Kasani – La Paz : du vélo, de la rando, et des courses non prévues !

Entre lac, cordillère et altiplano !

Le 16 Novembre nous entrons en Bolivie, après un mois et demi au Pérou. Deux routes s’offrent à nous pour rejoindre La Paz : la route principale qui passe par Desaguadero, peu intéressante si ce n’est les ruines de Tiwanako, ou bien la route secondaire, plus belle, qui passe par Copacabana et traverse le lac Titicaca au niveau du détroit de Tiquina. Bien que s’annonçant plus vallonnée, nous avons choisi cette deuxième option.

Dix kilomètre après la frontière à Kasani, nous descendons donc sur Copacabana, ville de villégiature perchée à flanc de montagne au dessus du lac Titicaca. D’en haut on a l’impression d’arriver dans une petite ville bourgeoise de la Côte d’Azur, mais on déchante vite quand on arrive sur la plage pour pique-niquer : les bouches d’égouts arrivent en plein milieu des pédalos, et on a aucune envie de s’y baigner ! La ville attire pourtant de nombreux touristes, principalement attirés par des excursions sur l’Isla del Sol toute proche. Ayant déjà visité l’île d’Amantani coté péruvien, nous préférons profiter de la fin d’après midi pour entamer la montée au col à 4250m qui s’annonce dure. La route est en bon état mais la pente est complètement irrégulière : on alterne les passages où l’on pédale sans trop forcer avec des pentes dignes de celles d’Equateur, et comme en plus on a un violent vent de face, ben on pousse ! Dans la montée, on passe quelques habitations où pour la première fois depuis le début de notre voyage des enfants nous réclament de l’argent : « regalame plata ! ». Vincent leur répond que personne ne lui donne d’argent à lui, et qu’il faut travailler pour en gagner ; ça leur a cloué le bec ! Finalement la nuit nous rattrape et nous plantons la tente à 4220m juste sous le col. Tout comme la nuit d’avant, nous aurons le droit à un violent orage de grêle, mais la tente tient le coup, ouf ! Une fois le col passé nous cheminons sur les crêtes qui séparent le lac Titicaca en deux, puis nous descendons sur Tiquina où nous prenons le bac pour atteindre l’autre rive. Un peu plus loin, au détour d’un virage, les sommets enneigés de la Cordillère Royale se dévoilent enfin : nous les apercevions depuis le Pérou, mais cette fois ils semblent à portée de main !

En fin d’après midi nous atteignons la petite ville de Batallas : manque de chance, le curé chez qui nous pensions demander l’hospitalité est absent, et il n’y a aucun hôtel en ville ! Nous passerons finalement la nuit chez trois petites dames qui vendent de l’artisanat : Bertha, Adela et Rosa seront ravies de nous avoir à leur table pour le dîner et nous posent un tas de questions sur les habitudes en France. Nous sommes tout autant ravis de pouvoir en apprendre plus sur leur vie sur l’altiplano ! Adela nous explique qu’elles sont des « purs sangs Aymara », et elles en sont visiblement fières. Leur langue natale, l’Aymara, s’apparente beaucoup au Quechua, et nous leur demandons quelques mots : nous ne retiendrons pas grand-chose cependant car pour dire « merci » par exemple, il faut une phrase entière ! Toutes les trois sont des femmes indépendantes, éduquées et non mariées. D’après Bertha la discrimination envers les femmes dans le monde du travail en Bolivie étant très forte, elles ont décidé pour gagner leur vie d’ouvrir une boutique d’artisanat : avec d’autres femmes de leur communauté, elles ont travaillé dur, transportant elles même les pierres nécessaires à la construction du bâtiment. Les femmes opèrent ensuite un système de roulement : Bertha et ses amies y restent pendant un mois pour vendre leurs produits, puis elles sont remplacées par d’autres femmes etc. Nous les quittons le lendemain en leur souhaitant tout le succès possible.

Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de La Paz, mais le temps gris rend les paysages désolés et monotones de l’altiplano déprimants. Nous traversons la longue banlieue d’El Alto sur une vingtaine de kilomètre. Tout est en chantier : il s’agit en fait de la banlieue se développant le plus rapidement en Amérique du Sud. Personne ne s’arrête aux feux rouges, on hallucine au départ, puis finalement on fait pareil sinon on se fait klaxonner ! Enfin nous atteignons l’autopista qui nous conduira jusqu’au centre de La Paz, 400m plus bas. La vue depuis les hauteurs sur la ville dominée par les neiges éternelles de l’Illimani (6400m) est impressionnante : chaque pan du canyon a été construit. Une fois dans le centre nous tournons un petit moment pour trouver la casa de ciclistas de Cristian : il y a du monde, déjà neuf cyclos du monde entier ! La maison étant pleine Cristian nous conduit à sa deuxième casa, où nous retrouvons deux Français croisés à Cuzco : Bertrand et Corentin. Nous profiterons de la cuisine pour nous faire de bonnes soirées crêpes et pizza maison !

La Paz, entre modernité et traditions

La Paz étant la capitale économique du pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, on s’attendait à une ville « peu moderne », mais on a été agréablement surpris ! La ville est propre, offre de nombreux parcs et terrains de loisirs, et le quartier des affaires n’a rien à envier aux autres capitales du continent. Les conducteurs respectent les feux, et semblent beaucoup moins accros au klaxon que leurs voisins péruviens. A côté de ça on y trouve toujours les petites marchandes de rues, les marchés traditionnels, et les mamitas avec leur baluchon coloré sur le dos y côtoient les femmes en tailleur et talons aiguilles.

Comme nous l’avions déjà remarqué dans certaines villes du Pérou, les boutiques vendant les mêmes produits sont regroupées dans une même rue : on a ainsi la rue des marchands de vélos, la rue des boutiques d’électroménager, la rue des coiffeurs, la rue des agences de voyages, la rue des robes de mariée, et… la rue des sorcières ! On a découvert un peu écœurés que pour éloigner les mauvais esprits ou soigner les malades, les «sorcières » locales vendaient des fœtus de lamas séchés prêt à offrir à la Pachamama. Elles proposent en plus des kits à offrandes tout prêt, contenant de la nourriture et de faux billets en dollars. On y vend aussi des livres pour apprentis magiciens et de multiples potions magiques  pour soigner l’asthme, les effets de la ménopause ou l’hypertension!

Le mercredi 21 novembre, Cristian nous avait prévenus : interdiction de sortir de la maison sous peine de terminer au poste de police ! Et c’est valable pour tout le pays, car c’est jour de recensement ! Ca n’arrive qu’une fois tous les dix ans, et contrairement à chez nous, les recenseurs ne repassent pas le lendemain si l’on est absent. A la place tout le pays est bloqué, et tout est fermé ! Seul l’aéroport est ouvert ! Nous attendrons donc le lendemain pour prendre un bus pour le parc national Sajama ou nous comptons faire un trek de quelques jours entre les volcans.

Escapade dans le Parc national Sajama

Le parc Sajama jouxte la frontière chilienne et est accessible par la route qui conduit à Arica au Chili. Nous y serons en 4h30 de bus depuis La Paz. Le parc couvre une partie de la Cordillera Occidental, une chaîne de volcans dont le point culminant est le Sajama, qui avec ses 6542m est le plus haut sommet de Bolivie. Une fois arrivés au village de Sajama à 4250m, nous réservons auprès de la responsable du parc un muletier et un âne pour 8h le lendemain : nous comptons en effet faire un trek de 4 ou 5 jours autour des volcans Parinacota et Pomerape. Pas de chance cependant, elle nous annonce le lendemain que tous les ânes du village sont à la foire « d’on n’a pas compris où », à cinq jours de marche d’ici ! La seule solution restante étant de faire des randos en étoile à partir du village. Pour cette première journée nous ferons donc un aller/retour aux geysers en direction du Paso Casiri : il s’agit en fait plus de sources chaudes que de geysers, bien que certaines « flaques » bouillonnent allégrement. En route nous y verrons nos premières vigognes, ces camélidés cousins des lamas et alpagas, mais entièrement sauvages.

