonce l’entrée de la ville. Nous choisissons d’aller au centre 6km plus loin par le bord de mer, puis une fois sur le port, nous posons pour la photo devant le célèbre panneau : Ushuaia, fin del mundo. Ca y est, nous sommes officiellement au bout du monde, 6350km et presque 6 mois après avoir quitté Quito !

Nous allons nous installer dans une auberge « bon marché » (c’est relatif, car tout est cher à Ushuaia) où nous retrouvons Philippe, Michel et Pierre-Yves. D’ailleurs, on n’a pas reconnu Michel qui s’était rasé ! Il faut dire qu’en cinq mois de voyage il ne s’était pas rasé une seule fois et avait donc une longue barbe ; sans elle il parait avoir rajeuni de 10 ans ! Il nous reste quatre jours plein à Ushuaia pour visiter un peu, mais surtout pour récupérer des cartons et de quoi emballer nos vélos en vue du retour en France le 27 février. Le lendemain nous profitons d’un grand ciel bleu  pour faire une croisière sur le canal de Beagle. La chance nous poursuit encore côté météo puisque ce n’est que le cinquième jour de beau temps de l’été à Ushuaia! Au programme, visite de plusieurs îles habitées par des cormorans rois, des otaries à crinières, et les fameux manchots ! Deux espèces de manchots cohabitent sur une même île : les manchots de Magellan, les plus petits (55cm) et les plus nombreux, et les manchots papous, plus grands (70cm) et qui se distinguent par leur bec et leurs pattes de couleur orange. Au passage nous aurons la chance d’observer une baleine à bosse, apparemment très rare dans la région.

Les prochains jours, nous parcourrons la rue marchande d’Ushuaia en long et en large pour récupérer cartons et plastiques d’emballage dans les boutiques. Malgré nos efforts, impossible de trouver du papier à bulle, on fera sans. Il nous faudra un après-midi complet pour tout emballer et ficeler. Puis le 27 au matin, nous quittons Philippe et Pierre Yves (Michel nous a déjà quittés) avec qui nous aurons passé des soirées bien sympathiques (il faut dire qu’ils ont chacun de bonnes anecdotes à raconter Emballage des véloset qu’on ne voit pas le temps passer en leur compagnie !) et filons en taxi à l’aéroport. Notre périple en Amérique se termine, Ushuaia ne nous aura pas marqué plus que ça, et à part les excursions sur le canal de Beagle en été ou bien le ski en hiver, il n’y a pas grand-chose à y voir ni même à y faire. Nous rentrons donc en France pour une courte semaine en compagnie de nos familles avant de nous envoler vers la Turquie d’où nous reprendrons la route jusqu’en Inde.

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Etape 95 : Villa O’Higgins (345m) – Embarcadère Lago O’Higgins (345m), 16km, +200, -200m (8km à tourner en rond dans le village pour se ravitailler + 8km pour l’embarcadère). Bivouac sur le parking juste avant l’embarcadère. Traversée en bateau du lac O’Higgins jusqu’à Candelario Mancilla (40000 pesos / pers., camping possible à l’estancia au dessus du débarcadère pour 2500 pesos / pers.). Nous avons préféré payer 25000 de plus chacun et faire la traversée « longue » à bateau qui fait le détour par le glacier O’Higgins.

Etape 96 : Candelario Mancilla (350m) – Camping 1km après le Lago del Desierto (540m), 23km, +700m, -510m. Nuit au camping (90 pesos). Retour en Argentine. La traversée du Lago del Desierto en bateau coûte 130 pesos/ pers., 3 bateaux par jour en été.

Etape 97: Camping 1km après le Lago del Desierto (540m) – El Chaltén (400m), 39km, +150m, -290m. Nuit au camping (El Refugio, le moins cher de la ville, 60 pesos, pas de WIFI).

Etape 98 : El Chaltén (400m) – La Leona (250m), 113km, +380m, -530m. Bivouac au bord de la rivière après le pont.

Etape99 : La Leona (250m) – El Calafate (230m), 109km, +650m, -670m. Nuit au camping (Los dos Pinos, 60 pesos, avec cuisine et WIFI).

Etape 100 : Rio Gallegos (10m) – Estancia 37km plus loin sur RN3 (70m), 47km, +220m, -160m. Bivouac  à la ferme. Nous avons dû faire demi-tour après notre 1ère tentative de sortie de ville à cause du vent trop fort, d’où les 10km supplémentaires.

Etape 101 : Estancia (70m) – Rüpe (70m), 66km, +250m, -250m. On repasse au Chili par le Paso Integracion Austral. Nuit à l‘hôtel (20000 pesos, c’est cher, mais les deux hôtels du village sont au même prix). Une bonne épicerie entre les deux hôtels.

