Puerto Montt – Villa O’Higgins: Chiloe et la Carretera Austral !

Chiloe, entre églises et bord de mer

Eglise de ChonchiAprès quelques jours de repos à Puerto Montt (et une infection urinaire sans gravité pour Angélique, on a soigné aux antibiotiques à large spectre), nous reprenons la route le 17 janvier pour l’île de Chiloe. Longue de 180km et large de 50km, Chiloe est réputée pour ses églises en bois très colorées, certaines vieilles de plus de 200 ans et classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.  Quatre jours nous serons nécessaires pour atteindre Quellon au Sud de l’île, où le ferry nous attend le 21 pour rallier Puerto Chacabuco et la Carretera Austral. Nous descendrons par la route principale goudronnée pour gagner du temps, celle-ci passe cependant peu sur la côte et les paysages à l’intérieur de l’île nous ont semblé un peu monotones : les forêts alternent avec les fermes, et on passe près de quelques lacs dans la partie Sud. Finalement on se dit qu’on aurait peut être mieux fait de descendre en bus, et de profiter des quelques jours gagnés pour grimper le volcan Osorno : de nombreuses agences à Puerto Varas proposaient l’ascension en 2 jours, tout compris avec guide, nuit en refuge et l’équipement…

Palafitos de Castro

En route nous visitons Castro, ville « capitale » de l’île située sur la côte Est, connue pour ses maisons en bois construites sur pilotis (palafitos). On se ravitaille au supermarché où on a la bonne surprise de trouver du formage de chèvre importé de France, et même des Deux –Sèvres ! Angélique, dont c’est la région d’origine, se régale ! On poursuit ensuite jusqu’au camping à Chonchi, où nous rencontrons un couple d’Allemands qui voyagent à vélo avec leurs deux petites filles de 5 et 2 ans : Axel transporte la plus jeune dans une remorque, tandis que Wibke partage un tandem mixte (la personne à l’avant pédale comme sur un vélo couché et celle de derrière, en position classique, dirige la machine) avec la plus grande. Partis de Buenos Aires depuis 4 mois, Axel et Wibke sont des habitués des voyages au long cours. De retour en Allemagne, ils vivent principalement de soirées diaporama qu’ils organisent un peu partout dans leur région, et cela leur permet de financer leur prochain voyage ! Il faut dire que tous deux sont photographes professionnels et il est indéniable que leurs photos « ont de la gueule » ! Le lendemain, c’est sous une chaleur de plomb que nous atteignons Quellon, après avoir grimpé plus de 1000m de dénivelé (car le relief sur l’île est loin d’être plat !) et sué des litres : la température dépasse les 45 degrés au soleil, phénomène très rare car le temps sur Chiloe est en général très pluvieux ! La mer est par contre très fraîche malgré la chaleur : l’eau ne doit guère dépasser 15 degrés !

Zigzag entre les fjords

Fjords chiliensLe 21 nous embarquons avec les Allemands et d’autres cyclotouristes chiliens et argentins sur le Don Baldo, le ferry qui nous conduira jusqu’à Puerto Chacabuco quelques 350 km plus au Sud à vol d’oiseau. 28h de navigation au programme, car le ferry zigzague dans les fjords pour desservir plusieurs ports avant d’atteindre sa destination finale. Le relief de la côte Sud du Chili est en effet extrêmement découpé, avec de nombreuses îles, presqu’îles et fjords, tous fruits du travail des glaciers lors de la dernière glaciation. Les montagnes tombent ainsi à pic dans la mer, et en route, on aperçoit même les glaciers suspendus du parc national Queulat.

A Puerto Cisnes, nous devrons faire une pause forcée de 7h, car le bateau doit attendre la marée haute pour pouvoir s’approcher de la rampe de débarquement : les piétons peuvent quand même descendre par une passerelle et nous avons donc tout l’après midi pour visiter ce petit village de pêcheurs. A cause du retard nous devrons passer une 2ème nuit à bord mais le capitaine offre le repas du soir à tous les passagers en compensation ! On débarque donc le 23 à 7h à Puerto Chacabuco après 36h sur les flots : devant nous plus de 650km nous attendent jusqu’à Villa O’Higgins, au bout de la Carretera Austral.

