Macara – Trujillo : premières impressions sur le Pérou

Premiers tours de pédales au Pérou

Le 2 octobre 2012 à 11h00 nous traversons le rio Macara et entrons au Pérou ! Deux jours de vélo nous attendent jusqu’à Sullana sur la côte Pacifique, où nous comptons prendre un bus pour Trujillo. Enfin nous pédalons sur du plat et dépassons le 20 km/hr de moyenne, quel plaisir ! La distance que nous faisions auparavant en une journée est avalée en à peine 2h ! Heureusement d’ailleurs qu’on peut pédaler et que le déplacement d’air ainsi produit nous rafraîchit, car la chaleur est toujours accablante.

Dès les premiers kilomètres on se rend compte du plus faible niveau de vie comparé à l’Equateur : les maisons sont bien moins belles (pas de crépis, toit en taule), les pick-ups font places à de vielles voitures break, les stations services se limitent à une pompe en bordure de route alors qu’on avait l’habitude des grandes stations essence avec WC, papier et savon gratuits (bien pratique quand on passe ses journées sur la route). Les taxis jaunes des centres-villes sont remplacés par des touk-touk tels ceux que l’on peut trouver en Inde. Mais bonne nouvelle : fini le barbelé le long des routes !

La casa de ciclistas de Lucho à Trujillo

A Sullana nous prenons le bus de nuit pour Trujillo, 500km plus au Sud. Nous avons prévenu Lucho de notre arrivée et il nous y attend à sa casa de ciclistas. La casa de ciclistas de Lucho est une institution dans le monde du cyclisme, il faut dire que Lucho reçoit les cyclo-voyageurs de passage chez lui depuis déjà 27 ans ! Nous avons l’honneur d’être les 1756 et 1757èmes ! Tant de gens qui ont inspirés notre voyage sont passés ici avant nous, et nous pouvons lire leurs messages dans le livre d’or de Lucho !

 Ancien cycliste professionnel, Lucho courait au plus haut niveau au Pérou et a participé à de nombreuses Vueltas al Peru, son atelier est remplis de trophées et médailles, et nous avons l’impression d’être invités chez le Richard Virenque péruvien (sa spécialité était le contre la montre en montagne). Aujourd’hui reconverti en animateur son et lumière, les fins de mois sont souvent difficiles, mais sa passion pour le cyclisme, le voyage et sa soif de connaissances sont intactes. Lucho est absolument passionnant, on pourrait l’écouter parler pendant des heures tant il a d’anecdotes à raconter, il s’intéresse à tout : la nutrition, la médecine, le changement climatique, les extra-terrestres, la musique etc, et bien sûr le Tour de France ! Il faut voir les lumières dans ses yeux quand il nous raconte son séjour en France en 2000 pour suivre les 3 semaines du Tour. Touchés par sa générosité, les cyclo-voyageurs d’alors s’étaient cotisés pour lui payé le billet d’avion. Initialement il était prévu qu’il assiste aux 3 premières étapes du Tour, mais Le Blanc, lui-même touché par son histoire l’a invité pour l’intégralité du Tour ! Lucho a alors dormi dans des hôtels 5 étoiles, a été interviewé par la presse, a pu rencontrer Lance Armstrong et tous les coureurs qu’il admirait etc…

Lucho ne possède pas grand-chose et vit presque au jour le jour, pourtant il sait que sa véritable richesse est ailleurs : ses rencontres et discussions avec des voyageurs du monde entier font qu’il a un savoir et une ouverture d’esprit hors du commun. Sans hésiter il nous dit que s’il pouvait choisir sa vie, il choisirait la même. Lucho est incroyable ! Il nous dit aussi qu’il pense à écrire un livre, nous on se dit que ça ne suffira pas tellement il a de choses à dire, c’est une encyclopédie qu’il faut écrire ! On se demande d’ailleurs comment personne n’a jamais pensé à tourner un film documentaire sur lui…

Lucho est aussi un bricoleur hors pair qui avec plusieurs vélos en état lamentable se fabrique une charrette avec laquelle il transporte ses 300 kg de matériel son & lumière à travers la ville, un véritable McGyver ! Avec une grande gentillesse il fait une révision complète de nos vélos : position des patins de freins, réglage des vitesses, dévoilage des roues, et nous apprend un tas de choses que nous ne savions pas !