Etape 102 : Rüpe (70m) – Cerro Sombrero (50m), 72km, +170m, -190m. Nuit en tente derrière l’hôtel à l’entrée de la ville (6000 pesos avec accès aux toilettes / douches de l’hôtel). Petit supermarché bien approvisionné en centre ville.

Etape 103 : Cerro Sombrero (50m) – Estancia 25km avant San Sebastian côté Chili (20m), 40km, +200m, -230m. On retrouve le ripio à la sortie de Cerro Sombrero. La piste file d’abord plein Est puis tourne plein Sud, où nous nous sommes retrouvés à lutter contre un violent vent de face. Nous avons donc fait du stop, on nous a déposés à une estancia 53 km plus loin où nous avons pu bivouaquer à l’abri du vent. Pour info, Cullén à mi-chemin entre Cerro Sombrero et San Sebastian, n’est pas un village mais juste un complexe pétrolier et gazier (possibilité de demander de l’eau).

Etape 104 : Estancia 22km avant San Sebastian côté Chili (20m) – San Sebastian côté argentin (10m), 16km, +75m, -85m. Vent d’OSO à plus de 100km/h nous empêchant de pédaler et même de pousser les vélos. On refait du stop jusqu’au poste frontière chilien (21km), puis on pédale les 15km jusqu’à la douane argentine avec le vent dans le dos. Nuit dans la salle d’attente de la douane (pièce chauffée avec évier et gazinière, et toilettes à proximité).

Etape 105 : San Sebastian côté argentin (10m) – Rio Grande (10m), 56km, +210m, -210m. Le vent redouble de violence en milieu de matinée et nous déporte dangereusement au milieu de la route : on refait du stop pour les derniers 30km jusqu’à Rio Grande. Nuit à l’Hostel Argentino sur l’avenue San Martin (le seul hôtel abordable de la ville : dortoirs et possibilité de planter la tente dans le jardin pour 50 pesos à deux. WIFI et cuisine à disposition.)

Etape 106 : Rio Grande (10m) – Tolhuin (100m), 113km, +560m, -470m. Nuit à la fameuse Panaderia « La Union » : le propriétaire héberge gratuitement tous les cyclistes qui se présentent chez lui, on a été accueillis avec des délicieuses empanadas et on est repartis avec des croissants tous justes sortis du four !

Etape 107 : Tolhuin (100m) – Lago Escondido (110m), 47km, +400m, -390m. Nuit dans une chambre de la Protection Civile, ils ont l’habitude d’accueillir les cyclistes!

Etape 108 : Lago Escondido (110m) – Ushuaia (15m), 58km, +720m, -815m. Quelques nuits au Refugio del Mochillero (plein centre, WIFI, 85 pesos / pers. pour un lit en dortoir, c’est bruyant, petit et pas très agréable) puis nous avons déménagé à l’Hostel Aonikenk (250 pesos pour une chambre double avec salle de bain privée, WIFI et petit déjeuner, et grand jardin pour emballer les vélos dans les cartons). Le camping est à 3km du centre ville et coûte 45 pesos/ pers.

Total de Quito à Ushuaia : 6347km et 60280m de dénivelé positif.

Total au Chili : 1588km et 16195m de dénivelé positif.

Total en Argentine : 1855km et 8335m de dénivelé positif.

Album photos Argentine :

Argentine

Album photos Chili :

Chili
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3 réflexions sur “Villa O’Higgins – Ushuaia: Patagonie du Sud et Terre de Feu

  1. Nicolas

    Bonjour à vous deux, et merci de nous faire partager votre aventure. Je vous suis depuis le début du périple. En passant par la Turquie, n’hésitez pas à me contacter, je me ferai un plaisir de vous héberger si vous vous arrêtez à Ankara ! Bonne route. Nicolas

    • Bonjour Nicolas! Merci pour ton invitation, on pense en effet passer par Ankara, on quitte Istambul aujourd’hui pour Bursa, puis on enfourche les vélos. On ne sait pas exactement combien de jours il nous faudra pour arriver à Ankara mais on te tiendra au courant. A bientôt!

  2. remy

    Salut Angélique et Vincent !

    J’ai lu avec plaisir la suite de vos aventures en patagonie, ça m’a rappelé de bons moments ! (et de moins bons aussi comme les attaques de tabanos et les bus argentins :P). Vous aurez fait un chouette périple en Amérique du Sud !

    Bonne continuation pour la seconde partie de votre voyage que je vais suivre avec intérêt 🙂

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