La Carretera Austral : à travers les paysages sauvages de la Patagonie chilienne

Au Sud de la région des lacs et de Chiloe, la Patagonie chilienne se transforme en un ruban de fjords, glaciers, forêts humides, et steppe. La région compte moins de 100 000 habitants, en faisant une des régions les moins densément peuplées de la planète. Ces espaces quasi-vierges sont accessibles depuis peu par la fameuse Carretera Austral : la route du Sud. Décidée par Auguste Pinochet, elle fut construite dans les années 80 par l’armée pour désenclaver la population du Sud du pays, et relie Puerto Montt à Villa O’Higgins son terminus. Depuis cette route est devenue incontournable pour de nombreux cyclistes et beaucoup s’attaquent à ses 1200km de piste – le fameux ripio, (avec quand même un peu de goudron) chaque été, attirés par la beauté sauvage de la Patagonie. La route traverse en effet 11 parcs nationaux et réserves.

Paysages autour de CoyhaiqueEn ce qui nous concerne, nous n’avions pas le temps de pédaler la carretera dans sa totalité, nous avons donc décidé de nous concentrer sur la partie Sud et de rejoindre la carretera à partir de Puerto Chacabuco. De cette manière, on commence la carretera en douceur : les quelques 200km autour de la capitale régionale, Coyhaique, sont en effet goudronnés ! On atteint donc Coyhaique le soir même : alors que la côte était couverte de forêts humides denses, les paysages autour de Coyhaique sont ouverts et témoignent d’une importante activité agricole : les bottes de foin et les vaches parsèment les champs. On apprendra par la suite que la région a été activement déboisée dans les années 1940 pour encourager la population à s’installer dans le Sud du pays : plus de 3 million d’hectares de forêt primaire ont ainsi été brulés, et on voit toujours le long de la route les troncs blanchis des arbres morts.

Après Villa Cerro Castillo, on quitte l’asphalte pour le ripio, la piste : de qualité variable, avec son lot de tôle ondulée et de graviers qui nous font déraper, on enchaîne les côtes, parfois terribles et qui nous obligent à pousser, et on ne profite que trop rarement des descentes car la ripio est traître et nous attend au tournant ! Et le trafic entre Coyhaique et Cochrane est plus important que l’on imaginait, on mange donc pas mal de poussière aussi. Mais on roule en pleine nature, dans une Patagonie sauvage et préservée, entre sommets couverts de glace, forêts humides, rivières aux eaux tour à tour limpides ou laiteuses, calmes ou tumultueuses, lacs aux eaux turquoises ou aux eaux noires de tourbe, larges vallées glaciaires et steppe patagonienne… On longe au passage le deuxième plus grand lac d’Amérique du Sud (après le lac Titicaca) : le Lago General Carrera – divisé entre le Chili et l’Argentine, et la rivière au débit le plus fort du Chili : le Rio Baker (1000m3/s). Nous aurons aussi une chance incroyable côté météo puisque jusqu’à Villa O’Higgins nous n’aurons qu’un jour de pluie ! Le vent quant à lui vient le plus souvent de l’Ouest ou du Nord, nous l’avons donc eu le plus souvent dans le dos, et c’est tant mieux, car les quelques jours où nous l’avons eu de face il nous a épuisé !

Paysages de Patagonie

Rouler sur la carretera c’est aussi rouler plus chargé qu’à l’habitude car les villages sont de plus en plus espacés (il faut ainsi prévoir 4 jours d’autonomie entre Cochrane et Villa O’Higgins), des bivouacs de rêve le long des rivières (enfin quand on arrive à trouver des endroits accessibles, car les Chiliens comme les Argentins, sont des accros du fil de fer barbelé et chaque propriété privée est clôturée, même s’il n’y a rien dedans), et une joyeuse ambiance entre cyclos ! Car pas un jour ne passe sans qu’on croise des voyageurs à vélo. On n’en a jamais vus autant ! Avec Thomas et DamienOn retrouve ainsi Bertrand – qu’on avait vu à Cuzco, La Paz, et Cafayate, et un couple de cyclos hollandais qu’on avait croisé en Argentine sur la Route des 7 lacs – Martine et Mathias. On fait aussi connaissance avec Sarah et Goeff, deux Anglais qui pédalent depuis le Mexique, et avec Thomas et Damien, deux Français partis de Quito à vélos couchés en avril dernier. Le doyen de ce petit monde est Jamie, un Irlandais retraité de 67 ans, habitué des voyages à vélo puisque dans les années 80, il a effectué avec sa femme un tour du monde à vélo de 3 ans ½. Chacun pédale à son rythme mais on se retrouve souvent le soir au bivouac ou bien sur la route. A Puerto Yungay, où il faut traverser le fjord Michell en bac, on  retrouve par hasard Thomas et Damien, les matelots n’avaient jamais vu autant de vélos couchés sur leur bateau! Arrivés avant nous, Damien et Thomas avaient déjà eu le temps de répondre à toutes les questions des curieux concernant nos engins bizarres, on a donc été tranquilles cette fois ! On est aussi parfois doublés par des cyclos qui avancent tellement plus vite que nous qu’on ne les revoit jamais : c’est le cas de Pavel, un Tchèque, qui est fou de joie de nous rencontrer et tellement fier de voir qu’on roule sur des vélos Azub fabriqués en République Tchèque ! On n’a jamais rendu quelqu’un aussi content avec nos vélos !

