Puno – Kasani, le long du lac Titicaca

L’île Amantani : visite d’une école et mode de vie traditionnel préservé

Après quelques jours de repos à Puno (tri des photos et mise du blog à jour), nous décidons de visiter l’île Amantani, l’île la moins touristique  du lac Titicaca. L’île est connue pour ses deux sommets sacrés : Pachamama et Pachatata. Pour les Incas, le lac Titicaca est en effet le père du dieu Soleil, Inti en Quechua, et le premier Inca serait né sur l’Isla del Sol (île du Soleil) côté bolivien du lac. Amantani se décrète par ailleurs la capitale du tourisme mystique au Pérou. L’île est aussi célèbre pour la « fleur des Incas », une petite fleur rouge en forme de clochette qui est typique d’Amantani.

Sur le port de Puno nous embarquons avec une dizaine de passagers, que des Français ! Passage obligé par les îles flottantes Uros (bien trop artificielles et touristiques à notre goût, on ne descendra même pas du bateau), puis nous poursuivons pendant  4h la traversée du lac avant d’atteindre l’île, au grand soulagement d’Angélique qui commençait à avoir le mal de mer à quasi 4000m d’altitude ! Il n’y a point d’hôtels à Amantani, l’île a en effet structuré le tourisme pour qu’il profite aux habitants sans dénaturer leur mode de vie, en développant le tourisme rural en pension complète chez l’habitant : un certificat de tourisme valable 3 ans est délivré aux habitants par la mairie et définit les prix et règles à suivre. Nous allons donc passer deux jours chez Emiliana, une petite femme adorable ayant vraiment le sens de l’accueil. Agée de 39 ans, Emiliana a 6 enfants, de 20 ans à 6 mois ! Les plus grands travaillent à Puno, et les 4 derniers sont à la maison. Coup de chance pour nous : Fatima et son petit frère (au nom quechua imprononçable pour nous, désolés) sont à l’école primaire, en CE2 et CP. Ca tombe bien car on comptait visiter l’école, pour montrer aux élèves de la Côte Bleue qui nous suivent comment fonctionne le système scolaire au Pérou.

Le lendemain à 8h nous sommes donc escortés par les deux bambins et assistons à la rentrée des classes. Nous pourrons parler avec leurs instituteurs qui nous expliquent brièvement le système scolaire au Pérou : seule l’école primaire (colegio primario) est obligatoire et couvre les classes de 6 à 12 ans. Les élèves ont cours de 8h30 à 13h30, mais dans les grandes villes il y a souvent un système de  « roulement » : certains élèves ont classe le matin, et d’autres l’après midi, ce qui permet à une école d’accueillir deux fois plus d’élèves. Sur l’île les enfants sont particulièrement chanceux : les classes ne comptent pas plus de 20 élèves, alors qu’ils peuvent être 45 en ville. L’enseignement est en Espagnol, bien que la langue natale sur l’île soit le Quechua. L’école est gratuite et publique, et les livres sont fournis. Seul l’uniforme (obligatoire et spécifique à chaque école) est à la charge des familles. Les saisons étant inversées (nous sommes dans l’hémisphère Sud), les vacances d’été ont lieu de Noël à fin février. Après l’école primaire, les élèves peuvent continuer au collège / lycée (colegio segundario) jusqu’à 17 ans, à la fin duquel ils passent un examen équivalent au baccalauréat. Au Pérou, il faut compter 5 ans d’études à l’université pour être professeur : ceux qui travaillent sur l’île habitent soit Puno ou Juliaca et viennent la semaine pour enseigner, le weekend ils rentrent chez eux. Le salaire d’un enseignant est d’environ 1100 soles par mois, soit 330 euros (en comparaison un ouvrier gagne environ 350 soles par mois).

Nous aurions aimé pouvoir passer plus de temps dans les classes et poser des questions aux enfants sur leur vie quotidienne, mais rapidement nous nous rendons compte que ça ne sera pas possible, dommage. Nous aurons quand même droit à une chanson en Quechua de la part des CE2 !

Pour compenser, nous décidons d’interroger les enfants d’Emiliana. Nelson qui a 15 ans comprend bien notre démarche et nous explique un tas de choses : les gens de l’île vivent de la culture de pommes de terre et autres tubercules, possèdent quelques moutons, des poules et quelques rares vaches, et pèchent de petits poissons. Toute la surface de l’île (circonférence d’une dizaine de kilomètres) est aménagée en terrasses et pas un espace n’a été laissé à l’état sauvage. Il n’y a pas de routes bien sûr. En novembre les hommes labourent les champs à la pioche (on les a vus, un travail de titan tellement la terre est dure et sèche) et plantent les pommes de terre. La saison des pluies, qui coure de décembre à février, apporte suffisamment d’eau pour les cultures et l’irrigation n’est pas nécessaire. Cependant, de plus en plus les hommes quittent l’île pour travailler en ville, nous avons en effet vu beaucoup de femmes et d’enfants, mais relativement peu d’hommes. Le mari d’Emiliana travaille d’ailleurs à Lima et rentre uniquement pour Noël. La famille n’a pas d’électricité à la maison, et l’école et le collège sont approvisionnés par des éoliennes et panneaux solaires sur le toit. L’eau est captée d’une source et acheminé depuis peu à la maison par un tuyau, auparavant il fallait aller la chercher avec un âne. La cuisson se fait au bois, si bien qu’il n’y quasiment plus d’arbres autochtones sur l’île, ceux-ci étant remplacés par les eucalyptus à la croissance plus rapide.

