Trujillo – Huaraz : temples, désert, rizières, canyon et géants de 6000m !

Civilisations Moche et Chimú autour de Trujillo

Les Moche et les Chimú sont deux cultures pré-Inca qui étaient établies le long de la côte nord du Pérou. Les Moche (0-700 après JC) sont célèbres pour les « pyramides » qu’ils ont laissées (Huacas del Sol y de la Luna), tandis que les Chimú (1000-1400 après JC) sont les constructeurs de la plus grande ville précolombienne d’Amérique : leur capitale, Chan Chan, s’étendait sur 28 km2 et comptait quelques 60 000 habitants. Située à seulement 5km de Trujillo, nous ne pouvions manquer une visite du site. Alors que l’on approche, nous découvrons de vastes terrains parcourus par les ruines des anciens murs de briques : il s’agissait alors de la plus grande ville construite en briques du monde ! L’édifice le mieux conservé est le Palais Tschudi qui a été partiellement restauré. Chaque « roi » se construisait un palais dans lequel il était enterré à sa mort, avec sa ribambelle de femmes (le palais Tschudi compte 44 tombes de ce que l’on suppose être les concubines du roi !) et de servants, et bien sûr un important trésor pour lui tenir compagnie ! Les fresques du palais décrivent des oiseaux marins, des vagues, des poissons et autres filets de pèche.

La Huaca del Sol (Temple du Soleil) des Moche pré-date la ville de Chan Chan de 700 ans et constitue le plus grand édifice précolombien. Sa voisine, la Huaca de la Luna, elle aussi construite entièrement en brique, est toujours en cours de fouille mais ouverte au public. Les peintures murales y sont exceptionnellement bien conservées du fait de l’habitude qu’avait les Moche de construire de nouveaux temples par-dessus les anciens, les protégeant ainsi de l’érosion. Le temple était un lieu de cérémonie religieuse en honneur au « Dieu de la Montagne » où les prisonniers de guerre étaient sacrifiés.

Les pieds dans le Pacifique !

Après les visites culturelles, nous sommes allés nous détendre à Huanchaco, un petit village de pécheurs et de surfeurs sur la côte. On a trempé nos pieds dans l’océan Pacifique, discuté avec des pélicans pas farouches du tout, et rencontré un pécheur fier de nous montrer son embarcation : les caballitos sont des petits bateaux traditionnels en totora (roseaux) ressemblant à des canoës, avec lequel il pagaie au-delà des vagues et revient en surfant avec ses prises.

A Huanchaco, on a aussi retrouvé Angélique et Rémi qui voyagent en Amérique du Sud depuis plus d’un an. Ils étaient partis avec les mêmes vélos que nous, mais poursuivent maintenant en bus depuis qu’Angélique a eu des ennuis de santé en Bolivie.

> Blog d’Angélique et Rémi: http://verslhorizon.wordpress.com/

L’enfer sublime du Caňon del Pato

Finalement, après une semaine à Trujillo, nous quittons Lucho et sa Casa de Ciclistas et reprenons la route. Lucho est un ange et nous accompagne à la sortie de la ville, aux portes du désert. Il nous explique qu’ici le paysage a bien changé depuis 10 ans, depuis que la technologie du goutte à goutte permet de cultiver le désert, surtout des cannes à sucre. Les pluies sont en effet rares sur la côte, et l’eau en ville est d’ailleurs coupée chaque jour entre 20h et 4h. 15km après Chao nous quittons la Panaméricaine que nous suivions depuis Quito, et sur les conseils de Lucho, nous bifurquons sur la gauche par une piste qui va nous permettre de rejoindre la rivière Santa sans passer par Chimbote. Nous comptons la remonter jusqu’à Huaraz, au pied de la Cordillère Blanche et des géants de 6000m. Après Chuquicara, la vallée se resserre et nous entrons dans le fameux Caňon del Pato (Canyon du Canard) : la piste devient infâme, et alors que la veille nous avions fait 73 km dont 50 de piste, aujourd’hui, nous n’en ferons que 27 ! Lucho nous avait pourtant dit que la piste était en « bon état » et nous avait précisé : « vous verrez, ça monte tellement doucement que vous le sentirez à peine » ! Angélique s’en rappelle et râle en poussant son vélo dans les côtes : autant sur une route goudronnée, ça va, mais sur une piste où on dérape et on s’ensable, c’est une autre histoire ! Puis viennent les tunnels : une trentaine se succède dans la partie la plus étroite du canyon, non éclairés bien sûr, et tellement étroits que même un vélo ne pourrait y croiser un bus. Petit coup de stress à chaque fois, d’autant plus que nos yeux non habitués à l’obscurité peinent à distinguer le relief du sol à la lueur de la frontale : Angélique se retrouve le cul par terre après un creux non anticipé, et Vincent s’arrête parfois au raz de la paroi qu’il n’avait pas vue ! Heureusement le paysage est beau, on passe des rizières de la basse vallée aux parois arides et aux multiples teintes d’ocre du canyon. Enfin, après 80km de piste dans cet enfer sublime, nous retrouvons le goudron et filons sur Caraz. Située à 2300m, c’est le point de départ de nombreux treks dans la Cordillère Blanche. Nous y passons une journée pour louer un âne et un arriero (muletier) et acheter la nourriture nécessaire pour les 6 prochains jours. Demain nous partons en trek parmi les géants !