Patagonia sin represasA Cochrane un cycliste chilien nous explique que la beauté sauvage de la Patagonie chilienne est cependant en ce moment menacée par un projet de construction de barrages hydroélectriques sur 5 fleuves de la région Aysen : l’électricité ainsi produite aurait pour but d’alimenter les industries autour de Santiago et les mines du Nord du pays. 2300km de lignes à haute tension risquent ainsi de défigurer le paysage avec pour conséquence de faire baisser le tourisme (ou tout du moins ce ne seront pas les mêmes touristes : on n’y viendra plus pour faire du rafting ni de la pêche à la mouche, mais du pédalo ?!), sans compter les dommages causés aux écosystèmes et les risques liés aux éruptions volcaniques et tremblements de terre. D’après le dernier sondage, 58% des Chiliens seraient contre le projet, mais le gouvernement ne semble pas vouloir renoncer. Du coup les habitants de la région se mobilisent et ont lancé une grande campagne d’information à l’échelle nationale : nous voyions en effet régulièrement le long de la piste des affiches proclamant « Patagonia sin represas » (Patagonie sans barrages).

Villa O'HigginsAprès 12 jours de vélo depuis Puerto Chacabuco, nous atteignons Villa O’Higgins, au bout de la carretera. Les premiers « colons » se sont installés ici dans les années 1950, vivant de l’exploitation forestière et de l’élevage de vaches et moutons, mais depuis l’arrivée de la route en 1999 la ville s’ouvre peu à peu au tourisme. On a vraiment l’impression d’être au bout du monde dans ce petit village d’à peine plus de 500 habitants. La route butte en effet ici contre l’énorme masse de glace du « Campo de Hielo Sur » : la plus grande étendue de glace après l’Antarctique et le Groenland. Seuls les piétons et les cyclistes peuvent continuer pour aller plus au Sud : il faut en effet traverser le lac O’Higgins en bateau, grimper un col par un sentier de rando jusqu’à la frontière Argentine, et traverser le lago del Desierto, où l’on rattrape la piste menant à El Chalten. Mais ce sera pour le prochain article !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes (les prix des hébergements sont pour deux personnes) :

Etape 78 : Puerto Montt (15m) – 5km avant Ancud (5m), 88km, +480m, -490m. Nuit au camping (8000 pesos). Bateaux toute la journée de Pargua à Chacao.

Etape 79 : 5km avant Ancud (5m) – 26km avant Castro (70m), 65km, +630m, -565m. Bivouac sous le pont quelques km après l’intersection pour Quemchi.

Etape 80 : 26km avant Castro (70m) – Chonchi (50m), 52km, +530m, -550m. Nuit au camping (5000 pesos).

Etape 81 : Chonchi (50m) – Quellon (20m), 72km, +1010m, -1040m. Nuit au camping quelques km après la ville (6000 pesos avec WIFI).

Etape 82 : Camping Quellon – Embarcadère ferry Don Baldo (Naviera Austral), 9km, +100m, -120m. 47650 pesos pour 2 personnes et 2 vélos (avec une réservation sièges et non cabine) pour 28h de navigation jusqu’à Puerto Chacabuco. Cafétéria à bord. On a gonflé nos matelas et dormi par terre !

Etape 83 : Puerto Chacabuco (0m) – Coyhaique (245m), 90km, +775m, -535m. Nuit au camping 1km avant la ville (8000 pesos). On a ensuite tourné en ville pendant 8km pour se ravitailler, aller sur internet etc…

Etape 84 : Coyhaique (245m) – Vista Hermosa (740m), 57km, +990m, -500m. Bivouac au bord de la rivière.

Etape 85 : Vista Hermosa (740m) – 13km après Villa Cerro Castillo (395m), 59km, +870m, -1215m. Deux cols à 1010m puis 1120m. Nuit en camping à la ferme (Los Nires, 8000 pesos). Le goudron se termine à Villa Cerro Castillo.