Nelson rêve de devenir ingénieur civil, et sa petite sœur Fatima voudrait travailler dans l’administration. Ils sont chacun premier de leur classe et rêvent de vivre en ville. Ce n’est pas le cas de tous : le collège / lycée n’étant pas obligatoire, seulement la moitié des élèves poursuivent leur scolarité. On a ainsi vu des jeunes enfants aider leurs parents dans les champs.

La « modernité » arrive peu à peu jusqu’à l’île, même en l’absence de télé: les jeunes tels Nelson s’habillent « à la mode » en jean et baskets. C’est moins vrai pour les jeunes filles et les femmes qui portent encore souvent les habits traditionnels : plusieurs jupes superposées à hauteur du genou, des collants en laine épaisse, un châle et un chapeau.

Depuis le début du voyage, nous transportions un kit pour tester la qualité de l’eau (offert par l’employeur d’Angélique) que nous pensions utiliser pour tester l’eau du lac Titicaca. Nous avions en effet lu à plusieurs reprises que l’eau du lac était de plus en plus polluée (la faute aux égouts des villes limitrophes), occasionnant une diminution de la quantité de poissons. Avec Fatima et son petit frère nous sommes donc allés collecter de l’eau du lac, puis nous leur avons fait faire une série de tests afin de comparer l’eau du lac avec celle venant de leur source. Et bonne surprise, l’eau du lac semble peu affectée par la pollution au large de l’île : pas de nitrates ni de phosphates, pH et taux d’oxygène normal, il nous aurait fallu pour être sûr tester le niveau de bactéries coliformes mais il faut laisser incuber les échantillons pendant deux jours sans les bouger, et nous n’avions pas le temps.

Après cette séance de chimie improvisée, nous sortons l’ordinateur portable et passons des chansons traditionnelles boliviennes (à défaut d’avoir des chants péruviens) : nous sommes si proches de la frontière que Fatima les connaît, et elle et son petit frère nous donnent alors des cours de danse ! Bien sûr nous n’avons ni le style, ni la grâce nécessaire, et nous les faisons bien rire !

Le lendemain nous quittons l’île, bien contents de nos deux jours chez Emiliana. Nous embarquons cette fois pour la presqu’île de Capachica, à seulement 45min, d’où nous prenons le bus pour retourner à Puno, on n’a pas voulu répéter l’expérience « mal de mer ».

  • Pour ceux qui souhaitent loger chez Emiliana, voici son adresse (le plus simple étant de demander en arrivant sur l’île car tout le monde se connaît) : Emiliana Quispe Mamani, Correo central, Amantani Didiccion, Incatiana Peru, Puno, Ruben H. Pacompia Cari.

Le long du lac jusqu’en Bolivie !

Le 15 Novembre, nous reprenons la route jusqu’en Bolivie. Peu avant Juli, nous rattrapons un couple franco-belge en tandem : Emilie et Gueyé voyagent depuis 15 mois et sont partis du Mexique, on discute longuement sur le bas côté, avant de poursuivre notre route. Finalement nous camperons une dizaine de kilomètres plus loin dans le jardin d’une famille, entre les cochons et les poulets !

Réveil en catastrophe au petit jour : un orage du feu de Dieu (venant de la rive bolivienne du lac, ne voudraient ils donc pas de nous ?) s’abat sur nous, et notre tente est bientôt assaillie par un déluge de grêlons ! Quand enfin le nuage passe, le sol est tout blanc ! Quelques kilomètres plus loin, nous verrons que l’orage aura été encore bien plus violent : 10cm d’épaisseur de grêlons dans les champs, certains en ont même profité pour faire des « bonhommes de grêle » dans leur jardins !

En route vers la frontière, nous observons aussi les parcs à élevage de truites : au marché à Puno nous avions en effet vu des truites de 2kg, et on nous avait certifié que certaines atteignent 1m de long ! Voilà donc d’où elles viennent !

Puis nous voilà à la frontière à Kasani, on change nos dernières soles pour des bolivianos, et en moins de 30min, nous sommes en Bolivie !

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes :

Etape 40 : Puno (3860m) – 9km après Juli (3920m), 89km, +470m, -410m. Bivouac chez l’habitant (dans le jardin avec les cochons !).

Etape 41 : 9km après Juli (3920m) – frontière bolivienne – 9km après Copacabana (4220m), 69km, +735m, -435m. Bivouac dans la montée au col après Copacabana.

Total depuis Quito : 2191km et 26445m de dénivelé positif.

Total au Pérou : 1252km et 9460m de dénivelé positif.

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