Isabelle por siempre

Malheureusement quand nous arrivons chez Lucho, l’ambiance n’est pas des plus joyeuses. Une semaine auparavant, un couple de Belges voyageant en tandem s’est fait renverser par un camion à 80km d’ici, et la jeune femme est décédée. Lucho est enragé car le chauffeur et son camion ont été remis en liberté seulement 3 jours après sans qu’une véritable enquête ait été menée. Le chauffeur quant à lui nie sa culpabilité et affirme ne pas savoir comment il a heurté le vélo. Le camion a pourtant terminé couché en travers de la route !

Lucho veut en savoir plus et nous demande de venir avec lui sur les lieux de l’accident relever les marques sur la route : on y voit nettement les marques de pneus empiétant sur la bande d’arrêt d’urgence où roulent normalement les vélos, puis celles-ci reviennent sur la route et à l’endroit où le camion s’est couché, la route est entaillée sur plusieurs dizaines de mètres : le camions a visiblement glissé couché sur une grande distance avant de s’arrêter de l’autre côté de la route. On y trouve encore les nombreux débris de verre du pare-brise, et près du lieu d’impact Lucho repère des morceaux du tandem : fixation de freins et de sacoches. Il apparaît évident que le camion a heurté le vélo de plein fouet en empiétant sur la bande d’arrêt d’urgence, et Isabelle qui était à l’arrière du vélo a accusé le choc. Son mari quant à lui a été éjecté du vélo et est en vie.

Lucho ne peut accepter une telle injustice et tient à mobiliser les médias : de retour chez lui, avec les deux cyclistes argentins qui sont aussi de passage à la casa, on se met derrière l’ordinateur et on travaille jusqu’à 1h du matin pour faire une affiche réclamant justice pour Isabella, le lendemain Lucho va l’imprimer : 1,60m x 1m et l’accroche sur sa charrette, il réunit ses amis cyclistes, nous enfourchons nos vélos et nous voilà une douzaine partis manifester sur la Plaza de Armas ! Au terme de la journée, Lucho aura été interviewé par deux chaines de télé et une radio, et nous aurons fait le tour des journalistes de la ville ! Le lendemain, les premiers articles sont sortis. Espérons que son action serve à quelque chose !

> Le blog d’Isabelle Lejeune et David Schmets : https://sites.google.com/site/justeletandemevader/

EN PRATIQUE

Pour ceux que cela intéresse, voici le résumé de chacune de nos étapes :

Etape 24 : Macara (550m) – Las Lomas (370m), 57km, +445m, -620m. Nuit à l’hôtel (30 soles).

Etape 25 : Las Lomas (370m) – Sullana (100m), 89km, +240m, -380m. On a tourné en rond dans la ville pendant 10km pour se ravitailler et trouver le terminal de bus. Bus de nuit pour Trujillo.

Coordonnées de la Casa de Ciclistas de Lucho:

Lucho Ramirez D’Angelo
Avenida Santa 347
Trujillo, Peru
Tel: (044) 294191
Cell: (044) 990 71 33
Mail: casamistadperu@yahoo.es, Web: www.cdc-trujillo.ath.cx

Total depuis Quito : 1066km et 17155m de dénivelé positif.

Total au Pérou : 146km et 685m de dénivelé positif (plus une soixantaine de km à vide autour de Trujillo).

Album photos :

Pérou
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Une réflexion sur “Macara – Trujillo : premières impressions sur le Pérou

  1. JoCo

    L’accident d’Isabelle et David est une tragédie. Même si ce chauffard était jugé et condamné, ce qui serait bien le moins, son comportement criminel fait peur.
    Faites super attention à vous, même si on constate bien qu’il n’y a hélas pas grand chose à faire face à des irresponsables au volant

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