Trek Santa Cruz de Cachapampa à Llanganuco

Nous retrouvons Alvarez notre arriero à Cashapampa, à l’entrée du parc national Huascarán. Confusion : l’agence de trek nous ayant dit qu’un âne pouvait porter 40kg de bagages, nous n’en avons réservé qu’un. Mais Alvarez nous affirme qu’il ne peut porter que 30kg et que nous devons donc prendre deux ânes ?!? Nous insistons, en ajoutant que nous sommes près à porter plus les premiers jours dans nos sacs à dos, le temps que la nourriture baisse. Finalement, Alvarez nous a fait une scène pour rien, car lorsque qu’enfin il soupèse nos sacs, il nous dit que c’est bon, ils ne sont pas trop lourds ! Bon, il aurait peut être fallu commencer par là !

Nous voilà donc partis, nous avons prévu de rallonger le classique trek Santa Cruz qui normalement se termine à Vaqueria le 4ème jour de deux jours afin de rallier les lacs de Llanganuco à pied (ils sont normalement sur la route du retour). En deux jours nous sommes à 4200m au pied du 1er col Punta Union à 4750m. Mais nous sommes en pleine saison des pluies et dame météo est capricieuse : nous terminerons l’ascension sous la pluie et dans la neige, et dans le brouillard. Exit la belle vue sur les 6000m :-(. Exit aussi la vue sur l’Alpamayo, que certains considèrent comme la montagne la plus esthétique du monde… La descente parmi les lacs et paysages de landes (et oui, sous la pluie) a des airs d’Ecosse. Heureusement, nous serons plus chanceux au deuxième col, le Portachuelo de Llanganuco à 4767m : alors que nous montons dans le brouillard sans plus aucun espoir d’avoir une vue dégagée au col, voilà que dès que nous le traversons et atteignons l’autre versant, le ciel est quasiment dégagé ! A nous les 6000 : à gauche le Huascarán (point culminant du pays avec ses 6768m), en face le Huandoy (6395m), et à droite le Pisco (5752m) et le Chacraraju (6112m) J. Nous arrivons de bonne heure au camp et profitons du beau temps qui semble se maintenir pour remonter à la Lagune 69 à 4650m : on ne sera pas déçus par le sublime bleu turquoise de la lagune au pied des glaciers du Pisco et du Chacraraju !

Fonte des glaces et catastrophes naturelles

Le dernier jour de trek nous descendons jusqu’au lacs de Llanganuco à 3800m et faisons du stop pour rentrer sur Caraz. Un camion nous prend et nous discutons avec le chauffeur : il nous affirme que les scientifiques estiment que d’ici 20 ans, les glaciers de la Cordillère Blanche auront quasiment disparu. Tout comme notre arriero qui parcourt la montagne depuis 25 ans et qui a vu les glaciers fondre comme peau de chagrin, Javier, qui traverse les hauts cols des Andes chaque semaine en camion, nous affirme sentir le réchauffement climatique : les températures sont aujourd’hui rarement négative en haut des cols à 4800m qu’il franchit, alors qu’avant elles l’étaient beaucoup fréquemment. La fonte des glaces pourrait avoir de graves conséquences au Pérou, car en saison sèche (de juin à septembre), l’eau des villes vient pour beaucoup des glaciers. Avec la fonte de ceux-ci, les Péruviens seront amenés à puiser encore plus dans les nappes phréatiques fossiles qui se trouvent en sous sol dans le désert côtier, et celles-ci risquent de s’assécher rapidement.

Après un après midi de détente / lessive / courses à Caraz, nous poursuivons notre route à vélo vers le Sud. 14 km après Caraz se trouve Yungay : cette ville est tristement célèbre car elle fut rayée de la carte en quelques minutes. Le 31 mai 1970, un séisme de 7.8 sur l’échelle de Richter a provoqué la chute d’un énorme bloc de glace du pic nord du Huascarán, ce qui a produit une gigantesque avalanche de boue et de granite qui a enseveli la ville et ses 18 000 habitants. Les quelques rares survivants furent ceux qui étaient en hauteur près de l’église. Ce séisme à aussi détruit la majeure partie de la ville de Huaraz 55km plus au Sud, où nous nous trouvons en ce moment. On vous rassure, nous campons dans le jardin d’une guesthouse construite aux normes sismiques. Les Andes sont donc toujours bien actives au Pérou, en témoignent les nombreuses sources chaudes que l’on trouve dans la région. On a testé : l’eau soufrée sent un peu, mais un bon bain nous a réellement fait du bien après nos 6 jours de marche !

Nous repartons demain pour franchir un col 4100m avant de redescendre vers le Pacifique près de Lima, d’où nous comptons prendre un bus pour Cuzco.