Le lendemain nous espérons monter à la Laguna Chiar Kota et au col à 5050m qui la domine. Cette rando est recommandée comme l’une des plus belles du parc, mais la distance est longue et l’itinéraire quasi-entièrement hors sentiers. Nous organisons donc un 4×4 pour nous amener au point de départ de la randonnée 6km au Nord du village, et ainsi nous économiser quelques heures de marche. On remonte longuement la vallée glaciaire du rio Miljuni, en traversant au mieux les zones humides et tourbeuses, puis on grimpe sur la moraine, zigzague entre les barres rocheuses, et après 4h30 de marche nous y voilà ! Nous sommes au pied de la lagune à 4970m, dominés par des falaises de diverses teintes d’ocre et saupoudrées de neige au sommet : sublime ! Mais le plus beau reste à venir : alors que nous entamons la montée au col dans un désert de pierres ponces, nous découvrons les sommets du Sajama à l’Est et ceux du Parinacota et Pomerape au Sud Ouest, et depuis le col, surprises : deux autres lagunes d’origine glaciaire sont visibles ! Ce paysage de désert dominé par des volcans enneigés et entrecoupés de lagunes aux eaux claires nous enchante, nous sommes émerveillés et décrétons cette rando « plus belle journée de marche depuis le départ » ! Au terme d’11h de marche nous sommes de retour au point de départ et en attendant le 4×4, nous nous laissons tenter par un bain dans les sources chaudes face au volcan Sajama. Un parfait moment de détente après une parfaite journée de marche ! Et pour couronner le tout, de retour au village nous aurons le droit à un couché de soleil magnifique !

Galère à El Alto!

Pas de bus direct pour retourner à La Paz, nous devons changer à Patacamaya et à El Alto. Et c’est là que le plan galère commence : au changement de bus au terminal d’El Alto Angélique se fait voler une sacoche ! Voilà le sac de couchage et une bonne partie de ses vêtements techniques volatilisés… Dégoutés nous allons faire une déposition au commissariat : peu convaincu lui-même, le policier qui nous accueille nous annonce qu’ils vont envoyer quelqu’un chercher, mais on devine qu’ils ne feront rien… Comme on est dimanche, la secrétaire est absente et ne peut nous imprimer notre déposition. Il nous faudra repasser le lendemain, mais ce ne sera pas gratuit ! En Bolivie, il faut payer pour qu’on nous imprime un dépôt de plainte ! On n’en revient pas ! Le lendemain, Angélique parcoure « la rue des magasins de montagne » en long et en large pour racheter sac de couchage, sur-pantalon imperméable, gants etc… On aura beau demander à tous les magasins de vélos de La Paz et d’El Alto, impossible de dégoter une sacoche. On a donc acheté un sac à dos de taille semblable, et on va se débrouiller pour l’accrocher sur le côté du porte bagage. Demain l’aventure reprend, on va prendre le bus jusqu’à Oruro, à environ 200km au Sud, afin d’éviter toute une section de 2×2 voies en travaux, et donc sans bande d’arrêt d’urgence pour les cyclistes. De là environ 8 jours de vélo nous attendent le long de pistes et à travers le désert de sel jusqu’à Uyuni !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes :

Etape 41 : 9km après Juli (3920m) – frontière bolivienne – 9km après Copacabana (4220m), 69km, +735m, -435m. Bivouac dans la montée au col après Copacabana.

Etape 42 : 9km après Copacabana (4220m) – Batallas (3840m), 82km, +540m, -920m. Nuit chez l’habitant.

Etape 43 : Batallas (3840m) – La Paz (3580m), 65km, +400m, -660m. Nuit à la casa de ciclistas.

Total depuis Quito : 2338km et 27385m de dénivelé positif.

Total en Bolivie : 166km et 1450m de dénivelé positif.

  • Adresse de la Casa de Ciclistas de La Paz : Cristian Conitzer, 115 calle Goitia, La Paz. Mail: cristian@conitzer.de.  Téléphone : +591 73096728 ou +591 791349904.

 Album photos Bolivie :

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2 réflexions sur “Kasani – La Paz : du vélo, de la rando, et des courses non prévues !

  1. C’est moche pour la sacoche, heureusement elle ne contenait pas de carnet de route, appareil photo, ordinateur ou autre matériel technique. Mais ce doit quand même être rageant! Et pas pratique pour la suite, sans doute.
    Pensez-vous que vous auriez pu éviter cela (surveillance, antivol, …) ou que c’est hélas inévitable ,et fait partie des risques qui peuvent survenir ?

    • Bonjour JoCo, oui on aurait pu eviter c’est sûr, ce sont juste quelques secondes d’inattention qui coutent cher au final, mais au mois tout est remplacable, et pour la sacoche, on a bricolé avec un petit sac à dos et ca tient pour le moment!

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