Etape 86 : 13km après Villa Cerro Castillo (395m) – Rio Murta (300m), 57km, +570m, -665m. Col à 620m. Bivouac au bord de la rivière après la descente du col. Plusieurs emplacements de bivouac sur 5km.

Etape 87 : Rio Murta (300m) – Puerto Rio Tranquilo (230m), 56km, +545m, -615m. Nuit au camping chez l’habitant (4000 pesos, très basique, le proprio partage sa salle de bain et sa cuisine avec les campeurs!). Après la bifurcation avec Bahia Murta, la piste se dégrade et devient plus difficile.

Etape 88 : Puerto Rio Tranquilo (230m) – 38km après Puerto Rio Tranquilo (250m), 38km, +550m, -530m. Bivouac au bord de la rivière.

Etape 89 : 38km après Puerto Rio Tranquilo (250m) – 11km après Puerto Bertrand (250m), 42km, +660m, -660m. Nuit au camping (6000 pesos).

Etape 90 : 11km après Puerto Bertrand (250m) – Cochrane (230m), 39km, +790m, -810m, Nuit à l’hospedaje & camping (tente dans le jardin, espace cuisine à disposition, 6000 pesos).

Etape 91 : Cochrane (230m) – 64km après Cochrane (110m), 64km, +840m, -960m. Bivouac au bord de la rivière.

Etape 92 : 64km après Cochrane (110m) – Rio Bravo (0m), 65km, +850m, -955m. Bivouac près de la « cabane » à l’arrivée à Rio Bravo (toilettes avec eau potable à disposition). Trois bateaux par jour (gratuit !) de Puerto Yungay à Rio Bravo en été : à 10h, 12h et 18h. La traversée du fjord Michel dure environ 45 minutes. A Puerto Yungay, un « kiosk » permet de se ravitailler en pâtes, sauce tomate, biscuits etc…, et si vous êtes chanceux il y aura même des empanadas et du pain frais. Pour notre part, on a craqué pour la confiture de framboise faite maison !

Etape 93 : Rio Bravo (0m) – Cabane / refuge (320m), 48km, +1055m, -740m. Nuit dans un abri en bois construit exprès pour les cyclistes, au bout d’un petit chemin à gauche quelques kilomètres après la descente du 3ème col. Cheminée et bois à disposition pour faire du feu. On a vraiment apprécié d’avoir un toit en dur pour nous abriter des bourrasques de Patagonie !

Etape 94 : Cabane / refuge (320m) – Villa O’Higgins (345m), 57km, +550, -525m. Nuit à l’Eco-camp 1km avant le village (6000 pesos avec WIFI). Camping écologique construit dans les bois, pas un arbre n’a été coupé, les murs des toilettes (sèches) sont en bouteilles de verre et de plastique recyclées, l’eau vient d’une source et est chauffée avec le four à bois qui sert pour la cuisine (alimentée uniquement avec du bois mort ramassé dans la forêt) et le propriétaire est un expert en constructions écologiques !

Total depuis Quito : 5532km et 55395m de dénivelé positif.

Total au Chili : 1417km et 14850m de dénivelé positif.

 Album photos Chili :

Chili
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2 réflexions sur “Puerto Montt – Villa O’Higgins: Chiloe et la Carretera Austral !

  1. Alice

    Bonjour. Merci de nous faire partager votre beau voyage ! Nous suivons attentivement votre périple et votre blog car nous sommes intéressés par un itinéraire un peu similaire à l’horizon 2014, en vélo couché également. Vos vélos vous donnent-ils encore entière satisfaction ? Avez vous connu des désagréments ou pannes mécaniques ? Notamment sur la carretera australe ? Bonne route !
    Alice et Benoit

    • Bonjour Alice, oui nous sommes très satisfaits de nos vélos, pas de problème technique a part le changement des patins de freins et du cable de dérailleur pour Vincent. Ils sont vraiment solides! Le seul moins que l’on peut reprocher aux vélos couchés, c’est que sur piste, comme sur la carretera australe, l’equilibre est parfois plus difficile à maintenir que sur un velo droit (quoique ça doit être une question d’habitude), notamment à cause de la petite roue à l’avant, qui n’étant pas chargée, a tendance à déraper. Mais en dehors de ça on pédale tout confort et on apprécie le paysage! Bonne préparation our votre voyage!

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