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes :

Etape 26 : Trujillo (20m) – Chao (50m), 68km, +400m, -360m. Nuit à l’hôtel (20 soles).

Etape 27 : Chao (50m) – Chuquicara (480m), 73km, +750m, -305m. Nuit au grifo (station essence) pour 10 soles, il existe en effet au Pérou des stations essence qui louent des chambres !

Etape 28 : Chuquicara (480m) – 8km après Mirador (820m), 27km, +365m, -20m. Bivouac dans le Caňon del Pato.

Etape 29 : 8km après Mirador (820m) – Yuramarca (1455m), 28km, +665m, -57m. Nuit à l’Hospedaje (auberge), 10 soles.

Etape 30 : Yuramarca (1455m) – Caraz (2275m), 51km, +1100m, -250m. Nuit à l’hôtel (30 soles).

Etape 31 : Caraz (2275m) – Chancos (2900m), 48km, +840m, -210m. Nuit aux thermes (15 soles).

Etape 32 : Chancos (2900m) – Huaraz (3100m), 30km, +405m, -200m. Nuit en tente en guesthouse (12 soles).

Total depuis Quito : 1411km et 21680m de dénivelé positif.

Total au Pérou : 491km et 5210m de dénivelé positif.

  • Notes pour le Caňon del Pato

En venant du Nord par la Panaméricaine, il n’est pas nécessaire de descendre jusqu’à Santa (peu avant Chimbote) pour remonter en direction du canyon. 15km après Chao, on peut en effet emprunter sur la gauche une piste privée (dire au gardien où vous allez) qui traverse le désert et rejoint la rive droite de la rivière Santa en 25km environ. La piste remonte ensuite la vallée sur 25 autre km sur la rive opposée à la route. Bien que celle-ci soit plus vallonnée que la route en face, la piste est en assez bon état et on parcourt les 50km assez vite. Au bout de la piste, un pont permet de rejoindre la route goudronnée en rive gauche 7km avant Chuquicara.

A Chuquicara, la station essence offre des chambres, avec WC et douches à l’extérieur pour 10 soles, et le restaurant est juste à côté. On peut aussi s’y ravitailler en fruits et biscuits, mais impossible d’y trouver du pain ou des pâtes quand nous y étions…

Puis à la sortie de Chuquicara, on retrouve la piste et on entre dans le fameux canyon. Les 1er 14km de pistes sont vraiment dans un état lamentable. Ensuite ça va un peu mieux, mais on dérape parfois dans les cailloux, et à d’autres endroits on s’ensable ! A 19km de Chuquicara, le village de Mirador permet de se ravitailler en biscuits et boissons, mais pas grand-chose d’autre. Plusieurs emplacement de bivouac sont possible le long de la rivière sur les quelques km qui suivent. A mi-chemin environ entre Mirador et Yuramarca, un autre petit village (plutôt un alignement de restaurants – boutiques) permet de se ravitailler en biscuits et fruits. Yuramarca, à 55km de Chuquicara, possède 2 auberges, de nombreux restaurants et échoppes bien fournies en pâtes, pain, etc… Même chose à Huallanca, 12km plus loin. De là, la pente s’accentue et on entre dans la partie étroite et vertigineuse du canyon, avec les nombreux tunnels. 13 km après Huallanca (ou 1km environ après le barrage), à une altitude de 2000m, on retrouve enfin le goudron ! Et 25km plus loin on est à Caraz !

  • Notes pour le trek Santa Cruz

Droits d’entrée dans le parc national Huascarán : 65 soles, ticket valide pour 7 jours.

A Caraz, nous avons réservé un âne et un muletier via l’agence Pony Expeditions : 30 soles/ jr pour le muletier, 15 soles/jr pour un âne, et 7.5 soles/jr pour louer une tente pour le muletier (nous devons lui fournir tente et nourriture pour la durée du trek). Alvarez aura joué bien plus que son rôle de muletier, il fût un véritable guide, connaissant chaque vallée et chaque sommet ! Il nous aura aussi évités de nous perdre lors des deux derniers jours de trek (de Vaqueria à Llanganuco, le sentier n’est quasiment plus utilisé et est difficile à trouver).

On conseille vivement l’A/R jusqu’à la Lagune 69 depuis le camp de Cebollapampa : magnifique !

Album photos :

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2 réflexions sur “Trujillo – Huaraz : temples, désert, rizières, canyon et géants de 6000m !

  1. ILLAC

    Qu’elle merveille, vos commentaires nous laissent imaginer les paysages que vous avez la chance de découvrir et que vous nous faites partager. Bonne continuation. Michel

  2. Bonjour !
    Nous sommes à priori juste derrière vous… A Huaraz actuellement (le 09/11/12), des travailleurs dans le cañon del Pato nous ont dit vous avoir vu ! Où êtes-vous maintenant ? Ce serait sympa de se rencontrer, nous sommes en tandem avec une petite remorque pour notre fils de trois ans :

    http://www.tandazimut.com

    Steph’, Rom’ et Matt-Esteb’

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